jeudi 6 août 2009

La (petite) vie de Marcel -63

Marcel retourne à l'Opéra de Paris.
Mardi 8 mai.
Marcel téléphone à Denis, de Caen, parce qu'il l'a vu aux Baladins samedi dernier, où il s'emmerdait copieusement, et avec qui il aurait bien aimé s'entretenir de bel canto, mais la musique gueulait trop fort. Beaucoup de monde, d'ailleurs, ce soir-là. C'étaient Willy et Sergio qui les avaient emmenés, Christian étant trop occupé avec son mecton pour daigner s'intéresser à eux. Il téléphone donc à Denis et Jean-François. Ils ont reçu deux disques-pirates de La Caballé : "Roberto Devereux" et "Caterina Cornaro". Pour "Roberto Devereux" Denis s'exclame "A côté, Sills c'est de la merde!". Voilà qui est catégorique, limite pas très objectif. Ils bavardent à bâtons- rompus et ils se donnent peut-être rendez-vous pour "Il Trovatore" à Paris.
Le soir, il se fait draguer par un mec, Dominique, représentant, qui n'a pas une belle gueule mais de grosses fesses. Il s'occupe donc de ses fesses et laisse de côté sa binette. Dominique veut d'abord se satisfaire une première fois avant de passer aux choses sérieuses. Les "choses sérieuses" se passant fort bien, ils ne sont pas mécontents l'un de l'autre.
Il est dit que "quand tout va bien", "tout va de mieux en mieux"! Après Dominique (le 8) c'est Michel (Monsieur 25 cms) qui lui téléphone et qui se radine chez lui (jeudi 10) pour lui montrer qu'il a toujours la forme. Puis, le 14, c'est de nouveau Dominique qui recommence son "il faut que je procède à une entrée en matière avant d'attaquer le plat principal", à la suite de quoi, le 17, un autre Michel, grand et gros, l'emmène chez lui en attendant que, le lendemain soir, Daniel, le parisien, s'occupe de lui de 22h à minuit.
Mais il n'y a pas que le sexe, dans la vie, bordel! Il est allé voir "Quoi?" le dernier Polanski. Depuis "Rosemary's Baby" il ne rate guère les films de ce réalisateur de talent, et il a beaucoup aimé "What?". Il était sans doute le seul dans toute la salle, mais il s'en foutait, bien entendu. C'est qu'il y a vu bien autre chose que la gentille bluette dont parle Vadim dans Pariscope. Il y a vu la dénonciation du clan. Comme dans "Macbeth" où le château est le repaire, le lieu isolé où peut s'accomplir les crimes, la luxueuse maison de "Quoi?", d'une beauté inouïe, est le vase-clos où les êtres qui y sont ancrés peuvent sans tricher satisfaire leur soif de mesquinerie, de paresse et de vice. A noter que, comme dans "Macbeth" où c'est le roi qui se rend au château pour y être tué, c'est ici la jeune fille qui, bien involontairement, débarque dans la demeure. Alors que les gens présents y ont leurs habitudes, elle ne sera jamais considérée comme un être humain mais comme une proie inférieure que l'on peut humilier à son gré. Quoi de plus humiliant en effet que de dérober les derniers vêtements d'une fille qui a déjà perdu ses valises? Elle errera, entre un obsédé sexuel dont la jouissance n'est plus qu'un tic (comme d'autres ont le hoquet en permanence) et un impuissant avide de sado-masochisme, sans que personne n'ait envie de lui manifester la moindre solidarité humaine.
Dimanche 20. Opéra de Paris. Il Trovatore.
"Il publico stupido" dixit Mignon Dunn.
Après avoir fait une ovation constante à Gwyneth Jones, le public lui réserva un accueil houleux lorsqu'elle vint saluer, seule, après le rideau final. Vraiment déroutant, le public parisien! Mais peut-être était-ce dû à son manque de passion scénique? Dans "Opera" dernièrement, un critique notait que dans le rôle d'Aida, à Vienne, elle restait de glace malgré son engagement vocal. Mignon Dunn elle-même semblait un peu dépassée par le rôle d'Azucena. A la sortie, Denis déclarera, toujours aussi péremptoire : "Verrett, c'était autre chose! Aucune comparaison!". Heureusement, il y avait les hommes : Domingo, terriblement ému par le triomphe reçu après "Ah si, ben mio" et Cappuccilli, égal à lui-même, c'est-à-dire excellent. Claudine déclara : "Je trouve abominable l'obligation donnée aux chanteurs de se tourner sans cesse face au public!". Elle gardait en mémoire le souvenir de Beverly Sills chantant à La Fenice la première partie de son grand air, dans La Traviata, assise à la grande table, le front baissé, une bougie inclinée à la main. Elle chantait pour elle-même, et non pas pour le public. Il est vrai qu'elle était dirigée par Menotti, et celà faisait sans doute la différence.
Marcel est rentré par le train de 0h15, alors que Claudine prenait celui de 0h17, mais pour Cherbourg! Qu'allait-elle faire à Cherbourg? Mystère... Peut-être était-elle attirée par tous ces marins aux culs rebondis qui prenaient également cette direction-là. Marins, et militaires! Car le sien, son militaire - celui qui vint s'asseoir dans son compartiment- avait une tête sympathique et surtout une étonnante discrétion. Ils ont bavardé, et Marcel lui a donné rencart pour mardi soir au Donjon. C'était bien la première fois qu'il draguait dans un train. Son assurance lui venait peut-être de son noeud papillon mauve!
Mardi 22.
Son militaire était au rendez-vous, ce soir. Il s'appelle Michel-Daniel. C'est un Poissons, comme Claudine, avec la même sensibilité et vulnérabilité. Comme Marcel part en vacances vendredi, il lui promet de lui écrire d'Itale, et l'invite à un week-end au Havre, car il est sûr que Claudine en sera dingue...
VACANCES. ITALIA. 3 semaines.

mardi 4 août 2009

La (petite) vie de Marcel -62

Marcel découvre Les Baladins.
Marcel commente les élucubrations d'Union, la revue sexuelle à la mode, où l'on fait des choses formidablement belles, et où l'on voudrait nous faire croire que faire des pipes est aussi bon que de se les faire faire, et il est plutôt intrigué par certaines lettres de femmes proclamant les plaisirs voluptueux de la fessée... "Mais les marques, Mesdames, vous aimez ça? Les boursouflures, les brûlures que laisse le fouet, vous trouvez ça plaisant?". Il se plonge alors dans la lecture du "Musée des Supplices" et il médite : Georges, qui le fessait dans sa Jaguar, Philippe, à Epernon, qui avait une petite collection de fouets et qui bandait fort, autrefois, durant son service militaire, lorsqu' à l'infirmerie, il faisait des piqûres dans les fesses des Noirs. Et puis Gillou, bien sûr. L'homme rêvé pour ce genre d'expérience : grand et fort, tout en béton, jaloux, têtu et obstiné.
Justement, ce week-end, Claudine n'était pas libre, recevant de la famille. L'occasion était alléchante. Il envoya un mot à sa proie. Réponse rapide, comme il s'y attendait.
Samedi 14 avril.
16h. Gillou était au rendez-vous, devant la gare de Rouen. Petite balade jusqu'à Honfleur. A peine arrivés là-bas, Marcel se fait remarquer par deux hommes mariés : l'un, avec sa bourgeoise, a un regard interminable; l'autre sort de sa voiture où s'ébat une ribambelle de gosses : grand, mince, musclé, parisien, il le fixe intensément. Mais ce n'est pas l'heure de la drague. Promenade et restaurant, puis direction Le Havre, dans l'appartement de Gillou. Au lit, le conflit habituel : étreintes dures et envolées lyriques sur l'amitié sans faille et la relation privilégiée. Le dimanche matin est calme. Des amis à lui, un couple de garçons, doit passer à 18h. Marcel a le temps. Et, à 14h, après avoir bouffé, il lui propose innocemment de jouer au Maître et à l'Elève. Gillou, qui regardait mollement la télé, est d'accord. Marcel ferme les persiennes du salon, allume une lampe discrète et lui demande de lui trouver un chapitre de livre qu'il devra lire : au bout de 10 fautes de prononciation, il aura droit à une fessée. Il se prépare : un simple chemisier et, autour de la taille, un tablier qui lui cache le sexe mais lui laisse les fesses à l'air. Gillou a choisi un chapitre sur l'Ecologie, avec plein de jolis mots à la con. Marcel se met debout à côté de lui et commence. Pas besoin de faire un gros effort pour buter sur les mots, et les claques se mettent à tomber. Gillou a la main aussi lourde que son esprit intransigeant, et comme celà lui procure une certaine excitation, il n'attend pas la tombée des 10 fautes pour continuer à frapper. Marcel finit le chapitre en catastrophe, le cul brûlant. Mais Gillou veut continuer, et comme il a mal aux mains il propose... sa ceinture. Merci beaucoup, ça suffit pour aujourd'hui, on verra ça une autre fois.... Marcel se rhabille, Gillou hésite, mais il n'ose pas aller plus loin. Ils vont prendre l'air sur la plage et ils rentrent pour recevoir les amis attendus. Puis, à 19h, Gillou le conduit à la gare, pour qu'il puisse prendre son train. "Je voudrais être ton bourreau" lui dit-il dans l'auto. Et : "Tes fesses te font encore mal?" - "Non, c'est déjà du passé" - "Si j'avais su, j'aurais tapé plus fort, pour que ton cul te fasse mal dans le train".
Week-end de Pâques au Havre.
Dimanche 22 avril.
Retransmission, à 14h, d'un concert de la BBC : "Tamerlano" de Handel, avec Janet Baker et Alexander Young.
Marcel était sorti, vendredi soir, pour voir si Willy était libre pour les emmener aux Baladins, à Honfleur, la boite dont on leur râbache les oreilles depuis le début de l'année. Il avait bien pensé à y aller samedi soir avec Gillou mais, aïe aïe aïe, bonjour l'angoisse! Aller dans une boite pareille où l'on boit, danse et drague avec un mec aussi jaloux et taciturne, merci pour la prise de tête! Mais Willy n'est pas libre, il a un mec ("Pour 15 jours!" affirme-t-il). Il lui faudra donc chercher quelqu'un d'autre. Ils le trouveront ce dimanche-soir. C'est un ami de Claudine, Christian. Jeune (20 ans) et barbu. Il est grand (1m80), il a de belles fesses et il a bon caractère. Chez Claudine ils lui servent l'apéritif et lui demandent s'il voudra bien les emmener aux Baladins samedi prochain. Il est d'accord. Il passe la nuit sur le divan, comme un grand garçon bien sage et, le lundi, ils profitent du soleil et de sa chiotte pour aller se balader tous les trois : Valmont (très beau château) et Les Petites Dalles. Le vent est frais aux pieds de la falaise. Les premières photos de l'année. Orage soudain, et bonne humeur. Ils rentrent sous la flotte, hilares, flirtent pour entretenir la forme et se donnent rendez-vous pour samedi prochain.
Enregistrements divers : 3e acte d'"Attila", airs du "Roi Pasteur" et intégrale du "Barbier von Bagdad" de Cornelius.
Encore une fin de semaine au Havre.
Mauvaise retransmission du "Don Giovanni" en direct du Covent Garden.
Samedi 28 avril.
Ils vont aux Baladins, à Honfleur. Dans la voiture de Christian, qui conduit, ils retrouvent Dany et Richard. "Celle-ci" est folle, et elle n'arrête pas de débloquer. Quant à Dany, il est marié depuis 5 ans et il a deux filles, mais il veut divorcer pour vivre avec Christian. "Le cirque, quoi!" commente Claudine. La boite est agréable, spacieuse, mais "Il y a trop de minets" s'exclame Marcel, habitué aux "vrais mecs". La soirée commence bien mais l'arrivée de Martin-le-Guadeloupéen, vers minuit, ranime des souvenirs désagréables. Et, de minuit à 2 heures du matin, Marcel fait la gueule. Il veut rentrer, alors que Christian a jeté son dévolu sur un petit mec que La Goudoue a amené avec elle.
Lundi soir, ils retrouvent toute la bande : Willy, Christian, Sergio, Dominique... Ils vont draguer, de Franklin à Gambetta. Dialogue de sourd avec un mec que Marcel a reconnu mais dont il fait semblant de ne pas se souvenir:
Le mec : Il me semble que nous nous sommes déjà vus....
Marcel : Non, je ne crois pas.
Le mec : Vous n'habitez pas Le Havre?
Marcel : Non, j'habite Rouen.
Le mec : Mais vous n'avez pas habité Le Havre?
Marcel : Non.
Le mec : Pourtant je suis sûr que nous avons fait l'amour ensemble.
Marcel : Même si c'était vrai, pourquoi devrai-je m'en souvenir?
Il le plaque et achève la soirée au Welcome, avec toute la bande.
Mardi 1er mai.
Christian vient les chercher pour aller faire un tour à Bolbec. Il est accompagné d'un petit mec qui rigole tout le temps. L'ambiance est au beau fixe. Marcel et Claudine ne s'ennuient pas.

lundi 3 août 2009

La (petite) vie de Marcel -61

Marcel fait des rêves merveilleux.
6-7-8 avril. Week-end au Havre.
Excellente interview de Rita Renoir, ce mois-ci, dans "Lui". Mais, question revue, Marcel pencherait plutôt pour "In", qu'il trouve plus imaginative.
Claudine, cette semaine, travaillait de nuit. C'est dommage car, vendredi soir, ils avaient de la visite. Après Bernard, tout le temps fourré chez eux depuis trois mois, et maintenant parti à Louviers (pour combien de temps?) c'est Willy qui rapplique, avec Sergio, un jeune coiffeur qu'ils ne connaissaient que de vue. Sergio est ébloui par l'appartement (qui n'a pourtant rien de luxueux) : par les posters de Noureev, les lampes basses, le lit à ras-du-sol. Après son verre de scotch, il se regarde le nombril. "Tu te sens bien?" lui fait Willy, de son air inimitable, tandis qu'Aretha Franklin déroule ses "most beautiful songs". Tous les trois ils repartent à Franklin (la place, évidemment) où Marcel s'amuse du manége de Willy draguant un jeune mec (marié). Comme ça dure plus d'une demi-heure et qu'il se caille les miches, il préfère rentrer.
Le samedi soir, il retrouve Willy sur la place, mais il le laisse tomber à 22h pour monter dans la voiture d'un type qui, trop flemmard pour sortir de sa chiotte, lui faisait des appels de phare.
1er épisode : "l'enthousiaste".
Monsieur est en pleine forme, "sublimé". Il tutoie Marcel, il lui tripote les mains, il s'enflamme pour cette "rencontre passagère qui s'annonce si pleine d'intérêt". Sarcastique, Marcel lui pose quelques petites questions rapides pour le situer : marié? Oui. Des enfants? Deux. "J'en ai marre des hommes mariés, mais si vous voulez on peut aller prendre un verre chez mon amie". L'autre acquiesce, souriant, empressé.
2ème épisode : "le refroidi".
A peine arrivé, il cherche à avoir Marcel, mais celui-ci reste impassible. Il a une belle gueule, mais il a un côté efféminé qui contraste avec son satut d'homme marié et de père de famille. Ils flirtent, entre vermouth, scotch et Ray Charles.
Lui : Pourquoi ne veux-tu pas faire l'amour avec moi?
Marcel : Je ne sais pas... Je ne me sens pas à l'aise avec vous...
Finalement, il lui demande de le ramener à Franklin.
3ème épisode : "le déçu".
Dans la voiture, l'homme ouvre les digues : "Quand je vais rentrer chez moi, la première chose que je vais faire, c'est de me regarder longuement dans la glace... Je dois avoir beaucoup vieilli... Je ne savais pas que je pouvais ne plus plaire".
Puis il devient méchant : "Tu veux retourner là-bas pour faire marcher un autre type comme tu me fais marcher!". Et finalement il retombe dans l'abattement : "Je suis toujours déçu avec les garçons... Je recherche une présence, une communication, j'ai besoin de compréhension...".
Marcel l'écoute parler, lui prend la main et puis, arrivés à Franklin, descendant de voiture : "Mon pauvre petit chou, la prochaine fois sera la bonne, peut-être....".
Mardi 10.
Cette nuit, il a fait un rêve merveilleux.
Il se trouvait dans une sorte de dortoir d'internat, très propre, très bien, avec une seule rangée de lits, et des fenêtres. Ils devaient, dans la première partie du rêve, sauter du haut des fenêtres sur des chevaux qui attendaient, en bas, dans une cour dénudée. Dans la deuxième partie, ils étaient étendus sur leurs lits -après-midi calme et chaude, stores baissés. La cour s'était transformée en un merveilleux jardin avec des allées ombragées de rosiers. Et tout d'un coup une voix monta du jardin, chantant un air d'opéra. "C'est La Callas!" dit Marcel extasié tandis que les internes se levaient pour se mettre aux fenêtres. C'était La Callas, en effet, et elle chantait un air tout en marchant dans le jardin. "Ce doit être Les Puritains!" dit-il. Mais son voisin de fenêtre lui dit que ce n'était pas ça : "C'est un air que nous n'avons jamais entendu auparavant". Callas chantait fort bien et un homme, descendu du dortoir, allait la courtiser. Elle le rabrouait, tout en chantant, cueillant une rose rouge et lui en frappant le visage, ou en lui pinçant fortement la taille.
Les paroles, italiennes, de son chant, s'envolèrent hélas à son réveil.
Mercredi soir (le 11 avril) il y avait un nouveau venu sur la place. Le genre Philippe, jeune et costaud. Tout d'abord, Marcel l'a pris pour un casseur, mais dans le coin où il l'observait, le mec s'est rapproché de lui et a déballé ses outils. Marcel s'écarte, prudent, méfiant. Un autre type, jeune, grand et moche, les ayant remarqués, se radine rapidement et déballe ses outils devant le mec. Marcel s'éloigne et les voit partir tous les deux. Il les suit à distance, intrigué. Ils entrent un peu plus loin dans un immeuble de la rue Thiers. Ce soir (vendredi 13) comme il arrive sur la place, qu'est-ce qu'il voit? Le jeune gars baraqué, genre-Philippe, genre-loubard, genre-pas-mal-du-tout-merci-beaucoup. Ils se reconnaissent. Comme un copain, Dominique, vient dire bonjour à Marcel, celui-ci lui demande s'il le connaît. Il lui répond que non et, soudain intéressé, il va carrément lui parler. Et il l'embarque dans sa voiture, sous le nez de Marcel, complétement dépité! Qui rentre chez lui, en colère, et se tire une carte. Et, médusé, il lit : "Vous ferez une affaire à laquelle vous associerez deux personnes dont l'une vous trompera". Il n'en croit pas ses yeux et regrette de ne pas l'avoir assez longue pour se la mettre dans la bouche et se la mordre avec vigueur.

samedi 1 août 2009

La (petite) vie de Marcel -60

Marcel retrouve Gillou.
3-4-5 mars. Le Havre.
Ecoute de l'enregistrement officiel de La Norma, avec le couple Caballé-Cossotto.
Visite de Bernard, qui a semble-t-il l'intention de s'installer définitivement (?) à Louviers, chez une de ses nouvelles copines.
Samedi 10. Le Havre.
Il y a des proverbes qui mettent en valeur les vertus de la patience. Steinbeck prétend ("East of Eden") que le mieux, quand on s'est fixé un but, c'est de l'oublier. Mais ce n'est pas toujours évident (Peut-on oublier qu'on va mourir un jour?). Il y a deux ans, Marcel rencontrait Gillou, et se prenait pour lui d'une passion physique irraisonnée. Le flamboiement dura peu, la guerre civile se déclara, puis la rupture. Ils avaient eu des torts. Peut-être, plus tard, ils pourraient se revoir, remettre sur le tapis (de catch?) leurs différences...Marcel perdit son adresse, oublia son numéro de téléphone. On lui parla de lui, il en parla à Rolande (l'année dernière, alors qu'elle sortait avec Martin, le Guadeloupéen). De temps en temps, il repensait à ses fesses en béton, à ses cuisses de footballeur, à son étreinte maladroite et brutale.
Ce soir, sorti pour prendre l'air, Gillou l'interpelle. Il monte dans sa nouvelle voiture , et ils vont dans sa nouvelle piaule. Très bien aménagée. Marcel s'assoit sur le divan, Gillou sur le fauteuil.
Marcel : Tu peux venir t'asseoir près de moi, je ne te boufferai pas!
Il obéit et ils causent. Marcel regarde son corps et se dit qu'il n'a pas changé : la masse des reins et des cuisses est la même. Ses mains l'attirent. Il remet en place une mèche de ses cheveux, et ils se retrouvent l'un sur l'autre. Deux ans! Qui aurait pu lui faire oublier la force de son corps? Ils restent une demi-heure sans presque bouger, enlacés étroitement. A minuit, Marcel lui demande de le raccompagner.
Dimanche calme avec Claudine : musique et gastronomie peinardes.
Mardi 13.
Le soir, il téléphone à Gillou. Comme il y a deux ans, celui-ci lui parle de sa soif d'avoir un ami. Il a cette étrange manie, comme Claudine, de s'emmerder tout seul chez lui. Il lui dit qu'il va acheter un appartement pour la fin de l'année et qu'il voudrait qu'il vienne habiter avec lui. Marcel se sent étrangement déçu. Se retrouver au Havre, entre quatre murs, avec un type costaud, certes, mais jaloux, pantouflard et renfermé? "Ah non! Plutôt crever!". A 22h, il sort pour retrouver le mec de Grand-Couronne, qui le pelote dans la rue, l'embrasse dans sa bagnole.
Marcel : Tu n'es pas un peu fou?
Le mec : Oui, je suis fou de toi!
Chez lui, Marcel se laisse faire. Ensuite, ils bavardent un peu, allongés, et le mec veut remettre ça.
Marcel : Non, je suis fatigué.
Le mec (insistant) : Je t'en prie, mon chou!
Mais le chou n'a pas envie de se faire défoncer une seconde fois, le repousse hors du lit et le renvoie à sa femme.
Lundi 26.
La mère de Claudine est décédée (samedi 17). Bien entendu, Marcel était au Havre, près d'elle, et l'a aidée de son mieux. Quant à l'affaire Gillou, elle ne lui apporte rien de nouveau. Le vigoureux footballeur du dimanche, aux cuisses d'enfer, s'obstine dans la voie du conformisme radical. Jeudi soir, au téléphone, il avait dit à Marcel qu'il devait prendre une décision importante : à la Transat, où il travaille, on l'avait pressenti pour passer 3 ans aux Antilles. Il devait donner sa réponse le lendemain matin. Marcel l'avait pressé de dire oui. Mais il avait dit non.
Marcel : Dommage, ça m'aurait plu d'avoir un amant très loin, à qui j'aurais écrit de grandes lettres romantiques sans jamais le voir.
Mais Gillou préfère ses pantoufles à une aventure qui convenait pourtant à sa jeunesse et à sa force physique.
Aujourd'hui, grand jour de froid entre M.Poiret et Mlle Rolande. Le w.e. se serait-il mal passé? Marcel s'en fout, il travaille assidument à son roman "La Mort du Paysage".

jeudi 30 juillet 2009

La (petite) vie de Marcel -59

Marcel a des problèmes avec son oeil gauche.
Mercredi 9 février.
Michel téléphone vers 17h. Tiens! d'habitude, c'est le jeudi...Il attend Marcel à 21h près de chez lui. Il le fait marrer quand il lui demande s'il a fait l'amour avec un garçon pendant les trois semaines où il ne l'a pas vu. Lui, paraît-il, n'a pas fait l'amour. Il tripote durement Marcel en lui disant : "Est-ce que tu m'aimes?". Puis il se défoule brutalement.
Jeudi 8.
Concours de dessins pornos au bureau. Rolande a des vues sur une sorte d'extra-terrestre avec un houpet, des palmes et des testicules pendantes. Poiret s'applique : son mec est émacié avec une petite bite qui bande. Marcel préfère un mec rondouillard qui sourit bêtement, et remue son gros cul et son gros sexe. Tout le monde est content.
Carte de Bretagne, provenant de Dany. Il a passé le w.e. chez ses parents et il n'a pas oublié leur rencontre.
Mardi 13.
Rolande se fait faire des cadeaux (briquet Dupont, ceinture en croco, sac en chevreau...) par Poiret.
Marcel : Tu sais qu'elle est la différence entre une putain et une bourgeoise?
Rolande : Non, mais je vais le savoir.
Marcel : Une putain se donne quand on la paye, tandis qu'une bourgeoise se fait entretenir en se donnant le moins possible.
Le midi, Marcel téléphone à Denis et Jean-François. C'est Denis qui lui répond. Ils rentrent leurs griffes de chattes jalouses pour parler Opéra, et surtout disques-pirates. Denis doit aller à Paris pour rapporter une Norma-Callas. Il a reçu une liste des derniers enregistrements parus en Amérique. Des Caballé surtout, dans des inédits (Maria Stuarda, et Adriana Lecouvreur). Et puis ils bavardent -mondainement- de l'appartement de Jehan-Bernard et des travaux de tapisserie qui avancent.
Le soir, il va au cinéma voir "L'Autre" avec Claudine. Un inspecteur, la veille, lui disait que d'après lui il fallait donner à un enfant l'idée du Beau. Et Marcel pensait que c'était aussi dangereux que de lui donner l'idée du Mal. Dans le film, Nice est élevé par sa grand-mère dans un univers mythique. Il ne pouvait pas concevoir qu'il portait en lui quelque chose du Mal. C'est pourquoi, toutes les fois qu'il faisait du mal, il imputait ses mauvaises actions à son frère décédé, avec qui il n'avait jamais rompu le dialogue. Lorsque sa grand-mère s'apercevra qu'elle est allée trop loin, elle voudra à la fois se tuer et détruire son oeuvre. Guidé une fois de plus par l'instinct protecteur de son frère mort, Nice échappera à elle, qui lui avait mis dans le crane des idées fausses parce qu'elle avait pitié de son chagrin, et évitera la mort.
Mercredi 14.
Il passe la soirée avec David, dans la forêt de Canteleu. Comme il ne prend pas la route habituelle, ils vont se fourrer dans un drôle de bourbier. David s'énerve en constatant que Marcel ne bande pas, et il monte sur lui de tout son poids. Son dos est tout en muscles épais. Dommage qu'il soit toujours blanc comme un cachet d'aspirine.
16-17-18. Fin de semaine au Havre.
La mère de Claudine ne s'est pas remise de sa dernière opération. Elle est atteinte d'arthrose cervicale. Durs moments à passer pour Claudine qui doit rester près d'elle toutes les nuits car elle ne peut pas se lever toute seule.
Le samedi, Marcel va chercher des disques à la Maison de la Culture.
Le dimanche, ils ont de la visite : Bernard, une nouvelle venue La Goudoue, et deux autres folles. La Goudoue devait raccompagner les deux folles (elles habitent Louviers) mais elle avait décidé de passer la nuit au Havre avec Marcel. Mais celui-ci n'était pas au courant! Finalement, elle les raccompagnera, vu que le deal ne se fera pas. Elle sera très vexée. Elle aura quand même bien bu, bien bouffé et bien dansé toute l'après-midi.
Le samedi soir, ils étaient allés voir, avec Claudine "Dommage qu'elle soit une putain". Dommage surtout que le cinéma dans lequel passait le film (Le Rio) soit un infect repaire à loubards amateurs de bière et de pétages convulsifs.
Vendredi 23.
Marcel passe la soirée avec Jean-Claude V., un homme d'âge mur, qui travaille dans le commerce, qui a un chien -Domino- et trois chattes, et un joli appartement sur les quais, meublé de rustique.
Samedi 24.
A Paris, avec Claudine. Achat de disques. Il fait froid, mais il ne pleut pas.
Dimanche 25.
Claudine vient le rejoindre à Rouen, et ils vont voir "Les volets clos". Il faut tout le talent de Ginette Leclerc et de Marie Bell pour faire passer un texte aussi insipide. La palme revient tout de même à Laurence Badie, dans un rôle particulièrement ingrat. Jacques Charrier est beau, mais il a bien du mal à se mettre dans la peau de son personnage, d'ailleurs insignifiant. Idem pour les deux Catherine (Rouvel et Allégret). Il reste l'hommage que Brialy rend à Lucienne Bogaert, mais c'est vraiment du petit cinéma.
Mardi 27.
Marcel passe d'une voiture à l'autre. A 18h, un 76, jeune et nouille, qui n'est libre que jusqu'à 19h. Marcel le jette et lance à un parisien : "Je suppose que vous êtes pressé, vous aussi?". Le mec rigole mais lui annonce qu'il veut bien le retrouver à 22h sur la place du Vieux Marché. "Et je compte sur vous!" lui crie-t-il en démarrant. Pourquoi pas? En attendant, Marcel va manger mais, à 22h, il n'y a pas de parisien sur la place. Il décide de ne pas l'attendre et monte dans la voiture d'un habitant de Grand-Couronne. "Ah oui! Le pétrole!". Cette fois-ci, il l'emmène chez lui, il n'a pas envie de le perdre en route. L'homme est barbu, la quarantaine, très tendre. Après l'étreinte, il le raccompagne jusqu'à sa voiture, se laisse embrasser en pleine rue mais oublie complétement de lui demander ne serait-ce que son prénom.
Jeudi 1er mars.
Le vent tourne. Il avait décidé d'aller chez l'oculiste pour savoir, avant de partir en vacances, ce qu'il avait au juste dans son oeil gauche. Mais l'oculiste n'est libre que mardi prochain. Il va donc à Charles Nicolle. L'interne qui s'occupe de lui est jeune et plein de zèle. Mais il n'a pas l'air de se rendre compte qu'il a très mal. Marcel obtient 6 jours d'arrêt de travail, mais il ne peut pas aller au Havre à cause du traitement.
Vendredi 2.
Charles Nicolle. Ca ne va pas mieux. Il passe la journée dans sa chambre, avec une paupière enflée. Il espère bien aller tout de même au Havre le lendemain.

mardi 28 juillet 2009

La (petite) vie de Marcel -58

Marcel se frotte aux bourgeois de Caen.
Jeudi 25 janvier.
Hier soir, il est allé voir "Le dernier tango à Paris". Il n'a pas aimé. D'abord et surtout parce que Brando était doublé. Il a trouvé le personnage de la fille con et lâche. Il était d'accord avec l'article d'un journal : une pute n'accepterait pas de se faire humilier comme le fait la gamine, parce qu'une pute a le respect "moral" de son corps, ce que n'a pas cette petite conne bourgeoise. Ce matin, coup de fil de Jehan-Bernard, qui lui demande quand est-ce qu'il va se décider à venir le voir à Caen. Puis il lui conseille de prendre contact avec un certain Denis M., amateur de La Caballé.
Sur l'heure du midi, Marcel téléphone au Denis en question, et ils causent, surtout d'art lyrique. Il semble d'accord pour organiser un w.e. à 4, à Caen, car il vit avec un ami qui est, dit-il "en train de faire la cuisine".
Dans l'après-midi, c'est l'ami en question qui lui téléphone. Il lui annonce qu'il est d'accord, et Denis aussi, pour le recevoir à Caen, mais qu'ils sont quelque peu brouillés avec Jehan-Bernard. Marcel commence à comprendre que Jehan-Bernard, voulant retrouver les faveurs du couple, se sert de lui comme réconciliateur. Pourquoi pas, après tout? Et soudain il pense à cette phrase que Jehan-Bernard avait prononcée, le premier jour de leur rencontre, au sujet d'un Denis (ou était-ce un Daniel?) qu'il avait aimé passionément, et qui l'avait quitté pour un mec "encore plus moche que lui".
27-28. Week-end au Havre.
Claudine lui fait la remarque : "Depuis Noël, ça n'arrête pas". De toute façon, après son échec avec Guy, elle a décidé que la nouvelle année serait "libre et folle". Elle lui fait écouter le "Spanish Harlem" d'Aretha Franklin, qui est un chef-d'oeuvre, ainsi que des extraits des "Contes" avec le couple Sutherland-Domingo, captés à la radio.
Le soir, ils sortent, de 22h30 à 23h30. Il y a beaucoup de monde à Franklin. Beaucoup trop. Des voitures, certes, dont une DS rouge, dont également deux anciens copains, mais aussi des voyous, par groupes de trois, qui emmerdent le monde. Comme ils ne veulent pas s'en aller, c'est eux qui partiront, dans la voiture de deux garçons : Dany, 30 ans, brun, et Richard, cheveux miel teints auburn, minet de grande famille bourgeoise. Ils les emmènent chez Claudine. Whisky et punch. Dany commence à leur raconter sa vie. Marcel regrettera ensuite de ne pas l'avoir enregistré, car c'est assez fantastique. En tout cas c'est d'une hilarité incroyable. A 2h du matin, quand Marcel (qui a englouti 5 punchs) se lève pour danser, il est saoul comme une bourrique. Dany lui colle aux fesses. Richard, qui a trop bu lui aussi, lui crie : "Fous-lui la paix! Tu vois bien qu'elle est saoule!". Et Marcel préfère s'éclipser, l'air rêveur. Mais dehors, il ne peut plus marcher. Il s'assoit sur le bord du trottoir, et attend que ça se passe. Pas pour longtemps, car il entend les souliers ferrés de Dany, qui vient le chercher. Il rentre avec lui. Il s'avance dans le salon : "Ya plus de zizique?" et il s'écroule sur le lit. C'est fini. Il ne sait pas qui l'a déshabillé, mais il pionce à poil dans le plumard.
Le dimanche sera plus calme, heureusement. Ils iront chercher des gâteaux dans l'après-midi : Marcel en salopette de velours noir et chemise rouge, Claudine en Cacharel, tordus de rire tout au long de la route en repensant à ce que Dany leur a raconté la veille, et en faisant "coucou" à des navigateurs. Le même Dany leur rendra visite à 17h.
La nuit tombe, ils sont plutôt claqués. Marcel prend le train de 19h30.
Mardi 30.
14h30. Le chef s'est barré. Tranquille, Marcel téléphone à Denis M. Il ne le dérange pas, lui dit ce dernier. Très bien. Durant un quart d'heure ils parlent bel canto. Voilà au moins un point sur lequel ils semblent s'entendre.
Au fait, jeudi dernier (le 25) Marcel a fait l'amour avec David, à Canteleu bien entendu.Ils se sont bien marrés, tous les deux.
"Je cesserai d'être homosexuel le jour où les hommes cesseront de s'occuper de moi". C'est ce que Marcel aurait dû dire à la mère de Rolande vendredi midi, lorsqu'il est allé la voir chez elle. Femme à principes, se voulant des idées modernes alors qu'elle est résolument conservatrice, elle voudrait bien qu'il épouse sa fille à condition qu'il cesse du jour au lendemain de coucher avec des mecs. Or, il n'a pas l'intention d'épouser Rolande, et encore moins de ne plus accueillir d' hommes dans son lit.
Week-end à Caen - 3 et 4 février.
Vendredi soir, vers 18h30, il se promène avant d'aller manger et, sous les arcades, il se met à suivre un garçon -pas plus de 20 ans- qui va acheter des chaussures chez Eram. Il le suit parce qu'il a de belles fesses, bien pleines, mises en valeur par un pantalon bleu clair. Et dimanche soir il suit un autre garçon qui sort du train, plus petit et plus musclé, avec un cul encore plus superbe, plus rond et plus ferme. Il les suit, ces deux gaillards, juste histoire de se rincer l'oeil. C'est tout.
Quand Jehan-Bernard le conduit chez Denis, dans la proche banlieue de Caen -Hérouville- Marcel s'attend au pire. La porte s'ouvre et il a tout de suite envie de fuir : Denis a bien le physique de sa voix. Grand, blond, et mollasson. Mais ce n'est pas pour celà qu'il a envie de fuir, c'est à la vue du regard que Jean-François, son ami, pose sur lui : un regard qui n'a pas besoin de commentaire. L'appartement est beau, très stylé. Et la collection de disques-pirates de Denis est impressionnante. Il avait entendu parler de disques-pirates, mais il n'en avait jamais vus ni écoutés. Bien sûr, Callas, mais aussi Scotto, Sutherland sans oublier Caballé, et tous les autres.... Des trésors, pour les amateurs, de grands moments d'émotion avec souvent un public en délire.
Jehan-Bernard a changé de piaule. C'est du côté du quai Amiral Hamelin. C'est plus grand, paraît-il, mais c'est le bordel. Marcel n'a jamais vu autant de bric-à-brac. C'est le marché aux puces. Il y a de belles choses, certes, mais elles voisinent avec d'affreux objets d'un goût douteux. Il se prive, soi-disant, de manger et de vacances pour acquérir toutes ces cochonneries. Mais pour l'instant il veut aménager son salon. Il a acheté du tissu rouge, très beau, pour tendre ses murs. Comme Denis a des dons de tapissier et qu'il ne travaille pas pour l'instant, Jehan-Bernard a pensé à lui pour faire le boulot. Mais comme ils étaient brouillés depuis plusieurs mois, il s'est dit que Marcel pourrait servir de médiateur. Il l'avoue : "Voilà pourquoi tu as été invité!".
Le samedi après-midi se passe chez Jehan-Bernard, dans l'appartement sens-dessus-dessous. Et puis Denis va chercher ses parents à la gare, et puis Jehan-Bernard va reconduire son peintre. Et Marcel se retrouve seul avec Jean-François. Pas pour longtemps. La sonnette, brutale, les sépare. "Surtout ne dis rien!" lui supplie Jean-François de la bouche et des yeux. C'est Jean-Bernard qui revient. Il leur jette un coup d'oeil soupçonneux. Ils vont ensuite chez Denis, et un cinquième larron, Bertrand, les rejoint. Jean-François fait très bien la cuisine. Lui et Marcel évitent soigneusement de se trouver en tête-à-tête. Jehan-Bernard, toujours aussi survolté, voudrait voir tout le monde à poil. Il y sera le premier, et s'excitera tout seul à la vue de son cul rebondi dans la glace. Heureusement, la tentation de la partouze demeurera dans le registre du fantasme, et tout le monde ira sagement se coucher : Marcel chez Denis-Jean-François, dans le divan du salon. Un somnifère l'aidera à dormir en douceur et sans heurts.
Le dimanche se passe bien. Marcel se balade dans la baraque et prend son petit-déjeuner en chemise de nuit bleu-ciel, avec rien en dessous. De quoi exciter le pauvre Jean-François et énerver ce cher Denis, qui lui fait écouter, pour calmer le physique et émoustiller l'esprit, le concert donné à Pleyel de la "Maria Stuarda" de Donizetti, avec La Caballé. Marcel frissonne de plaisir, mais Jean-François veut aller faire un tour après manger. Bizarrement, il demande à Marcel de l'accompagner. Denis a du mal à se contenir et leur donne "une demi-heure, pas plus". Dans la voiture, puis dans la forêt, Jean-François a du mal à freiner ses envies et finit par se laisser aller, sans cesser de conduire. "Tu es fou!" lui dit Marcel. "Dans ce cas, lui répond l'autre, toi aussi!". Il faut pourtant rentrer. Faut voir la tête de Denis quand ils arrivent : "Vous avez mis plus d'une demi-heure!". Et puis il se met à tâter le visage de son ami : "Tu n'as même pas froid!". Marcel fait celui qui ne comprend pas. Ils finissent l'après-midi chez Jehan-Bernard et, à 19h30, c'est Denis qui préfère reconduire Marcel en voiture à la gare.

lundi 27 juillet 2009

La (petite) vie de Marcel -57

Marcel se transporte à Epernon.
Vendredi soir (le 5 janvier) Marcel va au cinéma, à Rouen, avec Rolande : "Harold et Maude". Il trouve le film plaisant, original, bien joué. Ensuite, ils vont prendre un chocolat au Café de la Poste.
Samedi matin, il prend le train pour Paris à 10h, puis le métro pour débarquer à Montparnasse, qu'il ne connaissait pas. Mais l'intérêt réside justement dans la dévouverte de lieux et de gens inconnus. Le train le conduit jusqu'à Rambouillet, à travers une banlieue triste et monotone. Il est 12h52. Pas de voiture verte à l'horizon. Il s'installe dans le café que Phil lui a signalé, avec une sorte de véranda. Il n'a pas l'air très malin. Cinq minutes après, il voit une voiture pistache faire le tour, il sourit, Phil lui fait un signe de la main. Ils se sont reconnus! Les premiers instants sont banals. Puis Phil le conduit à Epernon. C'est une HLM toute neuve, moderne et simple. Cuisine, chambre, salon, salle à manger, salle de bain. Ils déjeunent vers 14h. Ensuite, ils discutent. Tout de suite, la franchise de Phil met Marcel à l'aise.
Phil : J'ai rencontré Jehan-Bernard dans une tasse, à Caen. Nous avons passé la nuit ensemble.
Marcel : C'est drôle, je ne vous vois pas du tout faire l'amour ensemble!
Et pourtant, se dit-il, comme ils se ressemblent: de la même taille, même éducation, royalistes, vicieux (pas le même vice cependant : Jehan-Bernard est vicieux moralement, Phil physiquement) avec une désinvolture dans le langage qui dénote l'intelligence et le sens des réalités.
Le soir tombe, ils sont assis sur le divan, ça fait 10 fois que Chopin répéte ses valses, Marcel fait exprès de se tenir à distance.
Marcel : Il y a bien une chose que tu as envie de faire, dans la vie?
Phil : Ca fait une heure que j'ai envie de t'embrasser, ça m'excite terriblement.
Ils font l'amour sur les coussins du divan.
Phil : C'est la première fois que je fais l'amour sur le divan sans l'avoir déplié.
Ils dînent, tard. Marcel lui dit alors qu'il n'a pas l'intention de coucher dans le même lit que lui. Phil est étonné, évidemment, et lui demande s'il parle sérieusement. Marcel est très sérieux. Il couche donc dans la chambre, et Phil va coucher dans le salon.
Dimanche 7.
A 8h30, réveillé, Marcel va le rejoindre sur le divan du salon. Ils font l'amour dans la chaleur du lit. Toilette, petit déjeuner. Il est déjà plus de 10 heures. Une grande discussion, très animée, sur les faux et les vrais homosexuels, les absorbe pendant près d'une heure. Quand ils arrivent à Chartres, il est près de midi. Il fait froid, le soleil est mort, mais l'évêque (ou l'archevêque?) est là, à la grande joie de Phil, bien entendu. Mais Marcel n'est pas insensible à cette sombre cathédrale, aux vitraux luxueux et à l'atmosphère ouatée qui excite et pousse à l'intrigue. Ils rentrent, déjeunent. Phil veut le reconduire à Rouen. Il est déjà 16h. Ils ne repartiront qu'une heure plus tard, après avoir fait l'amour sur le lit. Brume, froid, fatigue. A Rouen, ils prennent un pot au Drugstore, parmi des gens assez vulgaires. Puis ils se séparent et Marcel finit la soirée chez Rolande, devant la télé.
Mardi 9.
Visite de Claudine. Elle lui annonce que Bernard est venu la voir pour lui demander 300F afin de payer son loyer. Elle a refusé.
Durant le week-end, elle est allée voir "Zizi je t'aime". Zizi y chantait en play-back, souriait et serrait la main uniquement aux femmes de l'assistance, et tous les minets qui dansaient avec elle étaient pédés. C'est du moins ce qu'elle a vu.
13-14.
Deuxième voyage à Epernon. Le samedi midi, à Rambouillet, Phil n'est pas là. Marcel n'est pas inquiet mais tout de même, il en a marre de faire le poireau sous la véranda. Il arrive, et il sait d'avance ce qu'il va lui annoncer :
Phil : Je ne pourrai pas te reconduire à Rouen, dimanche soir.
A cause du verglas. C'est vrai, il gèle. Mais manque de pot, dans la nuit la température va se radoucir, et le lendemain le temps sera plus clément, malgré la brume. Mais c'est ainsi, Marcel rentrera par le train. Il se vengera -mesquinement, il l'avoue- en lui piquant une bouteille de scotch. "Mais on se venge comme on peut, pas vrai?" se justifie-t-il. Alors, ces mises au point étant faites, le week-end ne sera pas terrible. En fait, Marcel voulait aller au Havre, mais le 21 Phil doit aller à Paris pour une messe en l'honneur de la mort de Louis XVI, aussi ils avaient cru bon d'avancer leurs retrouvailles. Ils ont eu tort. Une fois le désir assouvi, il ne leur reste que l'ennui. Et l'ennui, Marcel, il en a assez durant la semain. Alors il s'emmerde, ça le fait chier, il tire la langue aux portraits de Louis XVI, de Marie-Antoinette, et il a tout envie d'envoyer en l'air : Epernon, l'appartement et le propriétaire. Phil lui parle de fouets, de perversion, mais le coeur n'y est pas. Le reste non plus. Ils se séparent, mécontents, de l'un, de l'autre, d'eux-deux.
Lundi 15.
Marcel envoie à Phil une de ses plus belles lettres. Il lui explique qu'il ne peut y avoir de perversions sexuelles sans mépris. Au fond, il est content, parce que Jehan-Bernard n'a jamais fait venir Phil au château de M. et ça fait plusieurs années qu'ils se connaissent... tandis que lui...
Tralalère.
Jeudi 18.
Bonne journée. Phil n'a pas répondu à sa lettre, mais il s'en fout. Il y a en ce moment une ambiance du tonnerre au bureau. Sylvie boit et rote toutes les cinq minutes, au grand dam de Rolande qui n'arrive pas à en faire autant. Ses démélés sentimentaux avec Poiret sont plutôt au stade orageux, depuis leur week-end hivernal à Bellevue pour les fêtes de fin d'année. Vers 17h, Michel téléphone. Il donne rdv à Marcel à 21h, à la gare. Celui-ci le prévient : "Je n'attendrai pas". A 21h, Michel l'attend déjà dans sa voiture. Celui que Marcel appelle au bureau "Monsieur 25 cm" possède une fougue qui réussit à lui faire oublier David et Canteleu. "Je voudrais te faire du mal pour que tu ne m'oublies pas" répéte-t-il en s'excitant sur lui. Ah, ces hommes mariés!Manque de bol, une fois qu'il a passé la porte, Marcel l'a déjà oublié.
Lundi 22.
Dimanche, au Havre avec Rolande, calme relatif. Poiret est venu en coup de vent (à 17h) avec la voiture de son père. Il en a été pour ses frais : Rolande n'a pas voulu rentrer au Havre avec lui.
Ce lundi soir, Marcel va draguer. Le jeune blond, qui avait une 2CV et qui a maintenant une 4L, est toujours là. Il est avec un minet. Marcel se fait aborder par 4 voyous en voiture. Parmi eux, un jeune qu'il connaît bien. Ils plaisantent, et les voyous s'en vont. La 4L s'arrête près de Marcel, le minet l'appelle. Il s'approche. D'une voix efféminée, le minet le prévient que les mecs à qui il a parlé sont des voyous : "Ils m'ont pris un briquet en or!" lui dit-il. Marcel se marre : "Vous draguez le soir avec un briquet en or?". Il regarde le blond en souriant, les remercie du renseignement et les laisse.