Marcel a des problèmes avec son oeil gauche.
Mercredi 9 février.
Michel téléphone vers 17h. Tiens! d'habitude, c'est le jeudi...Il attend Marcel à 21h près de chez lui. Il le fait marrer quand il lui demande s'il a fait l'amour avec un garçon pendant les trois semaines où il ne l'a pas vu. Lui, paraît-il, n'a pas fait l'amour. Il tripote durement Marcel en lui disant : "Est-ce que tu m'aimes?". Puis il se défoule brutalement.
Jeudi 8.
Concours de dessins pornos au bureau. Rolande a des vues sur une sorte d'extra-terrestre avec un houpet, des palmes et des testicules pendantes. Poiret s'applique : son mec est émacié avec une petite bite qui bande. Marcel préfère un mec rondouillard qui sourit bêtement, et remue son gros cul et son gros sexe. Tout le monde est content.
Carte de Bretagne, provenant de Dany. Il a passé le w.e. chez ses parents et il n'a pas oublié leur rencontre.
Mardi 13.
Rolande se fait faire des cadeaux (briquet Dupont, ceinture en croco, sac en chevreau...) par Poiret.
Marcel : Tu sais qu'elle est la différence entre une putain et une bourgeoise?
Rolande : Non, mais je vais le savoir.
Marcel : Une putain se donne quand on la paye, tandis qu'une bourgeoise se fait entretenir en se donnant le moins possible.
Le midi, Marcel téléphone à Denis et Jean-François. C'est Denis qui lui répond. Ils rentrent leurs griffes de chattes jalouses pour parler Opéra, et surtout disques-pirates. Denis doit aller à Paris pour rapporter une Norma-Callas. Il a reçu une liste des derniers enregistrements parus en Amérique. Des Caballé surtout, dans des inédits (Maria Stuarda, et Adriana Lecouvreur). Et puis ils bavardent -mondainement- de l'appartement de Jehan-Bernard et des travaux de tapisserie qui avancent.
Le soir, il va au cinéma voir "L'Autre" avec Claudine. Un inspecteur, la veille, lui disait que d'après lui il fallait donner à un enfant l'idée du Beau. Et Marcel pensait que c'était aussi dangereux que de lui donner l'idée du Mal. Dans le film, Nice est élevé par sa grand-mère dans un univers mythique. Il ne pouvait pas concevoir qu'il portait en lui quelque chose du Mal. C'est pourquoi, toutes les fois qu'il faisait du mal, il imputait ses mauvaises actions à son frère décédé, avec qui il n'avait jamais rompu le dialogue. Lorsque sa grand-mère s'apercevra qu'elle est allée trop loin, elle voudra à la fois se tuer et détruire son oeuvre. Guidé une fois de plus par l'instinct protecteur de son frère mort, Nice échappera à elle, qui lui avait mis dans le crane des idées fausses parce qu'elle avait pitié de son chagrin, et évitera la mort.
Mercredi 14.
Il passe la soirée avec David, dans la forêt de Canteleu. Comme il ne prend pas la route habituelle, ils vont se fourrer dans un drôle de bourbier. David s'énerve en constatant que Marcel ne bande pas, et il monte sur lui de tout son poids. Son dos est tout en muscles épais. Dommage qu'il soit toujours blanc comme un cachet d'aspirine.
16-17-18. Fin de semaine au Havre.
La mère de Claudine ne s'est pas remise de sa dernière opération. Elle est atteinte d'arthrose cervicale. Durs moments à passer pour Claudine qui doit rester près d'elle toutes les nuits car elle ne peut pas se lever toute seule.
Le samedi, Marcel va chercher des disques à la Maison de la Culture.
Le dimanche, ils ont de la visite : Bernard, une nouvelle venue La Goudoue, et deux autres folles. La Goudoue devait raccompagner les deux folles (elles habitent Louviers) mais elle avait décidé de passer la nuit au Havre avec Marcel. Mais celui-ci n'était pas au courant! Finalement, elle les raccompagnera, vu que le deal ne se fera pas. Elle sera très vexée. Elle aura quand même bien bu, bien bouffé et bien dansé toute l'après-midi.
Le samedi soir, ils étaient allés voir, avec Claudine "Dommage qu'elle soit une putain". Dommage surtout que le cinéma dans lequel passait le film (Le Rio) soit un infect repaire à loubards amateurs de bière et de pétages convulsifs.
Vendredi 23.
Marcel passe la soirée avec Jean-Claude V., un homme d'âge mur, qui travaille dans le commerce, qui a un chien -Domino- et trois chattes, et un joli appartement sur les quais, meublé de rustique.
Samedi 24.
A Paris, avec Claudine. Achat de disques. Il fait froid, mais il ne pleut pas.
Dimanche 25.
Claudine vient le rejoindre à Rouen, et ils vont voir "Les volets clos". Il faut tout le talent de Ginette Leclerc et de Marie Bell pour faire passer un texte aussi insipide. La palme revient tout de même à Laurence Badie, dans un rôle particulièrement ingrat. Jacques Charrier est beau, mais il a bien du mal à se mettre dans la peau de son personnage, d'ailleurs insignifiant. Idem pour les deux Catherine (Rouvel et Allégret). Il reste l'hommage que Brialy rend à Lucienne Bogaert, mais c'est vraiment du petit cinéma.
Mardi 27.
Marcel passe d'une voiture à l'autre. A 18h, un 76, jeune et nouille, qui n'est libre que jusqu'à 19h. Marcel le jette et lance à un parisien : "Je suppose que vous êtes pressé, vous aussi?". Le mec rigole mais lui annonce qu'il veut bien le retrouver à 22h sur la place du Vieux Marché. "Et je compte sur vous!" lui crie-t-il en démarrant. Pourquoi pas? En attendant, Marcel va manger mais, à 22h, il n'y a pas de parisien sur la place. Il décide de ne pas l'attendre et monte dans la voiture d'un habitant de Grand-Couronne. "Ah oui! Le pétrole!". Cette fois-ci, il l'emmène chez lui, il n'a pas envie de le perdre en route. L'homme est barbu, la quarantaine, très tendre. Après l'étreinte, il le raccompagne jusqu'à sa voiture, se laisse embrasser en pleine rue mais oublie complétement de lui demander ne serait-ce que son prénom.
Jeudi 1er mars.
Le vent tourne. Il avait décidé d'aller chez l'oculiste pour savoir, avant de partir en vacances, ce qu'il avait au juste dans son oeil gauche. Mais l'oculiste n'est libre que mardi prochain. Il va donc à Charles Nicolle. L'interne qui s'occupe de lui est jeune et plein de zèle. Mais il n'a pas l'air de se rendre compte qu'il a très mal. Marcel obtient 6 jours d'arrêt de travail, mais il ne peut pas aller au Havre à cause du traitement.
Vendredi 2.
Charles Nicolle. Ca ne va pas mieux. Il passe la journée dans sa chambre, avec une paupière enflée. Il espère bien aller tout de même au Havre le lendemain.
jeudi 30 juillet 2009
mardi 28 juillet 2009
La (petite) vie de Marcel -58
Marcel se frotte aux bourgeois de Caen.
Jeudi 25 janvier.
Hier soir, il est allé voir "Le dernier tango à Paris". Il n'a pas aimé. D'abord et surtout parce que Brando était doublé. Il a trouvé le personnage de la fille con et lâche. Il était d'accord avec l'article d'un journal : une pute n'accepterait pas de se faire humilier comme le fait la gamine, parce qu'une pute a le respect "moral" de son corps, ce que n'a pas cette petite conne bourgeoise. Ce matin, coup de fil de Jehan-Bernard, qui lui demande quand est-ce qu'il va se décider à venir le voir à Caen. Puis il lui conseille de prendre contact avec un certain Denis M., amateur de La Caballé.
Sur l'heure du midi, Marcel téléphone au Denis en question, et ils causent, surtout d'art lyrique. Il semble d'accord pour organiser un w.e. à 4, à Caen, car il vit avec un ami qui est, dit-il "en train de faire la cuisine".
Dans l'après-midi, c'est l'ami en question qui lui téléphone. Il lui annonce qu'il est d'accord, et Denis aussi, pour le recevoir à Caen, mais qu'ils sont quelque peu brouillés avec Jehan-Bernard. Marcel commence à comprendre que Jehan-Bernard, voulant retrouver les faveurs du couple, se sert de lui comme réconciliateur. Pourquoi pas, après tout? Et soudain il pense à cette phrase que Jehan-Bernard avait prononcée, le premier jour de leur rencontre, au sujet d'un Denis (ou était-ce un Daniel?) qu'il avait aimé passionément, et qui l'avait quitté pour un mec "encore plus moche que lui".
27-28. Week-end au Havre.
Claudine lui fait la remarque : "Depuis Noël, ça n'arrête pas". De toute façon, après son échec avec Guy, elle a décidé que la nouvelle année serait "libre et folle". Elle lui fait écouter le "Spanish Harlem" d'Aretha Franklin, qui est un chef-d'oeuvre, ainsi que des extraits des "Contes" avec le couple Sutherland-Domingo, captés à la radio.
Le soir, ils sortent, de 22h30 à 23h30. Il y a beaucoup de monde à Franklin. Beaucoup trop. Des voitures, certes, dont une DS rouge, dont également deux anciens copains, mais aussi des voyous, par groupes de trois, qui emmerdent le monde. Comme ils ne veulent pas s'en aller, c'est eux qui partiront, dans la voiture de deux garçons : Dany, 30 ans, brun, et Richard, cheveux miel teints auburn, minet de grande famille bourgeoise. Ils les emmènent chez Claudine. Whisky et punch. Dany commence à leur raconter sa vie. Marcel regrettera ensuite de ne pas l'avoir enregistré, car c'est assez fantastique. En tout cas c'est d'une hilarité incroyable. A 2h du matin, quand Marcel (qui a englouti 5 punchs) se lève pour danser, il est saoul comme une bourrique. Dany lui colle aux fesses. Richard, qui a trop bu lui aussi, lui crie : "Fous-lui la paix! Tu vois bien qu'elle est saoule!". Et Marcel préfère s'éclipser, l'air rêveur. Mais dehors, il ne peut plus marcher. Il s'assoit sur le bord du trottoir, et attend que ça se passe. Pas pour longtemps, car il entend les souliers ferrés de Dany, qui vient le chercher. Il rentre avec lui. Il s'avance dans le salon : "Ya plus de zizique?" et il s'écroule sur le lit. C'est fini. Il ne sait pas qui l'a déshabillé, mais il pionce à poil dans le plumard.
Le dimanche sera plus calme, heureusement. Ils iront chercher des gâteaux dans l'après-midi : Marcel en salopette de velours noir et chemise rouge, Claudine en Cacharel, tordus de rire tout au long de la route en repensant à ce que Dany leur a raconté la veille, et en faisant "coucou" à des navigateurs. Le même Dany leur rendra visite à 17h.
La nuit tombe, ils sont plutôt claqués. Marcel prend le train de 19h30.
Mardi 30.
14h30. Le chef s'est barré. Tranquille, Marcel téléphone à Denis M. Il ne le dérange pas, lui dit ce dernier. Très bien. Durant un quart d'heure ils parlent bel canto. Voilà au moins un point sur lequel ils semblent s'entendre.
Au fait, jeudi dernier (le 25) Marcel a fait l'amour avec David, à Canteleu bien entendu.Ils se sont bien marrés, tous les deux.
"Je cesserai d'être homosexuel le jour où les hommes cesseront de s'occuper de moi". C'est ce que Marcel aurait dû dire à la mère de Rolande vendredi midi, lorsqu'il est allé la voir chez elle. Femme à principes, se voulant des idées modernes alors qu'elle est résolument conservatrice, elle voudrait bien qu'il épouse sa fille à condition qu'il cesse du jour au lendemain de coucher avec des mecs. Or, il n'a pas l'intention d'épouser Rolande, et encore moins de ne plus accueillir d' hommes dans son lit.
Week-end à Caen - 3 et 4 février.
Vendredi soir, vers 18h30, il se promène avant d'aller manger et, sous les arcades, il se met à suivre un garçon -pas plus de 20 ans- qui va acheter des chaussures chez Eram. Il le suit parce qu'il a de belles fesses, bien pleines, mises en valeur par un pantalon bleu clair. Et dimanche soir il suit un autre garçon qui sort du train, plus petit et plus musclé, avec un cul encore plus superbe, plus rond et plus ferme. Il les suit, ces deux gaillards, juste histoire de se rincer l'oeil. C'est tout.
Quand Jehan-Bernard le conduit chez Denis, dans la proche banlieue de Caen -Hérouville- Marcel s'attend au pire. La porte s'ouvre et il a tout de suite envie de fuir : Denis a bien le physique de sa voix. Grand, blond, et mollasson. Mais ce n'est pas pour celà qu'il a envie de fuir, c'est à la vue du regard que Jean-François, son ami, pose sur lui : un regard qui n'a pas besoin de commentaire. L'appartement est beau, très stylé. Et la collection de disques-pirates de Denis est impressionnante. Il avait entendu parler de disques-pirates, mais il n'en avait jamais vus ni écoutés. Bien sûr, Callas, mais aussi Scotto, Sutherland sans oublier Caballé, et tous les autres.... Des trésors, pour les amateurs, de grands moments d'émotion avec souvent un public en délire.
Jehan-Bernard a changé de piaule. C'est du côté du quai Amiral Hamelin. C'est plus grand, paraît-il, mais c'est le bordel. Marcel n'a jamais vu autant de bric-à-brac. C'est le marché aux puces. Il y a de belles choses, certes, mais elles voisinent avec d'affreux objets d'un goût douteux. Il se prive, soi-disant, de manger et de vacances pour acquérir toutes ces cochonneries. Mais pour l'instant il veut aménager son salon. Il a acheté du tissu rouge, très beau, pour tendre ses murs. Comme Denis a des dons de tapissier et qu'il ne travaille pas pour l'instant, Jehan-Bernard a pensé à lui pour faire le boulot. Mais comme ils étaient brouillés depuis plusieurs mois, il s'est dit que Marcel pourrait servir de médiateur. Il l'avoue : "Voilà pourquoi tu as été invité!".
Le samedi après-midi se passe chez Jehan-Bernard, dans l'appartement sens-dessus-dessous. Et puis Denis va chercher ses parents à la gare, et puis Jehan-Bernard va reconduire son peintre. Et Marcel se retrouve seul avec Jean-François. Pas pour longtemps. La sonnette, brutale, les sépare. "Surtout ne dis rien!" lui supplie Jean-François de la bouche et des yeux. C'est Jean-Bernard qui revient. Il leur jette un coup d'oeil soupçonneux. Ils vont ensuite chez Denis, et un cinquième larron, Bertrand, les rejoint. Jean-François fait très bien la cuisine. Lui et Marcel évitent soigneusement de se trouver en tête-à-tête. Jehan-Bernard, toujours aussi survolté, voudrait voir tout le monde à poil. Il y sera le premier, et s'excitera tout seul à la vue de son cul rebondi dans la glace. Heureusement, la tentation de la partouze demeurera dans le registre du fantasme, et tout le monde ira sagement se coucher : Marcel chez Denis-Jean-François, dans le divan du salon. Un somnifère l'aidera à dormir en douceur et sans heurts.
Le dimanche se passe bien. Marcel se balade dans la baraque et prend son petit-déjeuner en chemise de nuit bleu-ciel, avec rien en dessous. De quoi exciter le pauvre Jean-François et énerver ce cher Denis, qui lui fait écouter, pour calmer le physique et émoustiller l'esprit, le concert donné à Pleyel de la "Maria Stuarda" de Donizetti, avec La Caballé. Marcel frissonne de plaisir, mais Jean-François veut aller faire un tour après manger. Bizarrement, il demande à Marcel de l'accompagner. Denis a du mal à se contenir et leur donne "une demi-heure, pas plus". Dans la voiture, puis dans la forêt, Jean-François a du mal à freiner ses envies et finit par se laisser aller, sans cesser de conduire. "Tu es fou!" lui dit Marcel. "Dans ce cas, lui répond l'autre, toi aussi!". Il faut pourtant rentrer. Faut voir la tête de Denis quand ils arrivent : "Vous avez mis plus d'une demi-heure!". Et puis il se met à tâter le visage de son ami : "Tu n'as même pas froid!". Marcel fait celui qui ne comprend pas. Ils finissent l'après-midi chez Jehan-Bernard et, à 19h30, c'est Denis qui préfère reconduire Marcel en voiture à la gare.
Jeudi 25 janvier.
Hier soir, il est allé voir "Le dernier tango à Paris". Il n'a pas aimé. D'abord et surtout parce que Brando était doublé. Il a trouvé le personnage de la fille con et lâche. Il était d'accord avec l'article d'un journal : une pute n'accepterait pas de se faire humilier comme le fait la gamine, parce qu'une pute a le respect "moral" de son corps, ce que n'a pas cette petite conne bourgeoise. Ce matin, coup de fil de Jehan-Bernard, qui lui demande quand est-ce qu'il va se décider à venir le voir à Caen. Puis il lui conseille de prendre contact avec un certain Denis M., amateur de La Caballé.
Sur l'heure du midi, Marcel téléphone au Denis en question, et ils causent, surtout d'art lyrique. Il semble d'accord pour organiser un w.e. à 4, à Caen, car il vit avec un ami qui est, dit-il "en train de faire la cuisine".
Dans l'après-midi, c'est l'ami en question qui lui téléphone. Il lui annonce qu'il est d'accord, et Denis aussi, pour le recevoir à Caen, mais qu'ils sont quelque peu brouillés avec Jehan-Bernard. Marcel commence à comprendre que Jehan-Bernard, voulant retrouver les faveurs du couple, se sert de lui comme réconciliateur. Pourquoi pas, après tout? Et soudain il pense à cette phrase que Jehan-Bernard avait prononcée, le premier jour de leur rencontre, au sujet d'un Denis (ou était-ce un Daniel?) qu'il avait aimé passionément, et qui l'avait quitté pour un mec "encore plus moche que lui".
27-28. Week-end au Havre.
Claudine lui fait la remarque : "Depuis Noël, ça n'arrête pas". De toute façon, après son échec avec Guy, elle a décidé que la nouvelle année serait "libre et folle". Elle lui fait écouter le "Spanish Harlem" d'Aretha Franklin, qui est un chef-d'oeuvre, ainsi que des extraits des "Contes" avec le couple Sutherland-Domingo, captés à la radio.
Le soir, ils sortent, de 22h30 à 23h30. Il y a beaucoup de monde à Franklin. Beaucoup trop. Des voitures, certes, dont une DS rouge, dont également deux anciens copains, mais aussi des voyous, par groupes de trois, qui emmerdent le monde. Comme ils ne veulent pas s'en aller, c'est eux qui partiront, dans la voiture de deux garçons : Dany, 30 ans, brun, et Richard, cheveux miel teints auburn, minet de grande famille bourgeoise. Ils les emmènent chez Claudine. Whisky et punch. Dany commence à leur raconter sa vie. Marcel regrettera ensuite de ne pas l'avoir enregistré, car c'est assez fantastique. En tout cas c'est d'une hilarité incroyable. A 2h du matin, quand Marcel (qui a englouti 5 punchs) se lève pour danser, il est saoul comme une bourrique. Dany lui colle aux fesses. Richard, qui a trop bu lui aussi, lui crie : "Fous-lui la paix! Tu vois bien qu'elle est saoule!". Et Marcel préfère s'éclipser, l'air rêveur. Mais dehors, il ne peut plus marcher. Il s'assoit sur le bord du trottoir, et attend que ça se passe. Pas pour longtemps, car il entend les souliers ferrés de Dany, qui vient le chercher. Il rentre avec lui. Il s'avance dans le salon : "Ya plus de zizique?" et il s'écroule sur le lit. C'est fini. Il ne sait pas qui l'a déshabillé, mais il pionce à poil dans le plumard.
Le dimanche sera plus calme, heureusement. Ils iront chercher des gâteaux dans l'après-midi : Marcel en salopette de velours noir et chemise rouge, Claudine en Cacharel, tordus de rire tout au long de la route en repensant à ce que Dany leur a raconté la veille, et en faisant "coucou" à des navigateurs. Le même Dany leur rendra visite à 17h.
La nuit tombe, ils sont plutôt claqués. Marcel prend le train de 19h30.
Mardi 30.
14h30. Le chef s'est barré. Tranquille, Marcel téléphone à Denis M. Il ne le dérange pas, lui dit ce dernier. Très bien. Durant un quart d'heure ils parlent bel canto. Voilà au moins un point sur lequel ils semblent s'entendre.
Au fait, jeudi dernier (le 25) Marcel a fait l'amour avec David, à Canteleu bien entendu.Ils se sont bien marrés, tous les deux.
"Je cesserai d'être homosexuel le jour où les hommes cesseront de s'occuper de moi". C'est ce que Marcel aurait dû dire à la mère de Rolande vendredi midi, lorsqu'il est allé la voir chez elle. Femme à principes, se voulant des idées modernes alors qu'elle est résolument conservatrice, elle voudrait bien qu'il épouse sa fille à condition qu'il cesse du jour au lendemain de coucher avec des mecs. Or, il n'a pas l'intention d'épouser Rolande, et encore moins de ne plus accueillir d' hommes dans son lit.
Week-end à Caen - 3 et 4 février.
Vendredi soir, vers 18h30, il se promène avant d'aller manger et, sous les arcades, il se met à suivre un garçon -pas plus de 20 ans- qui va acheter des chaussures chez Eram. Il le suit parce qu'il a de belles fesses, bien pleines, mises en valeur par un pantalon bleu clair. Et dimanche soir il suit un autre garçon qui sort du train, plus petit et plus musclé, avec un cul encore plus superbe, plus rond et plus ferme. Il les suit, ces deux gaillards, juste histoire de se rincer l'oeil. C'est tout.
Quand Jehan-Bernard le conduit chez Denis, dans la proche banlieue de Caen -Hérouville- Marcel s'attend au pire. La porte s'ouvre et il a tout de suite envie de fuir : Denis a bien le physique de sa voix. Grand, blond, et mollasson. Mais ce n'est pas pour celà qu'il a envie de fuir, c'est à la vue du regard que Jean-François, son ami, pose sur lui : un regard qui n'a pas besoin de commentaire. L'appartement est beau, très stylé. Et la collection de disques-pirates de Denis est impressionnante. Il avait entendu parler de disques-pirates, mais il n'en avait jamais vus ni écoutés. Bien sûr, Callas, mais aussi Scotto, Sutherland sans oublier Caballé, et tous les autres.... Des trésors, pour les amateurs, de grands moments d'émotion avec souvent un public en délire.
Jehan-Bernard a changé de piaule. C'est du côté du quai Amiral Hamelin. C'est plus grand, paraît-il, mais c'est le bordel. Marcel n'a jamais vu autant de bric-à-brac. C'est le marché aux puces. Il y a de belles choses, certes, mais elles voisinent avec d'affreux objets d'un goût douteux. Il se prive, soi-disant, de manger et de vacances pour acquérir toutes ces cochonneries. Mais pour l'instant il veut aménager son salon. Il a acheté du tissu rouge, très beau, pour tendre ses murs. Comme Denis a des dons de tapissier et qu'il ne travaille pas pour l'instant, Jehan-Bernard a pensé à lui pour faire le boulot. Mais comme ils étaient brouillés depuis plusieurs mois, il s'est dit que Marcel pourrait servir de médiateur. Il l'avoue : "Voilà pourquoi tu as été invité!".
Le samedi après-midi se passe chez Jehan-Bernard, dans l'appartement sens-dessus-dessous. Et puis Denis va chercher ses parents à la gare, et puis Jehan-Bernard va reconduire son peintre. Et Marcel se retrouve seul avec Jean-François. Pas pour longtemps. La sonnette, brutale, les sépare. "Surtout ne dis rien!" lui supplie Jean-François de la bouche et des yeux. C'est Jean-Bernard qui revient. Il leur jette un coup d'oeil soupçonneux. Ils vont ensuite chez Denis, et un cinquième larron, Bertrand, les rejoint. Jean-François fait très bien la cuisine. Lui et Marcel évitent soigneusement de se trouver en tête-à-tête. Jehan-Bernard, toujours aussi survolté, voudrait voir tout le monde à poil. Il y sera le premier, et s'excitera tout seul à la vue de son cul rebondi dans la glace. Heureusement, la tentation de la partouze demeurera dans le registre du fantasme, et tout le monde ira sagement se coucher : Marcel chez Denis-Jean-François, dans le divan du salon. Un somnifère l'aidera à dormir en douceur et sans heurts.
Le dimanche se passe bien. Marcel se balade dans la baraque et prend son petit-déjeuner en chemise de nuit bleu-ciel, avec rien en dessous. De quoi exciter le pauvre Jean-François et énerver ce cher Denis, qui lui fait écouter, pour calmer le physique et émoustiller l'esprit, le concert donné à Pleyel de la "Maria Stuarda" de Donizetti, avec La Caballé. Marcel frissonne de plaisir, mais Jean-François veut aller faire un tour après manger. Bizarrement, il demande à Marcel de l'accompagner. Denis a du mal à se contenir et leur donne "une demi-heure, pas plus". Dans la voiture, puis dans la forêt, Jean-François a du mal à freiner ses envies et finit par se laisser aller, sans cesser de conduire. "Tu es fou!" lui dit Marcel. "Dans ce cas, lui répond l'autre, toi aussi!". Il faut pourtant rentrer. Faut voir la tête de Denis quand ils arrivent : "Vous avez mis plus d'une demi-heure!". Et puis il se met à tâter le visage de son ami : "Tu n'as même pas froid!". Marcel fait celui qui ne comprend pas. Ils finissent l'après-midi chez Jehan-Bernard et, à 19h30, c'est Denis qui préfère reconduire Marcel en voiture à la gare.
lundi 27 juillet 2009
La (petite) vie de Marcel -57
Marcel se transporte à Epernon.
Vendredi soir (le 5 janvier) Marcel va au cinéma, à Rouen, avec Rolande : "Harold et Maude". Il trouve le film plaisant, original, bien joué. Ensuite, ils vont prendre un chocolat au Café de la Poste.
Samedi matin, il prend le train pour Paris à 10h, puis le métro pour débarquer à Montparnasse, qu'il ne connaissait pas. Mais l'intérêt réside justement dans la dévouverte de lieux et de gens inconnus. Le train le conduit jusqu'à Rambouillet, à travers une banlieue triste et monotone. Il est 12h52. Pas de voiture verte à l'horizon. Il s'installe dans le café que Phil lui a signalé, avec une sorte de véranda. Il n'a pas l'air très malin. Cinq minutes après, il voit une voiture pistache faire le tour, il sourit, Phil lui fait un signe de la main. Ils se sont reconnus! Les premiers instants sont banals. Puis Phil le conduit à Epernon. C'est une HLM toute neuve, moderne et simple. Cuisine, chambre, salon, salle à manger, salle de bain. Ils déjeunent vers 14h. Ensuite, ils discutent. Tout de suite, la franchise de Phil met Marcel à l'aise.
Phil : J'ai rencontré Jehan-Bernard dans une tasse, à Caen. Nous avons passé la nuit ensemble.
Marcel : C'est drôle, je ne vous vois pas du tout faire l'amour ensemble!
Et pourtant, se dit-il, comme ils se ressemblent: de la même taille, même éducation, royalistes, vicieux (pas le même vice cependant : Jehan-Bernard est vicieux moralement, Phil physiquement) avec une désinvolture dans le langage qui dénote l'intelligence et le sens des réalités.
Le soir tombe, ils sont assis sur le divan, ça fait 10 fois que Chopin répéte ses valses, Marcel fait exprès de se tenir à distance.
Marcel : Il y a bien une chose que tu as envie de faire, dans la vie?
Phil : Ca fait une heure que j'ai envie de t'embrasser, ça m'excite terriblement.
Ils font l'amour sur les coussins du divan.
Phil : C'est la première fois que je fais l'amour sur le divan sans l'avoir déplié.
Ils dînent, tard. Marcel lui dit alors qu'il n'a pas l'intention de coucher dans le même lit que lui. Phil est étonné, évidemment, et lui demande s'il parle sérieusement. Marcel est très sérieux. Il couche donc dans la chambre, et Phil va coucher dans le salon.
Dimanche 7.
A 8h30, réveillé, Marcel va le rejoindre sur le divan du salon. Ils font l'amour dans la chaleur du lit. Toilette, petit déjeuner. Il est déjà plus de 10 heures. Une grande discussion, très animée, sur les faux et les vrais homosexuels, les absorbe pendant près d'une heure. Quand ils arrivent à Chartres, il est près de midi. Il fait froid, le soleil est mort, mais l'évêque (ou l'archevêque?) est là, à la grande joie de Phil, bien entendu. Mais Marcel n'est pas insensible à cette sombre cathédrale, aux vitraux luxueux et à l'atmosphère ouatée qui excite et pousse à l'intrigue. Ils rentrent, déjeunent. Phil veut le reconduire à Rouen. Il est déjà 16h. Ils ne repartiront qu'une heure plus tard, après avoir fait l'amour sur le lit. Brume, froid, fatigue. A Rouen, ils prennent un pot au Drugstore, parmi des gens assez vulgaires. Puis ils se séparent et Marcel finit la soirée chez Rolande, devant la télé.
Mardi 9.
Visite de Claudine. Elle lui annonce que Bernard est venu la voir pour lui demander 300F afin de payer son loyer. Elle a refusé.
Durant le week-end, elle est allée voir "Zizi je t'aime". Zizi y chantait en play-back, souriait et serrait la main uniquement aux femmes de l'assistance, et tous les minets qui dansaient avec elle étaient pédés. C'est du moins ce qu'elle a vu.
13-14.
Deuxième voyage à Epernon. Le samedi midi, à Rambouillet, Phil n'est pas là. Marcel n'est pas inquiet mais tout de même, il en a marre de faire le poireau sous la véranda. Il arrive, et il sait d'avance ce qu'il va lui annoncer :
Phil : Je ne pourrai pas te reconduire à Rouen, dimanche soir.
A cause du verglas. C'est vrai, il gèle. Mais manque de pot, dans la nuit la température va se radoucir, et le lendemain le temps sera plus clément, malgré la brume. Mais c'est ainsi, Marcel rentrera par le train. Il se vengera -mesquinement, il l'avoue- en lui piquant une bouteille de scotch. "Mais on se venge comme on peut, pas vrai?" se justifie-t-il. Alors, ces mises au point étant faites, le week-end ne sera pas terrible. En fait, Marcel voulait aller au Havre, mais le 21 Phil doit aller à Paris pour une messe en l'honneur de la mort de Louis XVI, aussi ils avaient cru bon d'avancer leurs retrouvailles. Ils ont eu tort. Une fois le désir assouvi, il ne leur reste que l'ennui. Et l'ennui, Marcel, il en a assez durant la semain. Alors il s'emmerde, ça le fait chier, il tire la langue aux portraits de Louis XVI, de Marie-Antoinette, et il a tout envie d'envoyer en l'air : Epernon, l'appartement et le propriétaire. Phil lui parle de fouets, de perversion, mais le coeur n'y est pas. Le reste non plus. Ils se séparent, mécontents, de l'un, de l'autre, d'eux-deux.
Lundi 15.
Marcel envoie à Phil une de ses plus belles lettres. Il lui explique qu'il ne peut y avoir de perversions sexuelles sans mépris. Au fond, il est content, parce que Jehan-Bernard n'a jamais fait venir Phil au château de M. et ça fait plusieurs années qu'ils se connaissent... tandis que lui...
Tralalère.
Jeudi 18.
Bonne journée. Phil n'a pas répondu à sa lettre, mais il s'en fout. Il y a en ce moment une ambiance du tonnerre au bureau. Sylvie boit et rote toutes les cinq minutes, au grand dam de Rolande qui n'arrive pas à en faire autant. Ses démélés sentimentaux avec Poiret sont plutôt au stade orageux, depuis leur week-end hivernal à Bellevue pour les fêtes de fin d'année. Vers 17h, Michel téléphone. Il donne rdv à Marcel à 21h, à la gare. Celui-ci le prévient : "Je n'attendrai pas". A 21h, Michel l'attend déjà dans sa voiture. Celui que Marcel appelle au bureau "Monsieur 25 cm" possède une fougue qui réussit à lui faire oublier David et Canteleu. "Je voudrais te faire du mal pour que tu ne m'oublies pas" répéte-t-il en s'excitant sur lui. Ah, ces hommes mariés!Manque de bol, une fois qu'il a passé la porte, Marcel l'a déjà oublié.
Lundi 22.
Dimanche, au Havre avec Rolande, calme relatif. Poiret est venu en coup de vent (à 17h) avec la voiture de son père. Il en a été pour ses frais : Rolande n'a pas voulu rentrer au Havre avec lui.
Ce lundi soir, Marcel va draguer. Le jeune blond, qui avait une 2CV et qui a maintenant une 4L, est toujours là. Il est avec un minet. Marcel se fait aborder par 4 voyous en voiture. Parmi eux, un jeune qu'il connaît bien. Ils plaisantent, et les voyous s'en vont. La 4L s'arrête près de Marcel, le minet l'appelle. Il s'approche. D'une voix efféminée, le minet le prévient que les mecs à qui il a parlé sont des voyous : "Ils m'ont pris un briquet en or!" lui dit-il. Marcel se marre : "Vous draguez le soir avec un briquet en or?". Il regarde le blond en souriant, les remercie du renseignement et les laisse.
Vendredi soir (le 5 janvier) Marcel va au cinéma, à Rouen, avec Rolande : "Harold et Maude". Il trouve le film plaisant, original, bien joué. Ensuite, ils vont prendre un chocolat au Café de la Poste.
Samedi matin, il prend le train pour Paris à 10h, puis le métro pour débarquer à Montparnasse, qu'il ne connaissait pas. Mais l'intérêt réside justement dans la dévouverte de lieux et de gens inconnus. Le train le conduit jusqu'à Rambouillet, à travers une banlieue triste et monotone. Il est 12h52. Pas de voiture verte à l'horizon. Il s'installe dans le café que Phil lui a signalé, avec une sorte de véranda. Il n'a pas l'air très malin. Cinq minutes après, il voit une voiture pistache faire le tour, il sourit, Phil lui fait un signe de la main. Ils se sont reconnus! Les premiers instants sont banals. Puis Phil le conduit à Epernon. C'est une HLM toute neuve, moderne et simple. Cuisine, chambre, salon, salle à manger, salle de bain. Ils déjeunent vers 14h. Ensuite, ils discutent. Tout de suite, la franchise de Phil met Marcel à l'aise.
Phil : J'ai rencontré Jehan-Bernard dans une tasse, à Caen. Nous avons passé la nuit ensemble.
Marcel : C'est drôle, je ne vous vois pas du tout faire l'amour ensemble!
Et pourtant, se dit-il, comme ils se ressemblent: de la même taille, même éducation, royalistes, vicieux (pas le même vice cependant : Jehan-Bernard est vicieux moralement, Phil physiquement) avec une désinvolture dans le langage qui dénote l'intelligence et le sens des réalités.
Le soir tombe, ils sont assis sur le divan, ça fait 10 fois que Chopin répéte ses valses, Marcel fait exprès de se tenir à distance.
Marcel : Il y a bien une chose que tu as envie de faire, dans la vie?
Phil : Ca fait une heure que j'ai envie de t'embrasser, ça m'excite terriblement.
Ils font l'amour sur les coussins du divan.
Phil : C'est la première fois que je fais l'amour sur le divan sans l'avoir déplié.
Ils dînent, tard. Marcel lui dit alors qu'il n'a pas l'intention de coucher dans le même lit que lui. Phil est étonné, évidemment, et lui demande s'il parle sérieusement. Marcel est très sérieux. Il couche donc dans la chambre, et Phil va coucher dans le salon.
Dimanche 7.
A 8h30, réveillé, Marcel va le rejoindre sur le divan du salon. Ils font l'amour dans la chaleur du lit. Toilette, petit déjeuner. Il est déjà plus de 10 heures. Une grande discussion, très animée, sur les faux et les vrais homosexuels, les absorbe pendant près d'une heure. Quand ils arrivent à Chartres, il est près de midi. Il fait froid, le soleil est mort, mais l'évêque (ou l'archevêque?) est là, à la grande joie de Phil, bien entendu. Mais Marcel n'est pas insensible à cette sombre cathédrale, aux vitraux luxueux et à l'atmosphère ouatée qui excite et pousse à l'intrigue. Ils rentrent, déjeunent. Phil veut le reconduire à Rouen. Il est déjà 16h. Ils ne repartiront qu'une heure plus tard, après avoir fait l'amour sur le lit. Brume, froid, fatigue. A Rouen, ils prennent un pot au Drugstore, parmi des gens assez vulgaires. Puis ils se séparent et Marcel finit la soirée chez Rolande, devant la télé.
Mardi 9.
Visite de Claudine. Elle lui annonce que Bernard est venu la voir pour lui demander 300F afin de payer son loyer. Elle a refusé.
Durant le week-end, elle est allée voir "Zizi je t'aime". Zizi y chantait en play-back, souriait et serrait la main uniquement aux femmes de l'assistance, et tous les minets qui dansaient avec elle étaient pédés. C'est du moins ce qu'elle a vu.
13-14.
Deuxième voyage à Epernon. Le samedi midi, à Rambouillet, Phil n'est pas là. Marcel n'est pas inquiet mais tout de même, il en a marre de faire le poireau sous la véranda. Il arrive, et il sait d'avance ce qu'il va lui annoncer :
Phil : Je ne pourrai pas te reconduire à Rouen, dimanche soir.
A cause du verglas. C'est vrai, il gèle. Mais manque de pot, dans la nuit la température va se radoucir, et le lendemain le temps sera plus clément, malgré la brume. Mais c'est ainsi, Marcel rentrera par le train. Il se vengera -mesquinement, il l'avoue- en lui piquant une bouteille de scotch. "Mais on se venge comme on peut, pas vrai?" se justifie-t-il. Alors, ces mises au point étant faites, le week-end ne sera pas terrible. En fait, Marcel voulait aller au Havre, mais le 21 Phil doit aller à Paris pour une messe en l'honneur de la mort de Louis XVI, aussi ils avaient cru bon d'avancer leurs retrouvailles. Ils ont eu tort. Une fois le désir assouvi, il ne leur reste que l'ennui. Et l'ennui, Marcel, il en a assez durant la semain. Alors il s'emmerde, ça le fait chier, il tire la langue aux portraits de Louis XVI, de Marie-Antoinette, et il a tout envie d'envoyer en l'air : Epernon, l'appartement et le propriétaire. Phil lui parle de fouets, de perversion, mais le coeur n'y est pas. Le reste non plus. Ils se séparent, mécontents, de l'un, de l'autre, d'eux-deux.
Lundi 15.
Marcel envoie à Phil une de ses plus belles lettres. Il lui explique qu'il ne peut y avoir de perversions sexuelles sans mépris. Au fond, il est content, parce que Jehan-Bernard n'a jamais fait venir Phil au château de M. et ça fait plusieurs années qu'ils se connaissent... tandis que lui...
Tralalère.
Jeudi 18.
Bonne journée. Phil n'a pas répondu à sa lettre, mais il s'en fout. Il y a en ce moment une ambiance du tonnerre au bureau. Sylvie boit et rote toutes les cinq minutes, au grand dam de Rolande qui n'arrive pas à en faire autant. Ses démélés sentimentaux avec Poiret sont plutôt au stade orageux, depuis leur week-end hivernal à Bellevue pour les fêtes de fin d'année. Vers 17h, Michel téléphone. Il donne rdv à Marcel à 21h, à la gare. Celui-ci le prévient : "Je n'attendrai pas". A 21h, Michel l'attend déjà dans sa voiture. Celui que Marcel appelle au bureau "Monsieur 25 cm" possède une fougue qui réussit à lui faire oublier David et Canteleu. "Je voudrais te faire du mal pour que tu ne m'oublies pas" répéte-t-il en s'excitant sur lui. Ah, ces hommes mariés!Manque de bol, une fois qu'il a passé la porte, Marcel l'a déjà oublié.
Lundi 22.
Dimanche, au Havre avec Rolande, calme relatif. Poiret est venu en coup de vent (à 17h) avec la voiture de son père. Il en a été pour ses frais : Rolande n'a pas voulu rentrer au Havre avec lui.
Ce lundi soir, Marcel va draguer. Le jeune blond, qui avait une 2CV et qui a maintenant une 4L, est toujours là. Il est avec un minet. Marcel se fait aborder par 4 voyous en voiture. Parmi eux, un jeune qu'il connaît bien. Ils plaisantent, et les voyous s'en vont. La 4L s'arrête près de Marcel, le minet l'appelle. Il s'approche. D'une voix efféminée, le minet le prévient que les mecs à qui il a parlé sont des voyous : "Ils m'ont pris un briquet en or!" lui dit-il. Marcel se marre : "Vous draguez le soir avec un briquet en or?". Il regarde le blond en souriant, les remercie du renseignement et les laisse.
dimanche 26 juillet 2009
La (petite) vie de Marcel -56
Marcel fête le nouvel an avec Claudine (et quelques autres...).
Fin d'année.
C'était la première fois que Claudine organisait chez elle une "sauterie" à l'occasion de la nouvelle année. Ce fut, pour une première, pas mal réussi. Ils étaient 5 en tout, et ce fut suffisant. Marcel aurait voulu que ce fut une soirée calme et lyrique, mais Jehan-Bernard n'étant toujours pas décidé à venir (pour lui, Le Havre est nettement moins intéressant que le château de M. mais, comme dit Léontine : "Une annulation, ça va, mais deux, c'est foutu") ce fut une soirée très animée.
Mais revenons légèrement en arrière.
Vendredi 29 décembre, Marcel est on ne peut plus énervé au bureau. Il n'arrive pas à joindre Phil L., et Jehan-Bernard, qui avait promis la veille de se manifester, ne le fait pas. Quant enfin, vers 17h, il arrive à joindre Phil, son chef a l'impolitesse de lui chercher querelle à propos d'un dossier. Il ne lui répond pas, car il est au téléphone, mais il ira ensuite dans son bureau et, très calmement, il le renverra balader. Avec Phil il convient du week-end prochain. Ce dernier viendra le chercher, le samedi midi, à la gare de Rambouillet.
Quand Marcel arrive le soir au Havre, il est de meilleure humeur, bien entendu. Avec Claudine tout se passe bien, comme au bon vieux temps des connivences partagées. Couchés à 23h. Réveillés à 1h du matin par Bernard, qui se ramène avec un nouveau venu, Jacky. Un habitant du Mans, en instance de mariage avec une fille qu'il a la ferme intention de continuer à tromper avec le plus de garçons possible. Ils vont rester jusqu'à 5h, à boire, causer et écouter quelques disques en fond sonore. Une fois qu'ils sont partis, Marcel et Claudine se recouchent. Le samedi passe à faire des courses. A 19h, c'est Ivan qui arrive. 39 ans, grand, précieux et solitaire. Mal foutu, tout d'une pièce, sans taille et sans fesses, et amateur de lyrique français (surtout des opérettes). Une fois assis, il a du mal à se décoller du divan. Claudine voudrait le garder à dîner, mais Marcel lui fait comprendre qu'il ne veut pas se coucher à minuit. Ils l'invitent pour le dimanche midi. A peine arrivé, ils déjeunent et le collent sur le divan. Disques et diapositives jusqu'à 19h, heure où se ramènent Bernard et le troisième nouveau venu : Patrick. La table est mise, bougies et lumières douces. Patrick est d'une étonnante assurance, Ivan ne décolle pas ses yeux du visage de Marcel. Ils mangent. Marcel se demande avec curiosité lequel ou laquelle va s'écrouler le premier. Le repas terminé, la table débarrassée, place à la musique. Ce soir, c'est jazzy : Count Basie, Aretha Franklin, Louis Armstrong, Fats Domino. La classe, quoi, jusqu'à 2h du matin. Le lustre pète, Bernard se retrouve en slip (très belles cuisses). Patrick, s'apercevant enfin que Marcel lui est hostile à cause de son incroyable baratin, capitule et cherche à flirter avec lui. Vers 2h15 ils vont chez Dominique, la lesbienne, et son mari. Claudine admire cette femme qui embrasse tout le monde sur la bouche sans rien perdre de son mystère. Disques et champagne. Marcel laisse tomber Patrick pour s'occuper un peu des autres. La fatigue commence à se faire sentir. A 5h ils retournent chez Claudine. Ivan se renferme dans un mutisme digne et lointain. Bernard est claqué. Claudine tient le coup, mais son coeur beaucoup moins. Le plus en forme, c'est encore Patrick qui recommence son numéro de baratin épuisant. Ivan part le premier, suivi de Bernard. Marcel prend son petit déjeuner. Le jour se lève. Patrick, sur le divan, ne parle plus et reste hébété, comme vidé de toute substance. A 11h, Claudine va manger chez sa mère. Resté seul avec Patrick, Marcel fait l'amour avec lui, puis ils déjeunent et Patrick s'en va. L'après-midi se termine doucement. Claudine revenue, ils sommeillent. Le soir tombe, la musique glisse, ils glissent de sommeil en sommeil. Quand Marcel se réveille il est trop tard pour prendre le train de 19h30. Il prendra celui de 21h, après s'être attablé devant une dinde froide à la sauce tartare, arrosée de fonds de bouteilles.
Mardi 2 janvier.
Rolande et Poiret sont à Bellevue depuis jeudi dernier. Ils rentreront jeudi prochain. Marcel envoie une carte de voeux à Phil : "Comme vous regrettez qu'une rose se fane, je regrette que vous n'ayez pas été la première personne qu'il m'eut plu d'embrasser à la première seconde de la nouvelle année".
Jeudi 4.
Hier soir, 3ème lettre de Phil. L'entrevue approche. Lui, il connaît Marcel physiquement, puisque celui-ci lui a tout de suite envoyé sa photo... Mais Marcel? Il ne sait rien, ne voit rien, à part les quelques commérages de Jehan-Bernard. Alors?
Ce matin, rêve érotique. Il débarque, hilare, avec Claudine, dans les couloirs d'un théâtre. Ils sont en débardeur, ils rient comme des dingues. Parmi les gens qui attendent, une grande fille blonde vue hier matin aux vaccinations, très chic et belle. Marcel, très fier, passse devant tout le monde et gagne les coulisses rejoindre le couple qui s'apprête à jouer La Traviata. Il se glisse entre leurs lits jumeaux et commence à bouffer le cul et le sexe du type qui est couché nu. Drôle de Traviata!
Coup de fil de Jehan-Bernard, vers 11h, pour lui souhaiter la bonne année et lui dire qu'il n'a pas pu venir au Havre, ne connaissant pas l'adresse de Claudine!
Marcel : A d'autres!
Et puis :
Marcel : De quel signe es-tu?
Jehan-Bernard : Gémeaux.
Marcel : Ah! Tu sais que, côté coeur, les Géneaux et le Lion peuvent s'entendre très bien.
Jehan-Bernard : Vraiment?
Marcel (froidement) : Mais tu sais, il y a d'autres Gémeaux sur terre!
Jehan-Bernard : Garce!
A 17h, c'est Michel qui se manifeste. Il rapplique le soir, vers 18h45. Marcel le reçoit en peignoir et mini-slip noir. Impressionnante scène de rut. Marcel dirait bien : "Encore!" mais il a hâte d'aller manger.
Fin d'année.
C'était la première fois que Claudine organisait chez elle une "sauterie" à l'occasion de la nouvelle année. Ce fut, pour une première, pas mal réussi. Ils étaient 5 en tout, et ce fut suffisant. Marcel aurait voulu que ce fut une soirée calme et lyrique, mais Jehan-Bernard n'étant toujours pas décidé à venir (pour lui, Le Havre est nettement moins intéressant que le château de M. mais, comme dit Léontine : "Une annulation, ça va, mais deux, c'est foutu") ce fut une soirée très animée.
Mais revenons légèrement en arrière.
Vendredi 29 décembre, Marcel est on ne peut plus énervé au bureau. Il n'arrive pas à joindre Phil L., et Jehan-Bernard, qui avait promis la veille de se manifester, ne le fait pas. Quant enfin, vers 17h, il arrive à joindre Phil, son chef a l'impolitesse de lui chercher querelle à propos d'un dossier. Il ne lui répond pas, car il est au téléphone, mais il ira ensuite dans son bureau et, très calmement, il le renverra balader. Avec Phil il convient du week-end prochain. Ce dernier viendra le chercher, le samedi midi, à la gare de Rambouillet.
Quand Marcel arrive le soir au Havre, il est de meilleure humeur, bien entendu. Avec Claudine tout se passe bien, comme au bon vieux temps des connivences partagées. Couchés à 23h. Réveillés à 1h du matin par Bernard, qui se ramène avec un nouveau venu, Jacky. Un habitant du Mans, en instance de mariage avec une fille qu'il a la ferme intention de continuer à tromper avec le plus de garçons possible. Ils vont rester jusqu'à 5h, à boire, causer et écouter quelques disques en fond sonore. Une fois qu'ils sont partis, Marcel et Claudine se recouchent. Le samedi passe à faire des courses. A 19h, c'est Ivan qui arrive. 39 ans, grand, précieux et solitaire. Mal foutu, tout d'une pièce, sans taille et sans fesses, et amateur de lyrique français (surtout des opérettes). Une fois assis, il a du mal à se décoller du divan. Claudine voudrait le garder à dîner, mais Marcel lui fait comprendre qu'il ne veut pas se coucher à minuit. Ils l'invitent pour le dimanche midi. A peine arrivé, ils déjeunent et le collent sur le divan. Disques et diapositives jusqu'à 19h, heure où se ramènent Bernard et le troisième nouveau venu : Patrick. La table est mise, bougies et lumières douces. Patrick est d'une étonnante assurance, Ivan ne décolle pas ses yeux du visage de Marcel. Ils mangent. Marcel se demande avec curiosité lequel ou laquelle va s'écrouler le premier. Le repas terminé, la table débarrassée, place à la musique. Ce soir, c'est jazzy : Count Basie, Aretha Franklin, Louis Armstrong, Fats Domino. La classe, quoi, jusqu'à 2h du matin. Le lustre pète, Bernard se retrouve en slip (très belles cuisses). Patrick, s'apercevant enfin que Marcel lui est hostile à cause de son incroyable baratin, capitule et cherche à flirter avec lui. Vers 2h15 ils vont chez Dominique, la lesbienne, et son mari. Claudine admire cette femme qui embrasse tout le monde sur la bouche sans rien perdre de son mystère. Disques et champagne. Marcel laisse tomber Patrick pour s'occuper un peu des autres. La fatigue commence à se faire sentir. A 5h ils retournent chez Claudine. Ivan se renferme dans un mutisme digne et lointain. Bernard est claqué. Claudine tient le coup, mais son coeur beaucoup moins. Le plus en forme, c'est encore Patrick qui recommence son numéro de baratin épuisant. Ivan part le premier, suivi de Bernard. Marcel prend son petit déjeuner. Le jour se lève. Patrick, sur le divan, ne parle plus et reste hébété, comme vidé de toute substance. A 11h, Claudine va manger chez sa mère. Resté seul avec Patrick, Marcel fait l'amour avec lui, puis ils déjeunent et Patrick s'en va. L'après-midi se termine doucement. Claudine revenue, ils sommeillent. Le soir tombe, la musique glisse, ils glissent de sommeil en sommeil. Quand Marcel se réveille il est trop tard pour prendre le train de 19h30. Il prendra celui de 21h, après s'être attablé devant une dinde froide à la sauce tartare, arrosée de fonds de bouteilles.
Mardi 2 janvier.
Rolande et Poiret sont à Bellevue depuis jeudi dernier. Ils rentreront jeudi prochain. Marcel envoie une carte de voeux à Phil : "Comme vous regrettez qu'une rose se fane, je regrette que vous n'ayez pas été la première personne qu'il m'eut plu d'embrasser à la première seconde de la nouvelle année".
Jeudi 4.
Hier soir, 3ème lettre de Phil. L'entrevue approche. Lui, il connaît Marcel physiquement, puisque celui-ci lui a tout de suite envoyé sa photo... Mais Marcel? Il ne sait rien, ne voit rien, à part les quelques commérages de Jehan-Bernard. Alors?
Ce matin, rêve érotique. Il débarque, hilare, avec Claudine, dans les couloirs d'un théâtre. Ils sont en débardeur, ils rient comme des dingues. Parmi les gens qui attendent, une grande fille blonde vue hier matin aux vaccinations, très chic et belle. Marcel, très fier, passse devant tout le monde et gagne les coulisses rejoindre le couple qui s'apprête à jouer La Traviata. Il se glisse entre leurs lits jumeaux et commence à bouffer le cul et le sexe du type qui est couché nu. Drôle de Traviata!
Coup de fil de Jehan-Bernard, vers 11h, pour lui souhaiter la bonne année et lui dire qu'il n'a pas pu venir au Havre, ne connaissant pas l'adresse de Claudine!
Marcel : A d'autres!
Et puis :
Marcel : De quel signe es-tu?
Jehan-Bernard : Gémeaux.
Marcel : Ah! Tu sais que, côté coeur, les Géneaux et le Lion peuvent s'entendre très bien.
Jehan-Bernard : Vraiment?
Marcel (froidement) : Mais tu sais, il y a d'autres Gémeaux sur terre!
Jehan-Bernard : Garce!
A 17h, c'est Michel qui se manifeste. Il rapplique le soir, vers 18h45. Marcel le reçoit en peignoir et mini-slip noir. Impressionnante scène de rut. Marcel dirait bien : "Encore!" mais il a hâte d'aller manger.
vendredi 24 juillet 2009
La (petite) vie de Marcel -55
Marcel est-il insensible?
Du 2 au 17 décembre - 15 jours de vacances au Havre.
Les jours vont passer vite, à enregistrer de la musique, à en écouter, à faire les magasins pour meubler la chambre et le salon. Claudine, bien sûr, est en vacances elle aussi. Ils auront des visites, car ils adorent recevoir. C'est d'abord, le premier week-end, Didier, le jeune minet que Claudine aime bien parce qu'il a un sommeil de plomb et que ladite Claudine peut lui caresser la bite pendant qu'il dort ("Je ne voudrais pas me faire sodomiser par lui, il en a une trop grosse" a-t-elle assuré à Marcel, qui lui a répondu : "Pourquoi voudrais-tu te faire sodomiser par lui?"). Ils l'emmènent au cinéma voir "Les contes de Canterbury", vaste fête paillarde en ligne directe avec les oeuvres d'un Rabelais-made-in-Italie. C'est ensuite les Poiret qui se radinent, les 9 et 10. Si Didier se conduit pas trop mal, Poiret a des faiblesses. Il sera malade ou dormira pendant presque tout le w.e. Claudine résumera son attitude par un définitif : "C'est une lavette". Rolande, plus habituée, résistera mieux à l'ambiance et aux boissons havraises. Enfin Bernard, qui vient les voir un soir, radieux parce qu'il a foutu dehors l'amie avec qui il vivait : "Je suis libre, et me voilà de nouveau pédé!" clame-t-il, et toute la soirée il va leur raconter ses anciennes aventures (notamment la seule fois où il s'est fait prendre, dans un hôtel à Rouen, par un type dont il était dingue : "Je recommencerai jamais! Je gueulais! Je gueulais!") et un chapelet d'histoires plus ou moins obscènes qui les laissent pantois, avant de les inviter à une soirée chez lui, le 24 prochain, avec "rien que des homosexuels!". Claudine, qui va voir Noureev le 17 et qui exulte, n'arrête pas de faire du rentre-dedans à Marcel en lui criant : "Dis : c'est quoi, des homosexuels?".
Les journées passent, sans accroc. Un jour, au marché, un jeune vendeur, blond et barbu, le buste moulé dans un pull, les hypnoptise par ses fesses rondes et pleines, bien prises dans un pantalon de toile. Ils le suivent et Claudine, s'attardant à son stand, y trouve le pull bleu-marine qu'elle cherchait en vain depuis trois mois. Ils rentrent, hilares.
Le 17, il faut pourtant que Marcel regagne Rouen. Il est de mauvais poil, mais sa propriétaire a rouvert le radiateur -fermé durant son absence- et il a sur sa table la lettre d'un inconnu, un certain Phil L. qui l'attend : "Bonne future année, Marcel". Sa mauvaise humeur disparaît. Il prend sa plume des jours de gloire : "Que voulez-vous de moi, Phil? Que nous allions cueillir des roses ensemble? Que nous les regardions se faner, main dans la main? Je les aime très rouges... Si c'est le cas, dépêchez-vous de me répondre, nous avons des chances de nous entendre". Il a pourtant du mal à s'habituer au bruit de son réveil.
Jeudi 21.
Cet après-midi, grande partie de rigolade au bureau. Une vieille femme assez tarte vient leur signaler qu'elle a des fissures chez elle, et qu'elle voudrait être relogée ailleurs. Comme Marcel va chercher la liste des administrateurs de biens chez Léontine, celle-ci s'écrie tout haut : "Pourquoi faire? Elle va se torcher le cul avec!" Il se radine quand même avec la liste, la vieille lui fait : "Je voudrais un appartement avec une cour". Il réplique : "Vous savez, un appartement avec une cour, ça ne court pas les rues!". Sylvie, pliée en deux, doit aller se réfugier chez Léontine.
L'intermède des Poiret au Havre aura porté ses fruits : Rolande traite son mec de "fasciste" et de "dindon stupide et vaniteux" mais, comme le truc de Pascal, il plie mais ne rompt pas.
Hier soir, Marcel a reçu Michel dans sa chambre. Il lui avait téléphoné dans l'après-midi. "Qu'as-tu fait pendant ces 15 jours de stage? (Marcel lui avait dit qu'il allait faire un stage au Havre) Moi, j'ai tiré mon coup avec ma femme. J'en avais pas du tout envie, alors j'ai pensé à toi!" - "Ben voyons, répond Marcel, et tu lui as fait un enfant qui me ressemblera!". Michel se jette sur lui, mauvais : "Je voudrais te faire du mal, te laisser des traces sur tout le corps pour que tu te souviennes de moi!".
Vendredi 22.
Avant de partir pour passer Noël au Havre, il trouve une deuxième lettre de Phil. Prendrait-il le jeu au sérieux? Il la fait lire à Rolande. Elle lui dit : "J'aimerais bien le connaître". Marcel lui écrit très rapidement et lui propose d'aller le retrouver à Epernon à la fin de la première semaine de janvier (les 6-8) mais ne lui cache pas qu'il a "peur" : "Si nous nous emballons tous les deux, que va-t-il nous tomber sur le coin de la figure?". A 16h, coup de fil de Jehan-Bernard, qui commence par l'engueuler parce qu'il n'est pas allé le voir pendant ses vacances (Marcel : "Ah bon? C'était prévu?") et qui lui parle de Phil. "Oui, dit-il, c'est moi qui lui ai dit de prendre contact avec toi. C'est un mec très bien : il est royaliste et il a passé sa licence de droit".
Marcel : Tu serais pas un peu maquerelle, par hasard?
Jehan-Bernard : Entremetteuse, chéri, pas maquerelle! Ne mélangeons pas les dindes et les pintades!
Entremetteuse, royaliste et antiquaire, tout un programme...
Noël au Havre.
Samedi matin, à 2h, Marcel se rend compte soudain de son insensibilité. Un coup de sonnette, puis des appels étouffés les réveillent : c'est Didier. Claudine ne veut pas répondre. Marcel se glisse hors du lit, coupe l'électricité. Mais le minet insiste. Marcel entrouvre la porte : "Qu'est-ce que tu veux?".
Didier : Laisse-moi entrer, je caille.
Marcel : Impossible. Pas question. Ya du monde.
Didier : Dans la cuisine. Laisse-moi entrer dans la cuisine, que je me réchauffe. Je reprends le travail à 6h.
Marcel : Non. Va à l'hôtel. Va chez Bernard.
Il referme la porte et il va à la fenêtre le voir partir. Le sol est gelé. Didier traverse la rue, les mains dans les poches de son veston. Marcel se recouche et sourit. "Il est parti?" demande Claudine. "Oui. J'ai honte!" - "Menteur!" réplique-t-elle.
Le dimanche soir, ils sont invités chez Bernard. Ils y seront à 19h, ils en repartiront à 4h du matin. Il y a un couple de tantes sans intérêt qui, après avoir bu et mangé, s'endort sur le lit, et un autre couple plus singulier : lui est polyvalent, elle est lesbienne. Elle s'appelle Dominique et saute sur Marcel. Toute jeune, menue, mais avec une résistance assez singulière. Elle boit, fume, et danse toute la nuit. Elle lui apprend la valse, entre quelques baisers appuyés qui ne le font pas bander. A 4h, profitant du bordel ambiant, Bernard le pousse dans sa chambre et le renverse sur le lit. Marcel n'étant pas disposé à céder, traîne Claudine dehors qui voudrait bien rester parce que d'autres minets arrivent.
Du 2 au 17 décembre - 15 jours de vacances au Havre.
Les jours vont passer vite, à enregistrer de la musique, à en écouter, à faire les magasins pour meubler la chambre et le salon. Claudine, bien sûr, est en vacances elle aussi. Ils auront des visites, car ils adorent recevoir. C'est d'abord, le premier week-end, Didier, le jeune minet que Claudine aime bien parce qu'il a un sommeil de plomb et que ladite Claudine peut lui caresser la bite pendant qu'il dort ("Je ne voudrais pas me faire sodomiser par lui, il en a une trop grosse" a-t-elle assuré à Marcel, qui lui a répondu : "Pourquoi voudrais-tu te faire sodomiser par lui?"). Ils l'emmènent au cinéma voir "Les contes de Canterbury", vaste fête paillarde en ligne directe avec les oeuvres d'un Rabelais-made-in-Italie. C'est ensuite les Poiret qui se radinent, les 9 et 10. Si Didier se conduit pas trop mal, Poiret a des faiblesses. Il sera malade ou dormira pendant presque tout le w.e. Claudine résumera son attitude par un définitif : "C'est une lavette". Rolande, plus habituée, résistera mieux à l'ambiance et aux boissons havraises. Enfin Bernard, qui vient les voir un soir, radieux parce qu'il a foutu dehors l'amie avec qui il vivait : "Je suis libre, et me voilà de nouveau pédé!" clame-t-il, et toute la soirée il va leur raconter ses anciennes aventures (notamment la seule fois où il s'est fait prendre, dans un hôtel à Rouen, par un type dont il était dingue : "Je recommencerai jamais! Je gueulais! Je gueulais!") et un chapelet d'histoires plus ou moins obscènes qui les laissent pantois, avant de les inviter à une soirée chez lui, le 24 prochain, avec "rien que des homosexuels!". Claudine, qui va voir Noureev le 17 et qui exulte, n'arrête pas de faire du rentre-dedans à Marcel en lui criant : "Dis : c'est quoi, des homosexuels?".
Les journées passent, sans accroc. Un jour, au marché, un jeune vendeur, blond et barbu, le buste moulé dans un pull, les hypnoptise par ses fesses rondes et pleines, bien prises dans un pantalon de toile. Ils le suivent et Claudine, s'attardant à son stand, y trouve le pull bleu-marine qu'elle cherchait en vain depuis trois mois. Ils rentrent, hilares.
Le 17, il faut pourtant que Marcel regagne Rouen. Il est de mauvais poil, mais sa propriétaire a rouvert le radiateur -fermé durant son absence- et il a sur sa table la lettre d'un inconnu, un certain Phil L. qui l'attend : "Bonne future année, Marcel". Sa mauvaise humeur disparaît. Il prend sa plume des jours de gloire : "Que voulez-vous de moi, Phil? Que nous allions cueillir des roses ensemble? Que nous les regardions se faner, main dans la main? Je les aime très rouges... Si c'est le cas, dépêchez-vous de me répondre, nous avons des chances de nous entendre". Il a pourtant du mal à s'habituer au bruit de son réveil.
Jeudi 21.
Cet après-midi, grande partie de rigolade au bureau. Une vieille femme assez tarte vient leur signaler qu'elle a des fissures chez elle, et qu'elle voudrait être relogée ailleurs. Comme Marcel va chercher la liste des administrateurs de biens chez Léontine, celle-ci s'écrie tout haut : "Pourquoi faire? Elle va se torcher le cul avec!" Il se radine quand même avec la liste, la vieille lui fait : "Je voudrais un appartement avec une cour". Il réplique : "Vous savez, un appartement avec une cour, ça ne court pas les rues!". Sylvie, pliée en deux, doit aller se réfugier chez Léontine.
L'intermède des Poiret au Havre aura porté ses fruits : Rolande traite son mec de "fasciste" et de "dindon stupide et vaniteux" mais, comme le truc de Pascal, il plie mais ne rompt pas.
Hier soir, Marcel a reçu Michel dans sa chambre. Il lui avait téléphoné dans l'après-midi. "Qu'as-tu fait pendant ces 15 jours de stage? (Marcel lui avait dit qu'il allait faire un stage au Havre) Moi, j'ai tiré mon coup avec ma femme. J'en avais pas du tout envie, alors j'ai pensé à toi!" - "Ben voyons, répond Marcel, et tu lui as fait un enfant qui me ressemblera!". Michel se jette sur lui, mauvais : "Je voudrais te faire du mal, te laisser des traces sur tout le corps pour que tu te souviennes de moi!".
Vendredi 22.
Avant de partir pour passer Noël au Havre, il trouve une deuxième lettre de Phil. Prendrait-il le jeu au sérieux? Il la fait lire à Rolande. Elle lui dit : "J'aimerais bien le connaître". Marcel lui écrit très rapidement et lui propose d'aller le retrouver à Epernon à la fin de la première semaine de janvier (les 6-8) mais ne lui cache pas qu'il a "peur" : "Si nous nous emballons tous les deux, que va-t-il nous tomber sur le coin de la figure?". A 16h, coup de fil de Jehan-Bernard, qui commence par l'engueuler parce qu'il n'est pas allé le voir pendant ses vacances (Marcel : "Ah bon? C'était prévu?") et qui lui parle de Phil. "Oui, dit-il, c'est moi qui lui ai dit de prendre contact avec toi. C'est un mec très bien : il est royaliste et il a passé sa licence de droit".
Marcel : Tu serais pas un peu maquerelle, par hasard?
Jehan-Bernard : Entremetteuse, chéri, pas maquerelle! Ne mélangeons pas les dindes et les pintades!
Entremetteuse, royaliste et antiquaire, tout un programme...
Noël au Havre.
Samedi matin, à 2h, Marcel se rend compte soudain de son insensibilité. Un coup de sonnette, puis des appels étouffés les réveillent : c'est Didier. Claudine ne veut pas répondre. Marcel se glisse hors du lit, coupe l'électricité. Mais le minet insiste. Marcel entrouvre la porte : "Qu'est-ce que tu veux?".
Didier : Laisse-moi entrer, je caille.
Marcel : Impossible. Pas question. Ya du monde.
Didier : Dans la cuisine. Laisse-moi entrer dans la cuisine, que je me réchauffe. Je reprends le travail à 6h.
Marcel : Non. Va à l'hôtel. Va chez Bernard.
Il referme la porte et il va à la fenêtre le voir partir. Le sol est gelé. Didier traverse la rue, les mains dans les poches de son veston. Marcel se recouche et sourit. "Il est parti?" demande Claudine. "Oui. J'ai honte!" - "Menteur!" réplique-t-elle.
Le dimanche soir, ils sont invités chez Bernard. Ils y seront à 19h, ils en repartiront à 4h du matin. Il y a un couple de tantes sans intérêt qui, après avoir bu et mangé, s'endort sur le lit, et un autre couple plus singulier : lui est polyvalent, elle est lesbienne. Elle s'appelle Dominique et saute sur Marcel. Toute jeune, menue, mais avec une résistance assez singulière. Elle boit, fume, et danse toute la nuit. Elle lui apprend la valse, entre quelques baisers appuyés qui ne le font pas bander. A 4h, profitant du bordel ambiant, Bernard le pousse dans sa chambre et le renverse sur le lit. Marcel n'étant pas disposé à céder, traîne Claudine dehors qui voudrait bien rester parce que d'autres minets arrivent.
jeudi 23 juillet 2009
La (petite) vie de Marcel -54
Marcel autopsie César et Rosalie.
Dimanche 19 novembre.
Excellente fin de semaine. Il n'avait décidé de remonter dans la voiture de David que lorsqu'il serait totalement décontracté vis-à-vis de lui. Il semblerait que ce soit désormais chose faite : vendredi soir, lorsque la voiture arrive rue du Baillage, qu'il passe, et qu'il suffise que Marcel lui adresse un sourire pour que l'homme s'arrête aussitôt. Inoubliable heure d'amour. Force et tendresse. Libération de puissances et de sentiments qui étaient en attente, qui s'étaient mis entre parenthèses pour pouvoir mieux se déchaîner... Aussi, lorsque samedi soir, Philippe le rencontre et lui paye un pot, c'est calmement qu'il l'accueille, sans lui reprocher de ne plus vouloir faire l'amour avec lui, mais dans l'expectative d'un nouveau rendez-vous qui lui permettra d'apprécier à nouveau la beauté de son corps musclé de loubard des Halles.
Dimanche, Claudine vient le voir. Elle est dans une forme superbe. Depuis son aventure ratée avec Guy elle s'est considérablement décontractée. Ils passent la journée à se marrer comme des petites fous (folles). Comme ils montent à pied la côte pour aller à l'Ariel, elle lui dit : "Il fut un temps où j'avais un chauffeur (Guy), mais monsieur n'a pas été content de mes services, et il m'a donné congé". Puis, à l'Ariel, au bout d'une demi-heure de film (César et Rosalie) : "Dis donc, tu trouves pas que la fille qui joue ressemble drôlement à Romy Schneider?". Marcel, quant à lui, trouve que le film aurait dû s'arrêter au moment où Romy (Rosalie) écrit à Sami Frey (David) alors qu'elle est partie en Vendée. Tout le reste, à partir de ce moment-là, lui a paru constamment faux.
Autopsie de César et Rosalie, par Marcel (sans l'approbation de Claudine).
Ah c'est formidable! ça démarre sur des chapeaux de roue. Montand est formidable -il en fait juste un tout petit peu trop au début, mais ça ne se voit pas; Schneider est formidable -ça fait dix ans en France qu'elle joue le même rôle, mais quelle importance du moment qu'elle a réussi à s'échapper du rôle de Sissi, n'est-ce pas?; quant à Sami Frey, il a trouvé de l'épaisseur, de la maturité virile -c'est important, car il n'a pratiquement rien à dire. Tout est parfait. Pendant une heure on s'emballe pour César, on reconnaît l'intelligence de Rosalie, on voudrait coucher avec David. Tout ce petit monde s'aime, se quitte, se rattrape, se requitte... ("Au fait, lui dit le mec de l'Instruction Civique, le lundi matin au bureau, alors si j'ai bien compris : César couche avec Rosalie, Rosalie couche avec David, et David couche avec César?") - on croirait entendre "Le Toubillon" avec la voix ironique de Jeanne Moreau. Et puis crac! tout s'écroule. Pourquoi? Parce que le réalisateur n'a pas eu la présence d'esprit, l'intelligence ou l'intuition, d'arrêter son film au moment où Rosalie, installée avec César en Vendée, écrit à David, resté à Paris, cette lettre géniale qui est un véritable point final. Mais non! il restait une demi-heure, alors on brode, on fait revenir David, on fait repartir Rosalie, on continue et on s'essouffle. Le spectateur commence à se demander si on ne se fout pas de lui, la vraisemblance vacille et le film se termine en catastrophe par le retour de Rosalie. Le plaisir de la première heure s'est estompé, a disparu.
24-25-26. Week-end au Havre.
Vendredi matin (le 24) Marcel fait un rêve érotique, vers 6h30. Est-ce le fait de n'avoir pas revu Georges? Il rêve qu'il est dans un couloir et qu'un type le serre dans ses bras. Celà pourrait être chez ses parents, à Tours. Marcel lui met la main à la braguette, mais son sexe ne bande pas. Alors il baisse sa culotte et lui offre ses fesses. "Tu veux la fessée?" lui dit l'homme. Il répond : "Oui, mais pas ici. Montons dans ma chambre". Manque de pot, au moment où ils montent, son rêve le quitte.
Le soir, à Rouen, le train a une heure de retard. Il débarque au Havre à 20h30 au lieu de 19h30. Pense-t-il que Claudine se serait inquiétée? Pas du tout, elle est installée dans le salon avec Didier, un jeune mec pas trop con. Marcel s'en fout, il est dans une forme sensass. Il prépare une omelette et ils passent tous les trois à table. Après le dîner, ils boivent en écoutant des disques. De whisky en whisky, Marcel prend une cuite mémorable. A 1h30 du matin, il les laisse pour aller prendre l'air, et quand il revient, Didier s'étant volatilisé, il a juste la force de s'écrouler sur le plumard.
Samedi 25, il se lève de bonne heure pour ranger et faire sa toilette pendant que Claudine est partie travailler. A 9h30, Didier rapplique. Marcel l'installe dans le salon et va faire des courses. Il le retrouve une heure plus tard plongé dans l'écoute de l'Adagio d'Albinoni. L'après-midi, il retourne faire des courses avec Claudine. Ils se couchent à 20h30, crevés. Le dimanche, pendant que Claudine va manger chez sa mère, Marcel fait du crochet.
Lundi 27.
Le chef n'est pas là pendant une semaine. Cette nuit, il a de nouveau rêvé. Le propriétaire venait le voir et se déculottait devant lui (ventre, sexe et cuisses nus) pour lui donner un bouton à recoudre. Et puis il se mettait tranquillement à causer avec Claudine, qui était là, elle aussi, et leur bavardage l'énervait tellement qu'il finissait par les foutre dehors à coups de pied dans le derrière.
Mardi 28. Tard le soir.
Un autre homme au corps tout en muscles, un autre visage à oublier, une autre voix qui insiste pour avoir son numéro de téléphone, avant de repartir... Alain? Michel? Une tête de mâle, marié, père de trois enfants... La routine.
Dimanche 19 novembre.
Excellente fin de semaine. Il n'avait décidé de remonter dans la voiture de David que lorsqu'il serait totalement décontracté vis-à-vis de lui. Il semblerait que ce soit désormais chose faite : vendredi soir, lorsque la voiture arrive rue du Baillage, qu'il passe, et qu'il suffise que Marcel lui adresse un sourire pour que l'homme s'arrête aussitôt. Inoubliable heure d'amour. Force et tendresse. Libération de puissances et de sentiments qui étaient en attente, qui s'étaient mis entre parenthèses pour pouvoir mieux se déchaîner... Aussi, lorsque samedi soir, Philippe le rencontre et lui paye un pot, c'est calmement qu'il l'accueille, sans lui reprocher de ne plus vouloir faire l'amour avec lui, mais dans l'expectative d'un nouveau rendez-vous qui lui permettra d'apprécier à nouveau la beauté de son corps musclé de loubard des Halles.
Dimanche, Claudine vient le voir. Elle est dans une forme superbe. Depuis son aventure ratée avec Guy elle s'est considérablement décontractée. Ils passent la journée à se marrer comme des petites fous (folles). Comme ils montent à pied la côte pour aller à l'Ariel, elle lui dit : "Il fut un temps où j'avais un chauffeur (Guy), mais monsieur n'a pas été content de mes services, et il m'a donné congé". Puis, à l'Ariel, au bout d'une demi-heure de film (César et Rosalie) : "Dis donc, tu trouves pas que la fille qui joue ressemble drôlement à Romy Schneider?". Marcel, quant à lui, trouve que le film aurait dû s'arrêter au moment où Romy (Rosalie) écrit à Sami Frey (David) alors qu'elle est partie en Vendée. Tout le reste, à partir de ce moment-là, lui a paru constamment faux.
Autopsie de César et Rosalie, par Marcel (sans l'approbation de Claudine).
Ah c'est formidable! ça démarre sur des chapeaux de roue. Montand est formidable -il en fait juste un tout petit peu trop au début, mais ça ne se voit pas; Schneider est formidable -ça fait dix ans en France qu'elle joue le même rôle, mais quelle importance du moment qu'elle a réussi à s'échapper du rôle de Sissi, n'est-ce pas?; quant à Sami Frey, il a trouvé de l'épaisseur, de la maturité virile -c'est important, car il n'a pratiquement rien à dire. Tout est parfait. Pendant une heure on s'emballe pour César, on reconnaît l'intelligence de Rosalie, on voudrait coucher avec David. Tout ce petit monde s'aime, se quitte, se rattrape, se requitte... ("Au fait, lui dit le mec de l'Instruction Civique, le lundi matin au bureau, alors si j'ai bien compris : César couche avec Rosalie, Rosalie couche avec David, et David couche avec César?") - on croirait entendre "Le Toubillon" avec la voix ironique de Jeanne Moreau. Et puis crac! tout s'écroule. Pourquoi? Parce que le réalisateur n'a pas eu la présence d'esprit, l'intelligence ou l'intuition, d'arrêter son film au moment où Rosalie, installée avec César en Vendée, écrit à David, resté à Paris, cette lettre géniale qui est un véritable point final. Mais non! il restait une demi-heure, alors on brode, on fait revenir David, on fait repartir Rosalie, on continue et on s'essouffle. Le spectateur commence à se demander si on ne se fout pas de lui, la vraisemblance vacille et le film se termine en catastrophe par le retour de Rosalie. Le plaisir de la première heure s'est estompé, a disparu.
24-25-26. Week-end au Havre.
Vendredi matin (le 24) Marcel fait un rêve érotique, vers 6h30. Est-ce le fait de n'avoir pas revu Georges? Il rêve qu'il est dans un couloir et qu'un type le serre dans ses bras. Celà pourrait être chez ses parents, à Tours. Marcel lui met la main à la braguette, mais son sexe ne bande pas. Alors il baisse sa culotte et lui offre ses fesses. "Tu veux la fessée?" lui dit l'homme. Il répond : "Oui, mais pas ici. Montons dans ma chambre". Manque de pot, au moment où ils montent, son rêve le quitte.
Le soir, à Rouen, le train a une heure de retard. Il débarque au Havre à 20h30 au lieu de 19h30. Pense-t-il que Claudine se serait inquiétée? Pas du tout, elle est installée dans le salon avec Didier, un jeune mec pas trop con. Marcel s'en fout, il est dans une forme sensass. Il prépare une omelette et ils passent tous les trois à table. Après le dîner, ils boivent en écoutant des disques. De whisky en whisky, Marcel prend une cuite mémorable. A 1h30 du matin, il les laisse pour aller prendre l'air, et quand il revient, Didier s'étant volatilisé, il a juste la force de s'écrouler sur le plumard.
Samedi 25, il se lève de bonne heure pour ranger et faire sa toilette pendant que Claudine est partie travailler. A 9h30, Didier rapplique. Marcel l'installe dans le salon et va faire des courses. Il le retrouve une heure plus tard plongé dans l'écoute de l'Adagio d'Albinoni. L'après-midi, il retourne faire des courses avec Claudine. Ils se couchent à 20h30, crevés. Le dimanche, pendant que Claudine va manger chez sa mère, Marcel fait du crochet.
Lundi 27.
Le chef n'est pas là pendant une semaine. Cette nuit, il a de nouveau rêvé. Le propriétaire venait le voir et se déculottait devant lui (ventre, sexe et cuisses nus) pour lui donner un bouton à recoudre. Et puis il se mettait tranquillement à causer avec Claudine, qui était là, elle aussi, et leur bavardage l'énervait tellement qu'il finissait par les foutre dehors à coups de pied dans le derrière.
Mardi 28. Tard le soir.
Un autre homme au corps tout en muscles, un autre visage à oublier, une autre voix qui insiste pour avoir son numéro de téléphone, avant de repartir... Alain? Michel? Une tête de mâle, marié, père de trois enfants... La routine.
mercredi 22 juillet 2009
La (petite) vie de Marcel -53
Marcel se retrouve seul (enfin presque).
Lundi 16 octobre.
C'est la première fois que Marcel passe un week-end absolument seul. D'habitude, Rolande vient au moins manger avec lui le midi, à la Maison des Jeunes. Cette fois-ci, elle est trop occupée par Poiret pour venir. Mais il est habitué à la solitude, et ça ne peut pas le gêner. Mais tout de même, en arrivant ce matin au bureau, il était un peu triste. "Qu'importe! s'est-il dit, c'est sur soi-même qu'il faut compter, pas sur les autres". Heureusement que Claudine n'habite pas Rouen, ce serait le comble de la voir avec son mec. Mais il ne reproche rien à personne, il a toujours essayé de rester libre, et il comprend que les autres veuillent en faire autant.
Vendredi 13, il a fêté l'anniversaire de sa rencontre avec Francesco en faisant l'amour avec un habitant d'Yvetot. Comme c'était l'homme qui le draguait, et qu'il s'avérait être intelligent, il n'a pas hésité à l'emmener chez lui.
Le samedi, il a travaillé à son roman, qui commence à prendre corps, et il a fait du crochet ("Merci, ma soeur, de m'avoir appris à faire du crochet quand j'étais petit!").
Le dimanche, il est allé voir "La Vallée". Le seul moment où il est resté scotché devant l'écran, c'est en voyant la bande-annonce du "Parrain" avec un Brando incroyable!
Le soir, il s'est amusé avec un type. On l'appellera GZ puisqu'il a une petite voiture immatriculée ainsi. Marcel a commencé par le draguer, puis par le suivre. GZ s'est pris au jeu et l'a suivi à son tour. Mais chaque fois que Marcel s'arrêtait, GZ le dépassait sans vouloir lui parler. Méfiance réciproque? Il l'a semé rue du Renard et il est allé se coucher. Le chauffage était mis, ce qui fait que, n'étant pas encore habitué, il a mal dormi. Et il a fait un nouveau rêve érotique. Il arrivait dans un grand magasin, genre Printemps à Paris, et il s'étendait sur un lit pour qu'on lui fasse un massage, dans une cabine de verre. Le décor changeait et il se retrouvait dans une pièce à demi-obscure. On lui parlait, on lui demandait s'il était bien, on lui massait le visage. Mais ça n'avait pas l'air de plaire aux types qui étaient là, quelque chose ne collait pas, les résultats n'étaient pas satisfaisants. Ce qu'il a trouvé génial, c'est la réflexion de l'expérimentateur, à la fin : "Ce qui ne va pas, c'est la région entre les yeux et les pommettes". Pour le punir peut-être, un type à la méchante gueule de mâle, le renversait sur un autre lit et se vautrait sur lui. Marcel protestait, clamant sa bonne foi : "Je n'étais pas préparé à ce massage! C'est comme un enfant qu'on mettrait pour la première fois sous la douche : il faut le préparer!". Le type n'arrêtait pas de le malaxer et promenait sa bouche sur son visage. Il s'est senti en état d'érection, et au moment où le type se déculottait, sans doute pour le violer, il s'est réveillé en sursaut.
Jeudi 19.
Un parisien, vu jeudi dernier, était au rendez-vous ce soir, à 19h. Il s'appelle André, et il est polonais. Marcel a commencé par le refroidir en lui signifiant qu'il allait manger, et qu'il repasserait vers 19h30. A l'heure-dite, le polonais était sur place, en train de faire les tasses. Marcel l'emmène chez lui et dialogue avec lui après avoir fait l'amour (fort mal. A 46 ans, c'est foutu, mon vieux!). Comme le mec pose des tas de questions, Marcel répond par des tas de mensonges. Puis ils se quittent. Marcel redescend, et le revoit en train de faire les tasses. Peter arrive tout d'un coup et entraîne Marcel boire un coup au Pub. Pauvre Peter! Il sort de chez Rolande, et elle lui a annoncé qu'elle comptait épouser Poiret. "Tu te rends compte! s'écrie-t-il, ça m'a foutu un coup! Je connais bien Poiret, il est bourgeois, très vieille France! Alors avec elle... Et puis maintenant je vais avoir l'air de quoi? On était copains, lui et moi! Après tout ce qu'elle a dû lui dire sur moi, quelle tête y va me faire?...". Il continue sur sa lancée, lui raconte sa vie à Bonsecours, ses espoirs de prendre la tête de la 2ème Direction, et sa contrariété de ce que Léontine soit la seule, dans toute la mairie, à refuser de lui serrer la main. Comme il saoule Marcel, celui-ci le plaque à 22h. "Mais, s'écrie Peter, qu'est-ce que je vais faire, maintenant?" - "Mais tu vas tout simplement rentrer chez toi!" - "Ah non! fait-il, je vais aller me bourrer la gueule quelque part!".....
Dimanche 29.
La bande-annonce du "Parrain" l'ayant fortement perturbé, il court voir le film au cinéma. Putain, mon pauvre Brando, ils t'ont drôlement abîmé la gueule!
Hier soir, Philippe (le mec des Halles aux superbes fesses) est venu carrément à lui, place du Vieux Marché, et s'est mis à lui parler pendant une demi-heure, comme s'ils s'étaient quittés la veille les meilleurs amis du monde. Comme Marcel commençait à sérieusement se cailler les miches, il l'a traîné au Café de la Poste et lui a payé un chocolat. Mais l'autre ne lui a pas proposé de venir chez lui pour se laisser palper les fesses.
Mardi 14 novembre.
Le temps passe. André, le parisien de l'autre jeudi est toujours là. Ils se voient, mais comme il ne sait pas baiser, Marcel refuse de l'emmener chez lui. Jeudi dernier, André l'a embrassé à pleine bouche dans sa voiture, en pleine rue, avant de le quitter pour repartir à Paris.
Fin de la liaison Claudine-Guy. La route du Havre est de nouveau ouverte. L'interlude aura duré un mois-et-demi. Il y est retourné le week-end dernier. Il a passé son temps calmement : musique et crochet. Ils sont allés voir "Délivrance". Le film leur a plu, mais pas le doublage : "Atroce" a dit Claudine.
Lundi 16 octobre.
C'est la première fois que Marcel passe un week-end absolument seul. D'habitude, Rolande vient au moins manger avec lui le midi, à la Maison des Jeunes. Cette fois-ci, elle est trop occupée par Poiret pour venir. Mais il est habitué à la solitude, et ça ne peut pas le gêner. Mais tout de même, en arrivant ce matin au bureau, il était un peu triste. "Qu'importe! s'est-il dit, c'est sur soi-même qu'il faut compter, pas sur les autres". Heureusement que Claudine n'habite pas Rouen, ce serait le comble de la voir avec son mec. Mais il ne reproche rien à personne, il a toujours essayé de rester libre, et il comprend que les autres veuillent en faire autant.
Vendredi 13, il a fêté l'anniversaire de sa rencontre avec Francesco en faisant l'amour avec un habitant d'Yvetot. Comme c'était l'homme qui le draguait, et qu'il s'avérait être intelligent, il n'a pas hésité à l'emmener chez lui.
Le samedi, il a travaillé à son roman, qui commence à prendre corps, et il a fait du crochet ("Merci, ma soeur, de m'avoir appris à faire du crochet quand j'étais petit!").
Le dimanche, il est allé voir "La Vallée". Le seul moment où il est resté scotché devant l'écran, c'est en voyant la bande-annonce du "Parrain" avec un Brando incroyable!
Le soir, il s'est amusé avec un type. On l'appellera GZ puisqu'il a une petite voiture immatriculée ainsi. Marcel a commencé par le draguer, puis par le suivre. GZ s'est pris au jeu et l'a suivi à son tour. Mais chaque fois que Marcel s'arrêtait, GZ le dépassait sans vouloir lui parler. Méfiance réciproque? Il l'a semé rue du Renard et il est allé se coucher. Le chauffage était mis, ce qui fait que, n'étant pas encore habitué, il a mal dormi. Et il a fait un nouveau rêve érotique. Il arrivait dans un grand magasin, genre Printemps à Paris, et il s'étendait sur un lit pour qu'on lui fasse un massage, dans une cabine de verre. Le décor changeait et il se retrouvait dans une pièce à demi-obscure. On lui parlait, on lui demandait s'il était bien, on lui massait le visage. Mais ça n'avait pas l'air de plaire aux types qui étaient là, quelque chose ne collait pas, les résultats n'étaient pas satisfaisants. Ce qu'il a trouvé génial, c'est la réflexion de l'expérimentateur, à la fin : "Ce qui ne va pas, c'est la région entre les yeux et les pommettes". Pour le punir peut-être, un type à la méchante gueule de mâle, le renversait sur un autre lit et se vautrait sur lui. Marcel protestait, clamant sa bonne foi : "Je n'étais pas préparé à ce massage! C'est comme un enfant qu'on mettrait pour la première fois sous la douche : il faut le préparer!". Le type n'arrêtait pas de le malaxer et promenait sa bouche sur son visage. Il s'est senti en état d'érection, et au moment où le type se déculottait, sans doute pour le violer, il s'est réveillé en sursaut.
Jeudi 19.
Un parisien, vu jeudi dernier, était au rendez-vous ce soir, à 19h. Il s'appelle André, et il est polonais. Marcel a commencé par le refroidir en lui signifiant qu'il allait manger, et qu'il repasserait vers 19h30. A l'heure-dite, le polonais était sur place, en train de faire les tasses. Marcel l'emmène chez lui et dialogue avec lui après avoir fait l'amour (fort mal. A 46 ans, c'est foutu, mon vieux!). Comme le mec pose des tas de questions, Marcel répond par des tas de mensonges. Puis ils se quittent. Marcel redescend, et le revoit en train de faire les tasses. Peter arrive tout d'un coup et entraîne Marcel boire un coup au Pub. Pauvre Peter! Il sort de chez Rolande, et elle lui a annoncé qu'elle comptait épouser Poiret. "Tu te rends compte! s'écrie-t-il, ça m'a foutu un coup! Je connais bien Poiret, il est bourgeois, très vieille France! Alors avec elle... Et puis maintenant je vais avoir l'air de quoi? On était copains, lui et moi! Après tout ce qu'elle a dû lui dire sur moi, quelle tête y va me faire?...". Il continue sur sa lancée, lui raconte sa vie à Bonsecours, ses espoirs de prendre la tête de la 2ème Direction, et sa contrariété de ce que Léontine soit la seule, dans toute la mairie, à refuser de lui serrer la main. Comme il saoule Marcel, celui-ci le plaque à 22h. "Mais, s'écrie Peter, qu'est-ce que je vais faire, maintenant?" - "Mais tu vas tout simplement rentrer chez toi!" - "Ah non! fait-il, je vais aller me bourrer la gueule quelque part!".....
Dimanche 29.
La bande-annonce du "Parrain" l'ayant fortement perturbé, il court voir le film au cinéma. Putain, mon pauvre Brando, ils t'ont drôlement abîmé la gueule!
Hier soir, Philippe (le mec des Halles aux superbes fesses) est venu carrément à lui, place du Vieux Marché, et s'est mis à lui parler pendant une demi-heure, comme s'ils s'étaient quittés la veille les meilleurs amis du monde. Comme Marcel commençait à sérieusement se cailler les miches, il l'a traîné au Café de la Poste et lui a payé un chocolat. Mais l'autre ne lui a pas proposé de venir chez lui pour se laisser palper les fesses.
Mardi 14 novembre.
Le temps passe. André, le parisien de l'autre jeudi est toujours là. Ils se voient, mais comme il ne sait pas baiser, Marcel refuse de l'emmener chez lui. Jeudi dernier, André l'a embrassé à pleine bouche dans sa voiture, en pleine rue, avant de le quitter pour repartir à Paris.
Fin de la liaison Claudine-Guy. La route du Havre est de nouveau ouverte. L'interlude aura duré un mois-et-demi. Il y est retourné le week-end dernier. Il a passé son temps calmement : musique et crochet. Ils sont allés voir "Délivrance". Le film leur a plu, mais pas le doublage : "Atroce" a dit Claudine.
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