Marcel apprend que Claudine a un mec.
Samedi 16 septembre.
Semaine calme. Couché tous les soirs à 21h. Aujourd'hui, il est à 20h à la gare, pour voir si le type a tenu promesse. Ce dernier, qu'il appellera B. (initiale sur sa taie d'oreiller. "B. ça veut dire Bernadette?". Lui : "Non. Baron" - "Baron de Mes-Deux!") arrive et l'emmène directement chez lui. Déception! Et le dîner chez des amis? Pas question. Alors, mon vieux, baron ou pas, pas question de faire l'amour. Même s'il l'emmerde toute la nuit, il n'aura rien.
Le lendemain matin, pendant que B. va chercher du pain, Marcel prend un bain moussant avec un verre de scotch à portée de la main, et attend la suite de événements. A 11h, comprenant qu'il n'obtiendra pas satisfaction, B. capitule : "Bon, j'ai compris. Je te ramène à Rouen". Il le dépose devant chez Rolande et s'en va.
L'après-midi, après avoir mangé ensemble, Marcel et Rolande vont au cinéma, voir "Jeremiah Johnson" avec Robert Redford. Jeux de physionomie étonnants : la barbe pousse = le regard se bonifie; la barbe tombe = la mort frappe ; le regard se durcit = la barbe repousse.
Lundi 18.
Rêve érotique, à 5h du matin. Marcel embrasse et lèche les parties intimes de quelqu'un, et s'aperçoit qu'il s'agit des siennes. Il se rendort et refait le même rêve. Le réveil l'arrache hors du lit, très irrité : "Bon, ça suffit comme ça!".
Dimanche 24.
Il pensait aller au Havre, mais Claudine recevait Bernard vendredi soir, sa cousine samedi, et devait aller à Paris ce dimanche (pour prendre des places à l'Opéra : Norma, avec La Caballé).
Rien de sensationnel cette semaine. Hier soir, un 92 le drague, va d'une tasse à l'autre en le reluquant. Marcel, fatigué, reste imperturbable, et se laisse ramener par un Daniel de connaissance. Il a beau lui dire qu'il n'a pas envie de faire l'amour, l'autre s'acharne sur lui, accumulant les baisers et les caresses jusqu'à l'épuisement. Daniel s'en va, Marcel n'arrive pas à dormir, redescend rue du Baillage : le 92 est encore là. Au moment où il va l'aborder, un travesti interpelle le 92 qui fait l'indigné et remonte rapidement dans sa voiture. "Va te faire enculer!" lui crie le travesti. Le 92 démarre en trombe et disparaît, sous les rires de Marcel qui remonte chez lui à pied, plié en deux.
Aujourd'hui, il va déjeuner chez Rolande. Poiret, le rédacteur, est déjà là. Depuis une semaine, ils ne se quittent plus. En fait, ce n'est pas si mal : même si Rolande ne semble pas très emballée, ça l'occupe. Quant à Poiret, il donne tous les signes du mec sérieusement épris.
Après le repas, arrive Sandrine, la soeur de Rolande, seize ans, maquillée, nouvellement chaussée. Elle attend un copain qui doit venir la chercher pour l'emmener au Plazza.
Rolande : Comment il s'appelle?
Sandrine : Yann.
Rolande : C'est ton petit ami?
Sandrine : Non.
Rolande : Il est bien?
Sandrine : Grand! (elle lève les yeux au ciel). Je le croche. Pour pas perdre l'équilibre.
Quelque temps après :
Sandrine : Tiens, hier, j'ai vu des prostituées.
Rolande : Des quoi?
Sandrine : Des putes, quoi!
Marcel rentre chez lui. Un nouveau récit lui trotte dans la tête, mais d'une façon laborieuse. Très baroque. Il en a eu l'idée en voyant les gravures d'Aubrey Beardsley, au château de M. (la toilette d'Hélène, pense-t-il se rappeller - The Yellow Book).
Lundi 25.
Temps troubles. Tandis que Poiret et Rolande filent le parfait amour, l'un défendant l'autre (et vice-versa) il téléphone à Claudine, dans la soirée, pour savoir ce qu'elle fabrique. Et elle lui annonce qu'elle a un "ami". Et bien entendu, cet ami ne veut pas entendre parler de lui. Pressentiment? Marcel avait écrit récemment à la dame qui s'occupe de loger les employés municipaux, afin de savoir s'il pouvait prétendre à un vrai appartement, vide et non meublé, afin de pouvoir s'installer définitivement à Rouen...
Jeudi 5 octobre. Routine : Rolande et Poiret, main dans la main, et le copain de Claudine ne veut pas entendre parler de la venue de Marcel au Havre.
Dimanche dernier, pendant que Poiret était occupé dans sa famille, il est allé au cinéma avec Rolande voir "Le charme discret..." le nouveau Bunuel. Uniquement pour Delphine Seyrig, parce que le film l'a emmerdé. A moins que ce ne soit sa nouvelle situation qui l'emmerde.
Coup de fil ce matin de Jehan-Bernard, suite à un échange de lettres, qui lui annonce que M.C. a pris un appartement à Paris, qu'il n'a toujours pas repris le violon mais qu'il se sert toujours de son archet, que Tim est allé à Florence et en est revenu et qu'il désire toujours le revoir, et que lui -Jehan-Bernard- sera ravi de venir passer la nuit avec lui lorsqu'il aura son nouveau logement...
Lundi et mardi soirs, deux parisiens. Celui de lundi avait un corps splendide mais n'arrêtait pas de raconter sa vie. Celui de mardi...? Non, rien à signaler.
Samedi 7.
Soirée exceptionnelle à Paris : La Norma. Reprise somptueuse, dans les fameux décors et costumes de Zeffirelli. Marcel est avec Rolande, qui apprécie le spectacle. Au-dessus d'eux, Claudine et Guy, son nouvel ami. Marcel est en costume de velours noir, chemise blanche, noeud papillon grenat. Rolande a mis sa robe Cacharel noire à dessins d'or. Marcel se souvient de ce que lui avait dit Jehan-Bernard, le premier jour de leur rencontre : "J'ai eu un ami, X. Il m'a quitté. Je ne suis pas beau, mais le type pour qui il m'a laissé tomber est encore plus laid que moi". Sacré Jehan-Bernard! Mais ce soir, la beauté rayonne sur scène. Le duo Caballé-Cossotto fonctionne à merveille. Le ténor se fait siffler, mais qu'importe! Les parisiens sont capricieux. A côté de lui, un homme souffle à Marcel : "En 65, quand je suis allé voir La Tosca, plus la Callas criait, plus le public applaudissait!".
dimanche 19 juillet 2009
samedi 18 juillet 2009
La (petite) vie de Marcel -51
Marcel n'est pas "inabordable".
Jeudi 24 août.
Marcel feuillette son journal : comment s'appelle donc cet homme, marié, père de famille, avec qui il a pratiqué l'empoignade sexuelle? Alain-le-Nantais? Oui, c'est celà.
Ce soir, à la gare, il dort sur son volant. Marcel le réveille, histoire de s'amuser. Le mec repart à l'attaque : il voudrait être libre, ne plus avoir de femme, etc...
Marcel : Tu es fatigué ou bien déprimé?
Alain : Déprimé.
Il le fait monter chez lui, la lutte commence.
Marcel : Dépêche-toi! Je ne veux pas me coucher tard.
Alain : Tu me feras crever!
Marcel : Mais non! C'est ta double-vie qui te fera crever. Pas moi.
25-26-27.
Week-end calme, dans l'ensemble. Il prend son après-midi de vendredi, et débarque au Havre à 13h. Le temps de manger, et il est à 14h15 à la plage. Un bouquin assez dément : "Le requiem des blondes" de Chase, où l'on sait, arrivé au milieu, que c'est Esslinger qui a fait le coup puisque l'auteur parle de tous les autres sauf de lui, mais où les derniers chapitres sont bougrement palpitants. Le soleil est là, et le bronzage italien ne tarde pas à refaire surface.
Samedi 26, beaucoup de dragueurs sur la place. Serge, un barbu déjà consommé, le redrague et l'invite à monter. Mais à la place de sa voiture de sport, il a une vulgaire 4L. Marcel a un pressentiment, mais il monte quand même. En pleine cambrousse, Serge l'avertit : seul son siège fait couchette. "Ca va être chié!" s'exclame Marcel tandis que l'autre se débarrasse de son pantalon et de son slip. Prudemment, il commence avec la bouche...et s'arrête en chemin : "Y a une vache qui nous regarde!" - "T'occupe pas de la vache!" fait Serge qui s'excite brusquement et veut lui monter dessus.
Marcel : Non, pas ici. J'ai peur.
Serge : De quoi as-tu peur?
Marcel : Je ne sais pas. Raccompagne-moi, je veux rentrer. On finira ça chez moi...
Et au moment où il se redresse, il voit par le rétroviseur deux gendarmes qui se radinent, torche à la main.
Marcel : Magne-toi! les flics!
Serge ne réalise pas. Il est allongé, les couilles à l'air. Les autres se rapprochent et les regardent, étonnés : "Mais c'est deux mecs!". Serge n'arrive pas à remettre son slip. Marcel a remis le sien n'importe comment. Heureusement, la voiture n'a pas de poignées extérieures. Tandis que les gendarmes leur ordonnent d'ouvrir, ils remontent leur froc. Les flics prennent leurs papiers, s'en vont rejoindre leur véhicule. Ils les entendent rire.
Marcel : Qu'est-ce qu'ils vont faire?
Serge : Ils vont se marrer, et puis nous laisser partir.
C'est ce qu'ils font. Serge est un peu accablé.
Marcel, en éclatant de rire : "Au moins, tu te souviendras de moi!".
Vendredi 1er septembre.
Semaine nulle. Il sort tous les soirs, sans succès, sans envie, morose, terne, obsédé par une rencontre inattendue qui le transporterait au-delà de la routine. Il voit souvent Gladys, ami de Michou, et qui l'amuse par sa conversation, mais que de changements depuis Chez Germaine!
Samedi 2.
Il passe la journée à Paris, avec Rolande. Et c'est à 21h, au moment de partir, qu'un beau garçon le drague dans la gare Saint-Lazare. "Je peux rentrer toute seule" lui dit Rolande. Non, il rentre avec elle.
Dimanche 3.
Il se lève, de très mauvais poil : il a fait un rêve érotique qui l'a laissé humide, mais dont il ne se souvient pas. Il n'aime pas perdre son sperme inutilement. L'après-midi, il se couche, seul, de 13h à 16h, tandis qu'une idée de roman lui trotte dans la tête.
Lundi 4.
Affaire David - et Canteleu- terminée. Il passe, repasse, au volant de sa chiotte, et ne s'arrête pas. A classer, malgré le dépit (amoureux).
Décidément, l'ambiance est à chier. A la gare, il commence par se faire engueuler par un type parce que, soi-disant, il n'arrête pas de le regarder. Or, il se trouve que si Marcel le regarde c'est parce que, justement, l'autre le regarde aussi! Il faudrait savoir!
Place du Vieux-Marché où il a atterri, un type en arrêt, grand, baraqué, le dévisage. Ah non! ça va pas recommencer! Il va faire un tour. A 23h, ne voyant plus rien à l'horizon, il s'apprête à remonter chez lui lorsque le mec baraqué se radine en voiture. Croisements d'yeux. Il lui fait signe de monter. Direction rue Jean Revel.
Le baraqué : Je vous ai vu pendant un an. Vous passiez près du lycée Corneille...
Marcel : Rue Bourg-l'Abbé. J'y travaille.
Le baraqué : A chaque fois, vous détourniez la tête.
Marcel (incrédule) : Je ne vous ai jamais remarqué.
Le baraqué : Je vous ai vu plusieurs fois au Café de la Poste, avec une femme.
Marcel (haussant le ton) : Une jeune fille blonde!
Le baraqué : Je ne sais pas si elle est blonde. Pour moi, elle est informe. Vous étiez le type même de l'homosexuel, mais quand je vous regardais, quelque chose fuyait, m'échappait. Vos yeux vous barrent le visage. On y lit une angoisse, un tourment...
Marcel n'en croit pas ses oreilles. Le type continue, longuement. Marcel regarde sa montre : il est 1 heure du matin.
Marcel (envoyant balader ses chaussures et ses chaussettes) : Vous allez me laisser dormir, maintenant.
L'homme se lève, déçu, regarde ses pieds nus : "Nous reverrons-nous?".
Marcel : Je ne crois pas.
Le baraqué : Je ne vous serre pas la main, j'ai horreur de ça.
Marcel (excédé, énervé) : Eh bien, embrassez-moi!
Le baraqué : Si je le fais, vous n'irez pas vous coucher.
Il ouvre la porte, Marcel se lève d'un bond, referme la porte, se jette sur lui, le fait tomber sur le lit : "Merde à la fin! Tirons un bon coup et n'en parlons plus!".
Mardi 5.
Claudine vient lui apporter The Gramophone. Rue Jeanne d'Arc, ils rencontrent Patrice qui leur paye un pot au Donjon. Ils boivent, et comme Patrice commence à les pomper avec ses histoires de job, de fric et d'amourettes, ils prétextent un rdv pour s'éclipser.
Marcel se couche, à 21h, crevé. Le baraqué de la veille était chiant, mais il avait un sacré membre!
Mercredi 6.
Eh bien, ça y est : la forme est revenue! Pourquoi? Mystère! Le nouveau rédacteur, Poiret, s'est mis à déconner. Au lieu de dire "Petit-Quevilly" il dit "Petite-Couille-Vieillie" ce qui a le don de le plier en deux. Quand l'affreux Machin-man, de l'Instruction Publique, se radine en demandant un bonbon et qu'il dit : "Il n'y a donc rien à sucer, ici?" Marcel ne se tient plus. Et pourtant, il devrait être triste : Gallimard et Julliard lui ont refusé sa nouvelle. Mais non : il s'amuse comme un petit fou. Il a profité que le chef n'était pas là pour se raser les poils de la poitrine dans les chiottes. Rolande est en vacances, et elle refuse de le voir pendant une semaine parce qu'elle aime bien "les retrouvailles"! Il se marre. Quant à Sylvie, au bout de deux mois de présence, faut voir comment elle parle : "Merde! Vous me faites chier! Il est chié, celui-là! etc, etc...). Quand Léontine proclame : "C'est moi qui commande, ici. C'est moi la plus vieille!" Poiret réplique : "Very funny : un bureau de débiles commandé par une sénile!".
Vendredi 8.
Marcel est au Havre. Son horoscope lui annonce un changement pour 22h. A 22h05 il monte dans la voiture d'un homme qui s'étonne de le voir au Havre. C'est le deuxième en une semaine (le premier était le baraqué) à lui dire qu'il l'a déjà vu et qu'il le trouve "inabordable"! Marcel n'en revient pas! Et les voilà à plus de 20 kms du Havre, dans une ancienne ferme-étable que l'homme a aménagée.
Marcel (vexé) : Si je suis si "inabordable" qu'est-ce que je fous avec vous? Ramenez-moi donc au Havre et laissez-moi tranquille!
Le mec (à poil dans le lit) : Si tu as envie de faire du stop....
Marcel (brutal) : La marche à pied, ça ne me fait pas peur!
L'homme se lève, furieux : "Bois un coup, ça te donnera des forces!
Ils boivent, mais c'est lui qui est saoul. Dehors, il titube.
Marcel : Vous croyez que vous allez pouvoir conduire?
Il n'en sait rien. Il roule doucement, presque toujours à gauche. Heureusement, il n'y a pas d'autres voitures. Il le laisse devant chez Claudine et lui dit qu'il le prendra samedi prochain à 20h devant la gare de Rouen, pour aller bouffer chez des amis à lui. Marcel n'en croit rien et le laisse filer. "Mensonges! marmonne-t-il. Et ils disent que c'est moi qui suis compliqué!...".
Samedi 9.
Après l'incident des gendarmes, il a décidé de ne plus faire l'amour en voiture. C'était bon avec David, parce qu'ils s'aimaient, mais les autres....
Il voit Bernard et Willy, avec leurs minets. Ambiance gentiment folle.
Dimanche 10.
Paisible. Il fait des essais au magnéto. L'amitié continue entre Claudine et lui, mais sans le secours du lit. Il lui dit : "Tu es mon vieux pote!". Elle rit : "Et toi, ma vieille tantouse!".
Carte de Christophe, l'ami de Burt, des USA.
Jeudi 24 août.
Marcel feuillette son journal : comment s'appelle donc cet homme, marié, père de famille, avec qui il a pratiqué l'empoignade sexuelle? Alain-le-Nantais? Oui, c'est celà.
Ce soir, à la gare, il dort sur son volant. Marcel le réveille, histoire de s'amuser. Le mec repart à l'attaque : il voudrait être libre, ne plus avoir de femme, etc...
Marcel : Tu es fatigué ou bien déprimé?
Alain : Déprimé.
Il le fait monter chez lui, la lutte commence.
Marcel : Dépêche-toi! Je ne veux pas me coucher tard.
Alain : Tu me feras crever!
Marcel : Mais non! C'est ta double-vie qui te fera crever. Pas moi.
25-26-27.
Week-end calme, dans l'ensemble. Il prend son après-midi de vendredi, et débarque au Havre à 13h. Le temps de manger, et il est à 14h15 à la plage. Un bouquin assez dément : "Le requiem des blondes" de Chase, où l'on sait, arrivé au milieu, que c'est Esslinger qui a fait le coup puisque l'auteur parle de tous les autres sauf de lui, mais où les derniers chapitres sont bougrement palpitants. Le soleil est là, et le bronzage italien ne tarde pas à refaire surface.
Samedi 26, beaucoup de dragueurs sur la place. Serge, un barbu déjà consommé, le redrague et l'invite à monter. Mais à la place de sa voiture de sport, il a une vulgaire 4L. Marcel a un pressentiment, mais il monte quand même. En pleine cambrousse, Serge l'avertit : seul son siège fait couchette. "Ca va être chié!" s'exclame Marcel tandis que l'autre se débarrasse de son pantalon et de son slip. Prudemment, il commence avec la bouche...et s'arrête en chemin : "Y a une vache qui nous regarde!" - "T'occupe pas de la vache!" fait Serge qui s'excite brusquement et veut lui monter dessus.
Marcel : Non, pas ici. J'ai peur.
Serge : De quoi as-tu peur?
Marcel : Je ne sais pas. Raccompagne-moi, je veux rentrer. On finira ça chez moi...
Et au moment où il se redresse, il voit par le rétroviseur deux gendarmes qui se radinent, torche à la main.
Marcel : Magne-toi! les flics!
Serge ne réalise pas. Il est allongé, les couilles à l'air. Les autres se rapprochent et les regardent, étonnés : "Mais c'est deux mecs!". Serge n'arrive pas à remettre son slip. Marcel a remis le sien n'importe comment. Heureusement, la voiture n'a pas de poignées extérieures. Tandis que les gendarmes leur ordonnent d'ouvrir, ils remontent leur froc. Les flics prennent leurs papiers, s'en vont rejoindre leur véhicule. Ils les entendent rire.
Marcel : Qu'est-ce qu'ils vont faire?
Serge : Ils vont se marrer, et puis nous laisser partir.
C'est ce qu'ils font. Serge est un peu accablé.
Marcel, en éclatant de rire : "Au moins, tu te souviendras de moi!".
Vendredi 1er septembre.
Semaine nulle. Il sort tous les soirs, sans succès, sans envie, morose, terne, obsédé par une rencontre inattendue qui le transporterait au-delà de la routine. Il voit souvent Gladys, ami de Michou, et qui l'amuse par sa conversation, mais que de changements depuis Chez Germaine!
Samedi 2.
Il passe la journée à Paris, avec Rolande. Et c'est à 21h, au moment de partir, qu'un beau garçon le drague dans la gare Saint-Lazare. "Je peux rentrer toute seule" lui dit Rolande. Non, il rentre avec elle.
Dimanche 3.
Il se lève, de très mauvais poil : il a fait un rêve érotique qui l'a laissé humide, mais dont il ne se souvient pas. Il n'aime pas perdre son sperme inutilement. L'après-midi, il se couche, seul, de 13h à 16h, tandis qu'une idée de roman lui trotte dans la tête.
Lundi 4.
Affaire David - et Canteleu- terminée. Il passe, repasse, au volant de sa chiotte, et ne s'arrête pas. A classer, malgré le dépit (amoureux).
Décidément, l'ambiance est à chier. A la gare, il commence par se faire engueuler par un type parce que, soi-disant, il n'arrête pas de le regarder. Or, il se trouve que si Marcel le regarde c'est parce que, justement, l'autre le regarde aussi! Il faudrait savoir!
Place du Vieux-Marché où il a atterri, un type en arrêt, grand, baraqué, le dévisage. Ah non! ça va pas recommencer! Il va faire un tour. A 23h, ne voyant plus rien à l'horizon, il s'apprête à remonter chez lui lorsque le mec baraqué se radine en voiture. Croisements d'yeux. Il lui fait signe de monter. Direction rue Jean Revel.
Le baraqué : Je vous ai vu pendant un an. Vous passiez près du lycée Corneille...
Marcel : Rue Bourg-l'Abbé. J'y travaille.
Le baraqué : A chaque fois, vous détourniez la tête.
Marcel (incrédule) : Je ne vous ai jamais remarqué.
Le baraqué : Je vous ai vu plusieurs fois au Café de la Poste, avec une femme.
Marcel (haussant le ton) : Une jeune fille blonde!
Le baraqué : Je ne sais pas si elle est blonde. Pour moi, elle est informe. Vous étiez le type même de l'homosexuel, mais quand je vous regardais, quelque chose fuyait, m'échappait. Vos yeux vous barrent le visage. On y lit une angoisse, un tourment...
Marcel n'en croit pas ses oreilles. Le type continue, longuement. Marcel regarde sa montre : il est 1 heure du matin.
Marcel (envoyant balader ses chaussures et ses chaussettes) : Vous allez me laisser dormir, maintenant.
L'homme se lève, déçu, regarde ses pieds nus : "Nous reverrons-nous?".
Marcel : Je ne crois pas.
Le baraqué : Je ne vous serre pas la main, j'ai horreur de ça.
Marcel (excédé, énervé) : Eh bien, embrassez-moi!
Le baraqué : Si je le fais, vous n'irez pas vous coucher.
Il ouvre la porte, Marcel se lève d'un bond, referme la porte, se jette sur lui, le fait tomber sur le lit : "Merde à la fin! Tirons un bon coup et n'en parlons plus!".
Mardi 5.
Claudine vient lui apporter The Gramophone. Rue Jeanne d'Arc, ils rencontrent Patrice qui leur paye un pot au Donjon. Ils boivent, et comme Patrice commence à les pomper avec ses histoires de job, de fric et d'amourettes, ils prétextent un rdv pour s'éclipser.
Marcel se couche, à 21h, crevé. Le baraqué de la veille était chiant, mais il avait un sacré membre!
Mercredi 6.
Eh bien, ça y est : la forme est revenue! Pourquoi? Mystère! Le nouveau rédacteur, Poiret, s'est mis à déconner. Au lieu de dire "Petit-Quevilly" il dit "Petite-Couille-Vieillie" ce qui a le don de le plier en deux. Quand l'affreux Machin-man, de l'Instruction Publique, se radine en demandant un bonbon et qu'il dit : "Il n'y a donc rien à sucer, ici?" Marcel ne se tient plus. Et pourtant, il devrait être triste : Gallimard et Julliard lui ont refusé sa nouvelle. Mais non : il s'amuse comme un petit fou. Il a profité que le chef n'était pas là pour se raser les poils de la poitrine dans les chiottes. Rolande est en vacances, et elle refuse de le voir pendant une semaine parce qu'elle aime bien "les retrouvailles"! Il se marre. Quant à Sylvie, au bout de deux mois de présence, faut voir comment elle parle : "Merde! Vous me faites chier! Il est chié, celui-là! etc, etc...). Quand Léontine proclame : "C'est moi qui commande, ici. C'est moi la plus vieille!" Poiret réplique : "Very funny : un bureau de débiles commandé par une sénile!".
Vendredi 8.
Marcel est au Havre. Son horoscope lui annonce un changement pour 22h. A 22h05 il monte dans la voiture d'un homme qui s'étonne de le voir au Havre. C'est le deuxième en une semaine (le premier était le baraqué) à lui dire qu'il l'a déjà vu et qu'il le trouve "inabordable"! Marcel n'en revient pas! Et les voilà à plus de 20 kms du Havre, dans une ancienne ferme-étable que l'homme a aménagée.
Marcel (vexé) : Si je suis si "inabordable" qu'est-ce que je fous avec vous? Ramenez-moi donc au Havre et laissez-moi tranquille!
Le mec (à poil dans le lit) : Si tu as envie de faire du stop....
Marcel (brutal) : La marche à pied, ça ne me fait pas peur!
L'homme se lève, furieux : "Bois un coup, ça te donnera des forces!
Ils boivent, mais c'est lui qui est saoul. Dehors, il titube.
Marcel : Vous croyez que vous allez pouvoir conduire?
Il n'en sait rien. Il roule doucement, presque toujours à gauche. Heureusement, il n'y a pas d'autres voitures. Il le laisse devant chez Claudine et lui dit qu'il le prendra samedi prochain à 20h devant la gare de Rouen, pour aller bouffer chez des amis à lui. Marcel n'en croit rien et le laisse filer. "Mensonges! marmonne-t-il. Et ils disent que c'est moi qui suis compliqué!...".
Samedi 9.
Après l'incident des gendarmes, il a décidé de ne plus faire l'amour en voiture. C'était bon avec David, parce qu'ils s'aimaient, mais les autres....
Il voit Bernard et Willy, avec leurs minets. Ambiance gentiment folle.
Dimanche 10.
Paisible. Il fait des essais au magnéto. L'amitié continue entre Claudine et lui, mais sans le secours du lit. Il lui dit : "Tu es mon vieux pote!". Elle rit : "Et toi, ma vieille tantouse!".
Carte de Christophe, l'ami de Burt, des USA.
jeudi 16 juillet 2009
La (petite) vie de Marcel -50
Marcel retrouve la routine Rouen-Le Havre.
Lundi 31 juillet.
Coup de téléphone, vers 11h, de Jehan-Bernard. Rendez-vous pris pour le soir, 19h. Il se radine avec Christophe, ainsi qu'un vieux que Marcel connaissait déjà (doux et bon-enfant) et une vieille tante rouennaise assez énervante. Soirée sans intérêt, mais où il apprend quelques nouvelles assez étonnantes. D'abord que Burt, depuis le 14 juillet, n'a pas donné signe de vie à Christophe. Départ pour New-York compromis, donc? Ensuite que Tim, lorsqu'il est saoul, n'est pas drôle : Christophe, la première fois qu'il est venu au château, en aurait fait l'expérience. Tim lui aurait demandé de descendre avec lui à la cave et là, saisissant une bouteille de vin d'une main et ouvrant sa braguette de l'autre, l'aurait menacé de lui fracasser la tête s'il ne lui faisait pas une petite gâterie. Marcel n'en reste pas moins sur sa position initiale : Tim lui est apparu comme un homme intelligent, cultivé, et en tout point remarquable.
Mardi 8 août.
Marcel a fêté son anniversaire (28 ans) avec un nouvel amant, Philippe, et une lettre de Tim (qui lui exprime son amitié).
Il a dragué Philippe hier soir. Il y avait longtemps qu'il n'avait pas couru après un mec : 21 ans, des fesses de cheval, un membre superbe. Ils ont fait l'amour rue Jean Revel.
Au bureau, il y a deux nouveaux arrivants : le rédacteur, Poiret, qui est là depuis le 1er juin en remplacement de Peter, parti à Bonsecours, et Sylvie, arrivée le 1er juillet, stenodactylo. Poiret est jeune, fade physiquement (par rapport à Peter), intellectuel et argumenteur. Sylvie est sympathique, directe, très vive et très enjouée.
Jeudi 10.
Hier soir, rendez-vous à 20h30 avec Philippe. Ils vont prendre un pot, puis ils vont faire l'amour chez Marcel.
Marcel : Monte sur moi.
Philippe s'exécute.
Marcel : Qu'est-ce que t'es lourd!
Philippe : Dis tout de suite que je suis gros!
Marcel : Non, pas gros : lourd.
Philippe : Tu te fous de ma gueule?
Marcel : Mais non!
Philippe pèse sur lui de tout son poids : "Je voudrais que tu ais des marques partout, demain, quand tu iras travailler" et puis : "Je ne te fais pas mal?" et, dans un sanglot : "Dis-le moi si je te fais mal! Je ne veux pas te faire de mal!".
Après l'amour ils restent allongés, puis ils vont prendre un pot. Marcel le raccompagne jusque chez ses parents. En passant dans une rue sombre, déserte, il lui palpe les fesses. Du deuxième étage, un type leur lance : "Hé, là-bas, vous voulez que j'appelle la police?". Ils éclatent de rire. Après avoir quitté Philippe, Marcel rentre par le boulevard des Belges. Un type, saoul sans doute, tape contre une porte obstinément fermée. Une fenêtre s'ouvre. Un homme, en chemise, fait : "Chut!". Le type l'apostrophe : "Va te faire enculer!". La chaleur ne rend pas les gens aimables.
Aujourd'hui, ne sachant toujours pas ce que fait cette andoulle de Jehan-Bernard durant le week-end, Marcel lui téléphone. Aussitôt, l'autre éclate violemment : "Dis-donc, qu'est-ce que c'est que ce mec que tu as présenté à M.C.? C'est un gigolo, une pute!". Marcel réplique : "Ce n'est pas moi qui l'ai fait venir au château, c'est M.C. qui est venu nous chercher". Paraît-il que la châtelaine se serait entichée de Patrice au point que celui-ci voudrait s'y installer, et que M.C. ne saurait plus quoi faire pour se débarrasser d'un garçon devenu trop envahissant.
Marcel éclate à son tour : "Après tout, c'est de la faute à M.C. Il lui a tout promis dès le premier jour : le secrétariat, les voyages autour du monde et les vacances à Rome! Pas étonnant que Patrice se soit monté la tête!".
Jehan-Bernard se calme un peu et, d'une voix gémissante : "Mais il fallait prévenir M.C. Tu comprends, quand je lui présente quelqu'un de louche, je lui dis : "Attention, M.C.!" et alors il est seulement question de se l'envoyer....et rien d'autre!".
Mercredi 16.
Le week-end s'est déroulé au Havre, sans Jehan-Bernard qui avait envisagé de venir mais qui s'est désisté. Rolande était en forme. Ils ont beaucoup bu mais ils n'ont jamais été ivres. Claudine a été insupportable, querelleuse, de mauvaise foi, aigrie... Willy est venu leur rendre visite, avec un nouvel ami, Bernard. Marcel remarque tout de suite sa mauvaise dentition, son col roulé troué, et son extraordinaire vitalité. D'emblée, il sait qu'il ne couchera jamais avec lui mais qu'il s'en fera un formidable ami, si tout se passe bien.
Ce soir, il attend Philippe, qui ne vient pas. Enervé, il va draguer, un Nantais (Alain), bronzé. Il l'emmène chez lui et, dans le lit, il le bouscule. Il veut se venger de Philippe, et la lutte les déchaîne. Les coups succèdent au délire érotique. Avant de partir, épuisé, Alain lui balance : "Dans les lieux de drague, on ne rencontre que des voyous, des dégénérés ou des folles!". Marcel préfère ne pas répondre.
Jeudi 17.
A 13h, il va crânement trouver Philippe sur son lieu de travail, sous les Halles. A voir son oeil, il comprend tout de suite que le mec n'a plus envie de coucher avec lui.
Marcel : Tu veux me revoir?
Philippe : Oui. Quand? Ce soir?
Marcel : Si tu veux.
A 18h, il va retrouver Rolande, et ils vont à la clinique Sainte-Anne, où Réjane a accouché hier soir d'une petite fille, Béatrice.
Philippe se radine rue Jean Revel, vers 21h. Il nargue Marcel : "Tu ne peux pas te passer de moi?". Marcel accuse le coup et, le déculottant, se dit : "Ok. Puisque c'est la dernière fois, profitons des appâts qu'on nous offre".
Jehan-Bernard a téléphoné pour lui annoncer que Christophe est finalement parti retrouver Burt à New-York.
Fin de semaine calme, à Rouen, seul. Samedi soir (19) il bavarde pendant une heure avec un copain, et lui demande s'il connaît Philippe. Oui, il le connaît de vue. Il l'a même vu faire les tasses de la place du Vieux-Marché, après avoir quitté Marcel, le jeudi soir, et repartir avec un mec.
Dimanche soir, il retrouve Patrice et va prendre un pot avec lui : il a trouvé du travail et c'est fini avec M.C. Marcel envoie une lettre à Jehan-Bernard : "Tu vois, c'était pas la peine de m'engueuler... et de faire tout ce tapage!". Et sa nouvelle "Le Couple d'Hommes" à trois éditeurs.
Lundi 31 juillet.
Coup de téléphone, vers 11h, de Jehan-Bernard. Rendez-vous pris pour le soir, 19h. Il se radine avec Christophe, ainsi qu'un vieux que Marcel connaissait déjà (doux et bon-enfant) et une vieille tante rouennaise assez énervante. Soirée sans intérêt, mais où il apprend quelques nouvelles assez étonnantes. D'abord que Burt, depuis le 14 juillet, n'a pas donné signe de vie à Christophe. Départ pour New-York compromis, donc? Ensuite que Tim, lorsqu'il est saoul, n'est pas drôle : Christophe, la première fois qu'il est venu au château, en aurait fait l'expérience. Tim lui aurait demandé de descendre avec lui à la cave et là, saisissant une bouteille de vin d'une main et ouvrant sa braguette de l'autre, l'aurait menacé de lui fracasser la tête s'il ne lui faisait pas une petite gâterie. Marcel n'en reste pas moins sur sa position initiale : Tim lui est apparu comme un homme intelligent, cultivé, et en tout point remarquable.
Mardi 8 août.
Marcel a fêté son anniversaire (28 ans) avec un nouvel amant, Philippe, et une lettre de Tim (qui lui exprime son amitié).
Il a dragué Philippe hier soir. Il y avait longtemps qu'il n'avait pas couru après un mec : 21 ans, des fesses de cheval, un membre superbe. Ils ont fait l'amour rue Jean Revel.
Au bureau, il y a deux nouveaux arrivants : le rédacteur, Poiret, qui est là depuis le 1er juin en remplacement de Peter, parti à Bonsecours, et Sylvie, arrivée le 1er juillet, stenodactylo. Poiret est jeune, fade physiquement (par rapport à Peter), intellectuel et argumenteur. Sylvie est sympathique, directe, très vive et très enjouée.
Jeudi 10.
Hier soir, rendez-vous à 20h30 avec Philippe. Ils vont prendre un pot, puis ils vont faire l'amour chez Marcel.
Marcel : Monte sur moi.
Philippe s'exécute.
Marcel : Qu'est-ce que t'es lourd!
Philippe : Dis tout de suite que je suis gros!
Marcel : Non, pas gros : lourd.
Philippe : Tu te fous de ma gueule?
Marcel : Mais non!
Philippe pèse sur lui de tout son poids : "Je voudrais que tu ais des marques partout, demain, quand tu iras travailler" et puis : "Je ne te fais pas mal?" et, dans un sanglot : "Dis-le moi si je te fais mal! Je ne veux pas te faire de mal!".
Après l'amour ils restent allongés, puis ils vont prendre un pot. Marcel le raccompagne jusque chez ses parents. En passant dans une rue sombre, déserte, il lui palpe les fesses. Du deuxième étage, un type leur lance : "Hé, là-bas, vous voulez que j'appelle la police?". Ils éclatent de rire. Après avoir quitté Philippe, Marcel rentre par le boulevard des Belges. Un type, saoul sans doute, tape contre une porte obstinément fermée. Une fenêtre s'ouvre. Un homme, en chemise, fait : "Chut!". Le type l'apostrophe : "Va te faire enculer!". La chaleur ne rend pas les gens aimables.
Aujourd'hui, ne sachant toujours pas ce que fait cette andoulle de Jehan-Bernard durant le week-end, Marcel lui téléphone. Aussitôt, l'autre éclate violemment : "Dis-donc, qu'est-ce que c'est que ce mec que tu as présenté à M.C.? C'est un gigolo, une pute!". Marcel réplique : "Ce n'est pas moi qui l'ai fait venir au château, c'est M.C. qui est venu nous chercher". Paraît-il que la châtelaine se serait entichée de Patrice au point que celui-ci voudrait s'y installer, et que M.C. ne saurait plus quoi faire pour se débarrasser d'un garçon devenu trop envahissant.
Marcel éclate à son tour : "Après tout, c'est de la faute à M.C. Il lui a tout promis dès le premier jour : le secrétariat, les voyages autour du monde et les vacances à Rome! Pas étonnant que Patrice se soit monté la tête!".
Jehan-Bernard se calme un peu et, d'une voix gémissante : "Mais il fallait prévenir M.C. Tu comprends, quand je lui présente quelqu'un de louche, je lui dis : "Attention, M.C.!" et alors il est seulement question de se l'envoyer....et rien d'autre!".
Mercredi 16.
Le week-end s'est déroulé au Havre, sans Jehan-Bernard qui avait envisagé de venir mais qui s'est désisté. Rolande était en forme. Ils ont beaucoup bu mais ils n'ont jamais été ivres. Claudine a été insupportable, querelleuse, de mauvaise foi, aigrie... Willy est venu leur rendre visite, avec un nouvel ami, Bernard. Marcel remarque tout de suite sa mauvaise dentition, son col roulé troué, et son extraordinaire vitalité. D'emblée, il sait qu'il ne couchera jamais avec lui mais qu'il s'en fera un formidable ami, si tout se passe bien.
Ce soir, il attend Philippe, qui ne vient pas. Enervé, il va draguer, un Nantais (Alain), bronzé. Il l'emmène chez lui et, dans le lit, il le bouscule. Il veut se venger de Philippe, et la lutte les déchaîne. Les coups succèdent au délire érotique. Avant de partir, épuisé, Alain lui balance : "Dans les lieux de drague, on ne rencontre que des voyous, des dégénérés ou des folles!". Marcel préfère ne pas répondre.
Jeudi 17.
A 13h, il va crânement trouver Philippe sur son lieu de travail, sous les Halles. A voir son oeil, il comprend tout de suite que le mec n'a plus envie de coucher avec lui.
Marcel : Tu veux me revoir?
Philippe : Oui. Quand? Ce soir?
Marcel : Si tu veux.
A 18h, il va retrouver Rolande, et ils vont à la clinique Sainte-Anne, où Réjane a accouché hier soir d'une petite fille, Béatrice.
Philippe se radine rue Jean Revel, vers 21h. Il nargue Marcel : "Tu ne peux pas te passer de moi?". Marcel accuse le coup et, le déculottant, se dit : "Ok. Puisque c'est la dernière fois, profitons des appâts qu'on nous offre".
Jehan-Bernard a téléphoné pour lui annoncer que Christophe est finalement parti retrouver Burt à New-York.
Fin de semaine calme, à Rouen, seul. Samedi soir (19) il bavarde pendant une heure avec un copain, et lui demande s'il connaît Philippe. Oui, il le connaît de vue. Il l'a même vu faire les tasses de la place du Vieux-Marché, après avoir quitté Marcel, le jeudi soir, et repartir avec un mec.
Dimanche soir, il retrouve Patrice et va prendre un pot avec lui : il a trouvé du travail et c'est fini avec M.C. Marcel envoie une lettre à Jehan-Bernard : "Tu vois, c'était pas la peine de m'engueuler... et de faire tout ce tapage!". Et sa nouvelle "Le Couple d'Hommes" à trois éditeurs.
mardi 14 juillet 2009
La (petite) vie de Marcel -49
Marcel joue les entremetteurs.
Lundi 24 juillet.
De retour au bureau après avoir écouté hier soir, chez Rolande, un assez décevant Trovatore, retransmis d'Orange avec La Caballé, Marcel téléphone en début d'après-midi à M.C., devant Rolande qu'il a mise au courant. A la perspective d'avoir un nouveau secrétaire, jeune, beau et actif, M.C. est tout de suite intéressé. Il rappelle Marcel dans l'après-midi pour l'inviter, ainsi que Patrice, à passer le week-end au château de M. "Vous savez, ajoute-t-il, Tim sera là et il a beaucoup insisté pour faire votre connaissance". Enfin!....
Dans l'après-midi, Rolande téléphone à Martin et lui réclame 150F pour les lunettes que sa chienne a abîmées la dernière fois qu'elle est allée chez lui. Monsieur devient grossier : "Tes lunettes, tu peux te les foutre au cul!". Elle réplique, remontée : "Ca, mon vieux, c'est beaucoup plus de ton ressort, puisque c'est ton gagne-pain!". Marcel écrit une lettre à Patrice, pour lui donner rendez-vous vendredi soir, M.C. devant les récupérer à 18h15 au Café de la Poste. Rolande y sera, incognito, pour assister aux présentations. Elle se mettra le plus près possible de leur table pour bien entendre leur conversation. Et bien entendu elle fera semblant de ne pas les connaître.
Mardi 25.
Nouveau coup de fil de M.C. Il demande des précisions au sujet de Patrice : "Je voyage beaucoup, j'ai besoin de quelqu'un de fiable et de présentable". Marcel ne lui ment pas en lui parlant de ses yeux bleu-vert et de son corps magnifique, mince et musclé. Il lui vante aussi sa disponibilité, ce dernier point étant confirmé par Patrice lui-même, dans une première lettre répondant à la sienne.
Mercredi 26.
Marcel contacte Jehan-Bernard, qui a dû voir M.C. la veille. La lettre que Marcel lui a envoyée ne lui a pas plu ("Je ne t'aime pas...je ne t'aimerai jamais...") et il devient brusquement méchant, traitant Patrice (qu'il ne connaît pas) de "bestiole" et de "chose", puis carrément cynique : "Tim sera là, tu vas pouvoir t'envoyer en l'air!".
Deuxième lettre de Patrice, avec photo (belle) à l'appui.
28-29-30.
Deuxième week-end au château de M.
Marcel n'a été ni déçu, ni surpris. Patrice et M.C. se sont très vite mis d'accord, et Tim s'est montré pertinent.
Vendredi soir (le 28) M.C. est arrivé avec presque une heure de retard au Café de la Poste. L'ayant mis en face de Patrice, Marcel n'avait plus qu'à s'effacer, les laissant établir leurs plans d'entente et de collaboration. Rolande assistait à la rencontre, imperturbable.
Arrivés vers 21h au château. La châtelaine est venue les accueillir, vieille dame très digne et très sympathique. Tim n'était pas là. Ils ont mangé, puis ils sont passés au salon, où la brave dame les a laissés tous les trois. M.C. s'est chargé de la conversation. Comme le temps passait, il n'a pas pu s'empêcher d'insinuer : "J'ai peur que Tim ne rentre ivre". Tim n'est pas rentré ivre, vers 23h, mais avec une crise d'arthrite. M.C. s'est cru obligé de rajouter : "Et encore, ce n'est rien! Si vous l'aviez vu en rentrant de Venise!..." et il imite quelqu'un qui marcherait plié en deux. Après leur avoir dit bonjour, Tim regagne aussitôt sa chambre. Marcel en fait autant, laissant les autres seuls.
Samedi 29.
Levé à 8h, Marcel écoute les bruits. Il se lave et descend rejoindre la propriétaire. Ils bavardent dans la cuisine. Tim vient les rejoindre et commence à parler avec lui. L'homme lui apparait d'un tact remarquable. Marcel va cueillir des haricots verts dans le jardin avec la vieille dame, et Tim l'aide à les éplucher. L'arrivée de Patrice met fin à une intimité calme et sans désir. Tim se retire, et Patrice raconte sa soirée à Marcel, ce dont il se passerait volontiers. M.C. a tout promis : le secrétariat, l'appartement à Paris, et même des vacances à Rome. Heureusement, la vieille dame revient : il faut préparer le pique-nique. Ensuite, ils partent pour la plage. Déception : Tim ne partagera pas un seul repas avec eux. Avant d'arriver à la plage, ils passent voir les N., au cimetière américain. Ils les rejoindront sur la plage. Marcel évite le plus possible de rester seul avec Patrice. Ses confidences l'ennuient, et aussi son aplomb : il s'agite, crie après les chiens, s'occupe de la châtelaine, et parle à M.C. comme s'il faisait partie de la famille depuis des années. Heureusement, les N. arrivent, les invitent à prendre le thé chez eux, où Patrice ne peut s'empêcher de tourner autour de leur fils, Stephen, 17 ans, blond et musclé. Retour au château. Comme la veille, Marcel va se coucher de bonne heure, vers 23h.
Dimanche 30.
La meilleure journée. Marcel passe presque toute la matinée avec Tim, dans le jardin. Il a acheté une villa près de Florence, il doit la restaurer et s'y installer définitivement. Il lui fait voir des livres, ce qui leur permet de se rapprocher. Patrice intervenant, Marcel préfère aller s'amuser avec Socrate, le teckel. De nouveau, le midi, la plage. Cette fois, les N. sont déjà là. Ils ont fait un feu de bois dans la dune. Les enfants sont avec eux. Patrice n'arrête pas de regarder Stephen. Comme le plus jeune des fils N., blond aux yeux bleu-sombre, n'arrête pas de lui sourire, Marcel l'invite à faire la course sur la plage, avec Socrate. Puis ils vont tous les deux se baigner, tandis que Socrate les regarde et pleurniche, car l'eau ne semble pas beaucoup l'attirer. Monsieur N. et un ami viennent les rejoindre pour une partie de boules. Puis, tous ensemble, avec Stephen et les filles, ils entament une partie de base-ball. Ils rentrent, vers 17h30. Tim est là, et accapare aussitôt Marcel, l'entraînant dans la bibliothèque où ils regardent ensemble, allongés sur le sol, des photos de la villa que Tim veut restaurer à Florence. M.C., fatigué sans doute par la journée passée à la plage, s'est endormi sur le divan du salon. Tim emmène Marcel dehors avec des livres, et lui parle de toutes ces villas, palais, qui lui tiennent tant à coeur. La châtelaine paraît, interrompant le rêve. Il est l'heure que Marcel parte. "Je le regrette" lui dit simplement Tim. Pas de mots, pas de gestes inutiles. M.C. les raccompagne, Patrice et lui, à la gare. Dans le train, Marcel se referme, refusant le dialogue. L'image de Tim le hante. Le reverra-t-il un jour? Le bruit du train lui répond, monotone "Peut-être...peut-être...peut-être...".
Lundi 24 juillet.
De retour au bureau après avoir écouté hier soir, chez Rolande, un assez décevant Trovatore, retransmis d'Orange avec La Caballé, Marcel téléphone en début d'après-midi à M.C., devant Rolande qu'il a mise au courant. A la perspective d'avoir un nouveau secrétaire, jeune, beau et actif, M.C. est tout de suite intéressé. Il rappelle Marcel dans l'après-midi pour l'inviter, ainsi que Patrice, à passer le week-end au château de M. "Vous savez, ajoute-t-il, Tim sera là et il a beaucoup insisté pour faire votre connaissance". Enfin!....
Dans l'après-midi, Rolande téléphone à Martin et lui réclame 150F pour les lunettes que sa chienne a abîmées la dernière fois qu'elle est allée chez lui. Monsieur devient grossier : "Tes lunettes, tu peux te les foutre au cul!". Elle réplique, remontée : "Ca, mon vieux, c'est beaucoup plus de ton ressort, puisque c'est ton gagne-pain!". Marcel écrit une lettre à Patrice, pour lui donner rendez-vous vendredi soir, M.C. devant les récupérer à 18h15 au Café de la Poste. Rolande y sera, incognito, pour assister aux présentations. Elle se mettra le plus près possible de leur table pour bien entendre leur conversation. Et bien entendu elle fera semblant de ne pas les connaître.
Mardi 25.
Nouveau coup de fil de M.C. Il demande des précisions au sujet de Patrice : "Je voyage beaucoup, j'ai besoin de quelqu'un de fiable et de présentable". Marcel ne lui ment pas en lui parlant de ses yeux bleu-vert et de son corps magnifique, mince et musclé. Il lui vante aussi sa disponibilité, ce dernier point étant confirmé par Patrice lui-même, dans une première lettre répondant à la sienne.
Mercredi 26.
Marcel contacte Jehan-Bernard, qui a dû voir M.C. la veille. La lettre que Marcel lui a envoyée ne lui a pas plu ("Je ne t'aime pas...je ne t'aimerai jamais...") et il devient brusquement méchant, traitant Patrice (qu'il ne connaît pas) de "bestiole" et de "chose", puis carrément cynique : "Tim sera là, tu vas pouvoir t'envoyer en l'air!".
Deuxième lettre de Patrice, avec photo (belle) à l'appui.
28-29-30.
Deuxième week-end au château de M.
Marcel n'a été ni déçu, ni surpris. Patrice et M.C. se sont très vite mis d'accord, et Tim s'est montré pertinent.
Vendredi soir (le 28) M.C. est arrivé avec presque une heure de retard au Café de la Poste. L'ayant mis en face de Patrice, Marcel n'avait plus qu'à s'effacer, les laissant établir leurs plans d'entente et de collaboration. Rolande assistait à la rencontre, imperturbable.
Arrivés vers 21h au château. La châtelaine est venue les accueillir, vieille dame très digne et très sympathique. Tim n'était pas là. Ils ont mangé, puis ils sont passés au salon, où la brave dame les a laissés tous les trois. M.C. s'est chargé de la conversation. Comme le temps passait, il n'a pas pu s'empêcher d'insinuer : "J'ai peur que Tim ne rentre ivre". Tim n'est pas rentré ivre, vers 23h, mais avec une crise d'arthrite. M.C. s'est cru obligé de rajouter : "Et encore, ce n'est rien! Si vous l'aviez vu en rentrant de Venise!..." et il imite quelqu'un qui marcherait plié en deux. Après leur avoir dit bonjour, Tim regagne aussitôt sa chambre. Marcel en fait autant, laissant les autres seuls.
Samedi 29.
Levé à 8h, Marcel écoute les bruits. Il se lave et descend rejoindre la propriétaire. Ils bavardent dans la cuisine. Tim vient les rejoindre et commence à parler avec lui. L'homme lui apparait d'un tact remarquable. Marcel va cueillir des haricots verts dans le jardin avec la vieille dame, et Tim l'aide à les éplucher. L'arrivée de Patrice met fin à une intimité calme et sans désir. Tim se retire, et Patrice raconte sa soirée à Marcel, ce dont il se passerait volontiers. M.C. a tout promis : le secrétariat, l'appartement à Paris, et même des vacances à Rome. Heureusement, la vieille dame revient : il faut préparer le pique-nique. Ensuite, ils partent pour la plage. Déception : Tim ne partagera pas un seul repas avec eux. Avant d'arriver à la plage, ils passent voir les N., au cimetière américain. Ils les rejoindront sur la plage. Marcel évite le plus possible de rester seul avec Patrice. Ses confidences l'ennuient, et aussi son aplomb : il s'agite, crie après les chiens, s'occupe de la châtelaine, et parle à M.C. comme s'il faisait partie de la famille depuis des années. Heureusement, les N. arrivent, les invitent à prendre le thé chez eux, où Patrice ne peut s'empêcher de tourner autour de leur fils, Stephen, 17 ans, blond et musclé. Retour au château. Comme la veille, Marcel va se coucher de bonne heure, vers 23h.
Dimanche 30.
La meilleure journée. Marcel passe presque toute la matinée avec Tim, dans le jardin. Il a acheté une villa près de Florence, il doit la restaurer et s'y installer définitivement. Il lui fait voir des livres, ce qui leur permet de se rapprocher. Patrice intervenant, Marcel préfère aller s'amuser avec Socrate, le teckel. De nouveau, le midi, la plage. Cette fois, les N. sont déjà là. Ils ont fait un feu de bois dans la dune. Les enfants sont avec eux. Patrice n'arrête pas de regarder Stephen. Comme le plus jeune des fils N., blond aux yeux bleu-sombre, n'arrête pas de lui sourire, Marcel l'invite à faire la course sur la plage, avec Socrate. Puis ils vont tous les deux se baigner, tandis que Socrate les regarde et pleurniche, car l'eau ne semble pas beaucoup l'attirer. Monsieur N. et un ami viennent les rejoindre pour une partie de boules. Puis, tous ensemble, avec Stephen et les filles, ils entament une partie de base-ball. Ils rentrent, vers 17h30. Tim est là, et accapare aussitôt Marcel, l'entraînant dans la bibliothèque où ils regardent ensemble, allongés sur le sol, des photos de la villa que Tim veut restaurer à Florence. M.C., fatigué sans doute par la journée passée à la plage, s'est endormi sur le divan du salon. Tim emmène Marcel dehors avec des livres, et lui parle de toutes ces villas, palais, qui lui tiennent tant à coeur. La châtelaine paraît, interrompant le rêve. Il est l'heure que Marcel parte. "Je le regrette" lui dit simplement Tim. Pas de mots, pas de gestes inutiles. M.C. les raccompagne, Patrice et lui, à la gare. Dans le train, Marcel se referme, refusant le dialogue. L'image de Tim le hante. Le reverra-t-il un jour? Le bruit du train lui répond, monotone "Peut-être...peut-être...peut-être...".
lundi 13 juillet 2009
La (petite) vie de Marcel -48
Marcel fréquente l'Aristocratie.
Lundi 26 juin.
Les événements se précipitent, dès son retour à Rouen. Jehan-Bernard, qui lui a envoyé lettres et télégramme, rapplique le soir (Café de la Poste) et se hâte de lui présenter un violoniste, M.C., qui sort paraît-il de dépression. L'accompagnent : Burt, américain, et son ami Christophe. M.C. parle déjà de travail et de coopération. Sceptique, Marcel observe Jehan-Bernard et se demande à quel jeu il joue...
Mardi 27.
Il déménage de la rue des Sapins pour atterrir rue Jean Revel.
Mercredi 28.
Il dine, le soir, avec M.C. à l'Ecu de France. M.C. parle beaucoup de lui et de la dépression qu'il a eue après son aventure (sa liaison, plutôt) avec un garçon qui l'a quitté. M.C. lui apparaît comme un mélange mal dilué de couardise, de snobisme et de sincérité.
Jeudi 29.
Claudine vient le voir à 18h, refuse d'entendre parler de Jehan-Bernard. Ils se font la gueule avec un ensemble parfait.
Vendredi 30.
Il prend le train pour Caen. M.C. l'attend à la gare et le conduit au château de M. où il est invité pour le week-end. Burt est là, très séduisant. M.C. que le sexe, paraît-il, ennuie, n'arrête pas de draguer Marcel. Celui-ci ferme la porte de sa chambre à clé. Jehan-Bernard et Christophe arrivent le lendemain. "Bon sang! se demande Marcel, qu'est-ce que Jehan-Bernard manigance? Veut-il que je tombe dans les bras de M.C.? Que je plaque tout pour le suivre?". Il erre dans le château, soudain seul, parmi les oeuvres d'art. Les livres de Tim, le fils de la propriétaire (absent) sont morbides à souhait : sodomies et meurtres (Gilles de Raie), homosexualité et camps de concentration (Piepel).
Lundi 3 juillet.
Marcel écrit à Jehan-Bernard pour qu'il lui ménage un rendez-vous avec Tim. Cet homme, qu'il ne connaît pas, l'attire. Et lui seul pourra lui donner des précisions sur la vie professionnelle de M.C.
Coup de téléphone, l'après-midi, de M.C. Il veut le voir cette semaine. Marcel refuse.
Il rentre chez lui, écrit une carte pour Francesco. Il va la poster à la gare. Il est 21h. Il remarque la Jaguar de Georges. Il est dans sa voiture. Marcel fait celui qui ne l'a pas vu mais il sort et va au-devant de lui. Ils parlent. Georges lui demande de monter. Il va refuser, mais il y a une telle intensité dans son regard qu'il accepte. Au moins, avec lui, il sait ce qui va lui arriver. Dans la campagne, l'homme lui frappe les fesses "Allons! Continue! Je sais que tu peux faire mieux que ça!". Sur le retour, satisfaits, ils parlent de l'Italie, le plus tranquillement du monde.
Mardi 4.
Il envoie une lettre à M.C. pour lui faire part de ses exigences : "J'accepte de travailler pour vous, mais je refuse de partager votre lit. Réfléchissez, et décidez".
Lundi 10.
Plus rien. Passé le week-end au Havre, soleil samedi, pluie dimanche. Rolande doit être partie ce matin pour passer une semaine avec Claudine. Jehan-Bernard, qui lui téléphonait tous les jours, ne le fait plus. Marcel lui a écrit jeudi soir. Cet après-midi, n'y tenant plus, il lui téléphone. Jehan-Bernard le remercie pour sa lettre et lui promet de lui répondre. Dimanche, lors du week-end au château de M. il a fait un voeu en entrant dans une église. Marcel lui demande de lui faire part de la nature de ce voeu. "Je te le dirai dans ma lettre" répond-il.
Elle arrive jeudi midi, le 13. Jehan-Bernard écrit que Marcel "l'aime". Celui-ci répond aussitôt : "Je ne t'aime pas et ne t'aimerai sans doute jamais... Je pense à toi avec tendresse, avec émotion, avec amertume aussi... Je n'ai pas l'habitude de perdre mon temps à soupirer pour quelqu'un qui habite à plus de 100kms de chez moi... Je voudrais te voir tous les jours, te parler... Celà n'est pas possible. Point à la ligne".
La veille, mercredi soir, il avait revu David, qui était resté une demi-heure à le serrer dans ses bras. Très détendus, ils avaient plaisanté tout le long du parcours du retour.
Week-end du 14 juillet au Havre. Durant trois jours, Marcel ne fait que boire : punch, scotch, vermouth, gin, cognac. Il s'engueule samedi soir avec Claudine. Ils vont draguer chacun de leur côté, et Marcel fait l'amour dans une voiture avec un barbu prénommé Serge d'une grande tendresse.
Après-midi sur la plage, courses avec Rolande. Retour à Rouen.
Lundi 17.
Coup de fil, d'abord de M.C., qui veut l'inviter au château de M. pour le week-end. Sachant que Tim sera là, il accepte. Puis de Jehan-Bernard, qui a passé une semaine effroyable et qui n'a pas encore reçu sa lettre. Orage.
Les événements, de nouveau, se déchaînent. Il apprend, par Jehan-Bernard, que M.C. a essayé de mettre la main sur un mec (Joel) qui est actuellement à Caen et que, n'ayant pas obtenu ce qu'il voulait, il s'est rabattu sur lui. Marcel rappelle M.C. pour lui dire qu'il n'ira pas au château samedi.
Samedi 22.
Il est au Havre, chez Claudine, où il emmène deux hommes : Willy et Patrice. Ce dernier est un jeune, présentant beau et disponible, dont il compte bien se servir pour assumer sa vengeance. En attendant, il leur passe des diapos, leur offre à boire, et flirte avec Patrice. Claudine, qui n'était pas là, les rejoint à 2h du matin. Ils écoutent de la musique.
Le lendemain (dimanche 23) Marcel élabore son plan. Willy vient prendre l'apéritif et repart. Marcel l'invite à venir prendre le thé à 17h avec son chien. Patrice arrive vers 14h, déjeune avec eux. L'après-midi, Marcel fait l'amour avec lui pendant que Claudine va chercher Willy. Après s'être assuré que Patrice est un bon amant, il lui parle de M.C. et lui met l'eau à la bouche. Willy et Claudine les rejoignent. A 18h Marcel mange en vitesse et quitte Claudine après lui avoir vaguement expliqué son plan.
Lundi 26 juin.
Les événements se précipitent, dès son retour à Rouen. Jehan-Bernard, qui lui a envoyé lettres et télégramme, rapplique le soir (Café de la Poste) et se hâte de lui présenter un violoniste, M.C., qui sort paraît-il de dépression. L'accompagnent : Burt, américain, et son ami Christophe. M.C. parle déjà de travail et de coopération. Sceptique, Marcel observe Jehan-Bernard et se demande à quel jeu il joue...
Mardi 27.
Il déménage de la rue des Sapins pour atterrir rue Jean Revel.
Mercredi 28.
Il dine, le soir, avec M.C. à l'Ecu de France. M.C. parle beaucoup de lui et de la dépression qu'il a eue après son aventure (sa liaison, plutôt) avec un garçon qui l'a quitté. M.C. lui apparaît comme un mélange mal dilué de couardise, de snobisme et de sincérité.
Jeudi 29.
Claudine vient le voir à 18h, refuse d'entendre parler de Jehan-Bernard. Ils se font la gueule avec un ensemble parfait.
Vendredi 30.
Il prend le train pour Caen. M.C. l'attend à la gare et le conduit au château de M. où il est invité pour le week-end. Burt est là, très séduisant. M.C. que le sexe, paraît-il, ennuie, n'arrête pas de draguer Marcel. Celui-ci ferme la porte de sa chambre à clé. Jehan-Bernard et Christophe arrivent le lendemain. "Bon sang! se demande Marcel, qu'est-ce que Jehan-Bernard manigance? Veut-il que je tombe dans les bras de M.C.? Que je plaque tout pour le suivre?". Il erre dans le château, soudain seul, parmi les oeuvres d'art. Les livres de Tim, le fils de la propriétaire (absent) sont morbides à souhait : sodomies et meurtres (Gilles de Raie), homosexualité et camps de concentration (Piepel).
Lundi 3 juillet.
Marcel écrit à Jehan-Bernard pour qu'il lui ménage un rendez-vous avec Tim. Cet homme, qu'il ne connaît pas, l'attire. Et lui seul pourra lui donner des précisions sur la vie professionnelle de M.C.
Coup de téléphone, l'après-midi, de M.C. Il veut le voir cette semaine. Marcel refuse.
Il rentre chez lui, écrit une carte pour Francesco. Il va la poster à la gare. Il est 21h. Il remarque la Jaguar de Georges. Il est dans sa voiture. Marcel fait celui qui ne l'a pas vu mais il sort et va au-devant de lui. Ils parlent. Georges lui demande de monter. Il va refuser, mais il y a une telle intensité dans son regard qu'il accepte. Au moins, avec lui, il sait ce qui va lui arriver. Dans la campagne, l'homme lui frappe les fesses "Allons! Continue! Je sais que tu peux faire mieux que ça!". Sur le retour, satisfaits, ils parlent de l'Italie, le plus tranquillement du monde.
Mardi 4.
Il envoie une lettre à M.C. pour lui faire part de ses exigences : "J'accepte de travailler pour vous, mais je refuse de partager votre lit. Réfléchissez, et décidez".
Lundi 10.
Plus rien. Passé le week-end au Havre, soleil samedi, pluie dimanche. Rolande doit être partie ce matin pour passer une semaine avec Claudine. Jehan-Bernard, qui lui téléphonait tous les jours, ne le fait plus. Marcel lui a écrit jeudi soir. Cet après-midi, n'y tenant plus, il lui téléphone. Jehan-Bernard le remercie pour sa lettre et lui promet de lui répondre. Dimanche, lors du week-end au château de M. il a fait un voeu en entrant dans une église. Marcel lui demande de lui faire part de la nature de ce voeu. "Je te le dirai dans ma lettre" répond-il.
Elle arrive jeudi midi, le 13. Jehan-Bernard écrit que Marcel "l'aime". Celui-ci répond aussitôt : "Je ne t'aime pas et ne t'aimerai sans doute jamais... Je pense à toi avec tendresse, avec émotion, avec amertume aussi... Je n'ai pas l'habitude de perdre mon temps à soupirer pour quelqu'un qui habite à plus de 100kms de chez moi... Je voudrais te voir tous les jours, te parler... Celà n'est pas possible. Point à la ligne".
La veille, mercredi soir, il avait revu David, qui était resté une demi-heure à le serrer dans ses bras. Très détendus, ils avaient plaisanté tout le long du parcours du retour.
Week-end du 14 juillet au Havre. Durant trois jours, Marcel ne fait que boire : punch, scotch, vermouth, gin, cognac. Il s'engueule samedi soir avec Claudine. Ils vont draguer chacun de leur côté, et Marcel fait l'amour dans une voiture avec un barbu prénommé Serge d'une grande tendresse.
Après-midi sur la plage, courses avec Rolande. Retour à Rouen.
Lundi 17.
Coup de fil, d'abord de M.C., qui veut l'inviter au château de M. pour le week-end. Sachant que Tim sera là, il accepte. Puis de Jehan-Bernard, qui a passé une semaine effroyable et qui n'a pas encore reçu sa lettre. Orage.
Les événements, de nouveau, se déchaînent. Il apprend, par Jehan-Bernard, que M.C. a essayé de mettre la main sur un mec (Joel) qui est actuellement à Caen et que, n'ayant pas obtenu ce qu'il voulait, il s'est rabattu sur lui. Marcel rappelle M.C. pour lui dire qu'il n'ira pas au château samedi.
Samedi 22.
Il est au Havre, chez Claudine, où il emmène deux hommes : Willy et Patrice. Ce dernier est un jeune, présentant beau et disponible, dont il compte bien se servir pour assumer sa vengeance. En attendant, il leur passe des diapos, leur offre à boire, et flirte avec Patrice. Claudine, qui n'était pas là, les rejoint à 2h du matin. Ils écoutent de la musique.
Le lendemain (dimanche 23) Marcel élabore son plan. Willy vient prendre l'apéritif et repart. Marcel l'invite à venir prendre le thé à 17h avec son chien. Patrice arrive vers 14h, déjeune avec eux. L'après-midi, Marcel fait l'amour avec lui pendant que Claudine va chercher Willy. Après s'être assuré que Patrice est un bon amant, il lui parle de M.C. et lui met l'eau à la bouche. Willy et Claudine les rejoignent. A 18h Marcel mange en vitesse et quitte Claudine après lui avoir vaguement expliqué son plan.
dimanche 12 juillet 2009
La (petite) vie de Marcel -47
Marcel s'envoie en l'air à Venise.
Marcel devait tenir un journal, au jour le jour, concernant ses vacances à Venise. Il l'a fait, mais en se relisant il n'était plus d'accord, un jour après. Alors comment faire? Celà se terminait le dimanche 18 juin, avec : "Je suis définitivement réconcilié avec Venise et les Vénitiens". Ah oui! Quelle journée, ce dimanche! Dans le train du retour, jeudi 22, il s'est mis à chialer comme ça ne lui était pas arrivé depuis belle lurette! Oh, ça n'a pas duré bien longtemps, mais quelle crise! Claudine a préféré s'eclipser du compartiment. La veille, mercredi soir, il avait revu Franco, son amant vénitien, et ils avaient fait l'amour dans l'herbe et les orties, près d'une église avec cloître qu'il ne connaissait pas (Santa Elena) et Franco lui avait redit les mots qu'il avait le plus entendu dans sa bouche : "Aaaah! Maaarcel! Maaarcel! Merveilleux!".
Pourtant, Marcel ne souhaitait pas avoir d'amant italien, mais Jehan-Bernard lui ayant fait d'absurdes recommandations sur lettre avant de partir, et le destin s'en étant mêlé, il avait décidé de céder à la tentation qu'on lui offrait.
D'abord, il faut dire, pour être franc, qu'il avait trouvé les mâles vénitiens très orgueilleux, très fiers de leurs fesses et de leur queue. Le courant de sympathie ne s'est pas fait tout de suite. En fait, il n'était pas très à son aise. Plairait-il ou ne plairait-il pas à ces mecs qui semblaient... Plus tard, ce fameux dimanche 18, place Saint Marc, lorsqu'il s'ouvrit à son deuxième amant italien, Francesco, et que devant son ami un peu "pazza", il avait eu l'incronguité de s'écrier : "J'ai l'impression que les italiens aiment beaucoup trop les femmes!". Regards et fou-rires des deux autres. Francesco se tourna vers lui et lui dit : "Ecoute. Une fois je voulais faire l'amour avec un garçon. D'accord, me dit-il, je vais d'abord conduire ma fiancée à la casa, ensuite je vais revenir faire l'amour avec toi". Et son copain d'ajouter : "A minuit tous les vénitiens reviennent place Saint Marc, sans leur fiancée, et ils font alors ce qui leur plaît". Et il entraîna Marcel voir un escalier, du côté du Rialto, et en profita pour lui peloter les fesses dans les ruelles obscures.
C'est lundi 5 que Franco le regarda pour la première fois. Et quel regard! Cheveux châtains, yeux bleus. Dans son kiosque à journaux, Fondamente Nuove. Regard franc, direct, rempli de désir. Marcel était avec Claudine. Ils revenaient des iles. Mais une bonne semaine passera avant que Marcel se décide à aller lui parler. Le samedi 17, sous la Torre dell'Orlogio, un autre regard bleu le croisa, soutint le sien, revint à la charge. Avec une franche naïveté qui le séduisit. Entre temps, il avait fait l'amour avec Franco. Claudine n'était pas là le jour de cette seconde rencontre, elle faisait les magasins. L'homme était grand, front dégarni, cheveux gris-blancs légèrement dans le cou, veste de daim, jean's. Une chaleur humaine considérable. Ils allèrent se promener jusqu'à La Fenice, virent les gens sortir (concert symphonique) et puis ils errèrent dans les rues. Il lut dans les yeux de Francesco un désir plus calme que celui de Franco. Etreintes sous les ponts. Muscles des cuisses tendus. Regards comme éblouis.
Lundi 12, premier jour de pluie. Marrant de voir les vénitiens en chemisette avec leurs pépins de couleur. Première lettre de Jehan-Bernard. Marcel et Claudine vont à Murano. En revenant, l'homme du kiosque à journaux le fixe de nouveau. Il va le voir le lendemin, vers 18h, et met un bon quart d'heure avant de se décider à lui adresser la parole. Pourquoi? Il n'y a aucune ambiguité dans l'attitude de l'homme : il feuillette distraitement un illustré en essayant de cacher la boursouflure de sa braguette. Il voudrait le voir le soir-même, mais Marcel remet leur rendez-vous au lendemain. "Aaaah! Maaarcel! Maaarcel! Merveilleux!". Un coin désert, sur l'herbe. Quelques passants égarés. Franco insiste pour le revoir.
Dimanche 18. Défilé et journée historique. Le défilé n'est pas terrible, mais il y a beaucoup de monde. Marcel est en forme. Francesco arrive, lui demande de venir faire l'amour tout de suite chez lui. Il refuse car il a promis à Claudine d'aller la retrouver place Saint Marc pour visiter la basilique. Un ami de Francesco, Pietro, arrive, puis un autre, assez déluré, qui lui donne sa glace à sucer. Un ami de Pietro, poilu, s'arrête et lui dit qu'il est "bello". Marcel s'amuse, va retrouver Claudine. Dans le vaporetto, en revenant le soir de chez Francesco avec qui il a fait l'amour, il surprend le regard du conducteur qui le fixe longuement. Il pense se tromper, mais chaque fois qu'il pose les yeux sur lui, son regard n'en finit pas, et Marcel doit baisser les yeux le premier. Une fois à l'hôtel, Claudine se fout de lui lorsqu'il lui fait part de ses impressions.
Lundi 19. Un américain lui demande de venir coucher avec lui au Danieli. Mais Marcel refuse : il n'a pas envie de parler anglais, il est en Italie pour parler italien. Comme le mec est vexé, Marcel se paye le luxe de lui offrir un pot au Florian. L'autre jour, Franco lui a dit, en français : "Il pleut!" et il lui a répondu : "Non e vero. E un sogno di te". Franco a éclaté de rire, a répété sa phrase et l'a entraîné dans un coin pour l'embrasser à pleine bouche.
Thomas Schippers dirige "La Traviata" à La Fenice. Fougue et passion. Mais, comme dirait Jacques Bourgeois, La Traviata n'est pas un opéra de chef d'orchestre. Beverly Sills rayonne. Son intelligence scénique et musicale font oublier, d'après Claudine, une voix un peu trop légère pour le rôle. Une autre américaine, Beverly Wolf, se fait remarquer dans le "Requiem", dirigé à nouveau par Schippers. Derrière Marcel, soudain, un italien le regarde fixement. Yeux bleus. C'est Franco! Il est avec sa femme. Claudine n'arrête pas de faire des signes bizarres.
"Andiam" dit Franco. Ils vont au cinéma de l'Arsenal. Un cinéma affreux. Du porno et des sièges abîmés. "On ne peut pas se taper tous les jours La Fenice" se dit Marcel, alors que son amant a ouvert sa braguette et sorti son engin. Le dernier rendez-vous sera la veille de son départ. Ils n'arriveront pas à trouver un coin tranquille. A chaque fois Franco se redressera, le pantalon baissé, et criera, dans la nuit chaude "Assassino!" à quelque passant isolé qui reluque leurs ébats.
Le train arrive à Milan, dans la chaleur étouffante de l'après-midi. C'est fini. Marcel est calme, vide, déjà bouffé par les souvenirs. Pendant que Claudine achète des magazines, il va dans les toilettes de la gare. Un italien se met tranquillement à côté de lui et branle sa queue dressée en le regardant. Obsédés, les italiens?
Marcel devait tenir un journal, au jour le jour, concernant ses vacances à Venise. Il l'a fait, mais en se relisant il n'était plus d'accord, un jour après. Alors comment faire? Celà se terminait le dimanche 18 juin, avec : "Je suis définitivement réconcilié avec Venise et les Vénitiens". Ah oui! Quelle journée, ce dimanche! Dans le train du retour, jeudi 22, il s'est mis à chialer comme ça ne lui était pas arrivé depuis belle lurette! Oh, ça n'a pas duré bien longtemps, mais quelle crise! Claudine a préféré s'eclipser du compartiment. La veille, mercredi soir, il avait revu Franco, son amant vénitien, et ils avaient fait l'amour dans l'herbe et les orties, près d'une église avec cloître qu'il ne connaissait pas (Santa Elena) et Franco lui avait redit les mots qu'il avait le plus entendu dans sa bouche : "Aaaah! Maaarcel! Maaarcel! Merveilleux!".
Pourtant, Marcel ne souhaitait pas avoir d'amant italien, mais Jehan-Bernard lui ayant fait d'absurdes recommandations sur lettre avant de partir, et le destin s'en étant mêlé, il avait décidé de céder à la tentation qu'on lui offrait.
D'abord, il faut dire, pour être franc, qu'il avait trouvé les mâles vénitiens très orgueilleux, très fiers de leurs fesses et de leur queue. Le courant de sympathie ne s'est pas fait tout de suite. En fait, il n'était pas très à son aise. Plairait-il ou ne plairait-il pas à ces mecs qui semblaient... Plus tard, ce fameux dimanche 18, place Saint Marc, lorsqu'il s'ouvrit à son deuxième amant italien, Francesco, et que devant son ami un peu "pazza", il avait eu l'incronguité de s'écrier : "J'ai l'impression que les italiens aiment beaucoup trop les femmes!". Regards et fou-rires des deux autres. Francesco se tourna vers lui et lui dit : "Ecoute. Une fois je voulais faire l'amour avec un garçon. D'accord, me dit-il, je vais d'abord conduire ma fiancée à la casa, ensuite je vais revenir faire l'amour avec toi". Et son copain d'ajouter : "A minuit tous les vénitiens reviennent place Saint Marc, sans leur fiancée, et ils font alors ce qui leur plaît". Et il entraîna Marcel voir un escalier, du côté du Rialto, et en profita pour lui peloter les fesses dans les ruelles obscures.
C'est lundi 5 que Franco le regarda pour la première fois. Et quel regard! Cheveux châtains, yeux bleus. Dans son kiosque à journaux, Fondamente Nuove. Regard franc, direct, rempli de désir. Marcel était avec Claudine. Ils revenaient des iles. Mais une bonne semaine passera avant que Marcel se décide à aller lui parler. Le samedi 17, sous la Torre dell'Orlogio, un autre regard bleu le croisa, soutint le sien, revint à la charge. Avec une franche naïveté qui le séduisit. Entre temps, il avait fait l'amour avec Franco. Claudine n'était pas là le jour de cette seconde rencontre, elle faisait les magasins. L'homme était grand, front dégarni, cheveux gris-blancs légèrement dans le cou, veste de daim, jean's. Une chaleur humaine considérable. Ils allèrent se promener jusqu'à La Fenice, virent les gens sortir (concert symphonique) et puis ils errèrent dans les rues. Il lut dans les yeux de Francesco un désir plus calme que celui de Franco. Etreintes sous les ponts. Muscles des cuisses tendus. Regards comme éblouis.
Lundi 12, premier jour de pluie. Marrant de voir les vénitiens en chemisette avec leurs pépins de couleur. Première lettre de Jehan-Bernard. Marcel et Claudine vont à Murano. En revenant, l'homme du kiosque à journaux le fixe de nouveau. Il va le voir le lendemin, vers 18h, et met un bon quart d'heure avant de se décider à lui adresser la parole. Pourquoi? Il n'y a aucune ambiguité dans l'attitude de l'homme : il feuillette distraitement un illustré en essayant de cacher la boursouflure de sa braguette. Il voudrait le voir le soir-même, mais Marcel remet leur rendez-vous au lendemain. "Aaaah! Maaarcel! Maaarcel! Merveilleux!". Un coin désert, sur l'herbe. Quelques passants égarés. Franco insiste pour le revoir.
Dimanche 18. Défilé et journée historique. Le défilé n'est pas terrible, mais il y a beaucoup de monde. Marcel est en forme. Francesco arrive, lui demande de venir faire l'amour tout de suite chez lui. Il refuse car il a promis à Claudine d'aller la retrouver place Saint Marc pour visiter la basilique. Un ami de Francesco, Pietro, arrive, puis un autre, assez déluré, qui lui donne sa glace à sucer. Un ami de Pietro, poilu, s'arrête et lui dit qu'il est "bello". Marcel s'amuse, va retrouver Claudine. Dans le vaporetto, en revenant le soir de chez Francesco avec qui il a fait l'amour, il surprend le regard du conducteur qui le fixe longuement. Il pense se tromper, mais chaque fois qu'il pose les yeux sur lui, son regard n'en finit pas, et Marcel doit baisser les yeux le premier. Une fois à l'hôtel, Claudine se fout de lui lorsqu'il lui fait part de ses impressions.
Lundi 19. Un américain lui demande de venir coucher avec lui au Danieli. Mais Marcel refuse : il n'a pas envie de parler anglais, il est en Italie pour parler italien. Comme le mec est vexé, Marcel se paye le luxe de lui offrir un pot au Florian. L'autre jour, Franco lui a dit, en français : "Il pleut!" et il lui a répondu : "Non e vero. E un sogno di te". Franco a éclaté de rire, a répété sa phrase et l'a entraîné dans un coin pour l'embrasser à pleine bouche.
Thomas Schippers dirige "La Traviata" à La Fenice. Fougue et passion. Mais, comme dirait Jacques Bourgeois, La Traviata n'est pas un opéra de chef d'orchestre. Beverly Sills rayonne. Son intelligence scénique et musicale font oublier, d'après Claudine, une voix un peu trop légère pour le rôle. Une autre américaine, Beverly Wolf, se fait remarquer dans le "Requiem", dirigé à nouveau par Schippers. Derrière Marcel, soudain, un italien le regarde fixement. Yeux bleus. C'est Franco! Il est avec sa femme. Claudine n'arrête pas de faire des signes bizarres.
"Andiam" dit Franco. Ils vont au cinéma de l'Arsenal. Un cinéma affreux. Du porno et des sièges abîmés. "On ne peut pas se taper tous les jours La Fenice" se dit Marcel, alors que son amant a ouvert sa braguette et sorti son engin. Le dernier rendez-vous sera la veille de son départ. Ils n'arriveront pas à trouver un coin tranquille. A chaque fois Franco se redressera, le pantalon baissé, et criera, dans la nuit chaude "Assassino!" à quelque passant isolé qui reluque leurs ébats.
Le train arrive à Milan, dans la chaleur étouffante de l'après-midi. C'est fini. Marcel est calme, vide, déjà bouffé par les souvenirs. Pendant que Claudine achète des magazines, il va dans les toilettes de la gare. Un italien se met tranquillement à côté de lui et branle sa queue dressée en le regardant. Obsédés, les italiens?
samedi 11 juillet 2009
La (petite) vie de Marcel -46
Marcel se prépare à partir en vacances.
Mardi 23 mai.
Comme Marcel s'ennuie à la gare, qu'il faut y aller trop tard, et que les flics et les voyous commencent à bien l'y repérer, il sort plus tôt, à 21h, et retourne à la rue du Baillage.
Ce soir, il est accosté par un 27. Comme le mec marche devant lui, il a le temps d'apprécier le volume de ses fesses. Rue des Sapins, il révèle une poitrine velue et beaucoup d'affection. Leur jouissance étant partagée, ils décident de se revoir un jour. Il s'appelle Robert, et il travaille au Centre Hospitalier d'Elbeuf.
Vendredi 26.
Marcel est énervé. Robert lui a téléphoné pour lui annoncer qu'il ne pourrait pas venir le voir le lendemain, samedi soir. Il est sûr qu'il y met de la mauvaise volonté. Hier soir, il a rencontré un Grenoblois, et depuis il a mal au ventre. De plus, ses voisins ont fait une "omelette partie" qui a tourné à la foire. Rolande se fout de sa gueule après le coup de fil de Robert, et ensuite sur le fait que ça lui "passera sous le nez" samedi soir. Il hésite : aller au Havre? aller à Paris samedi matin? Mais c'est pas mal de fric pour pas grand-chose! Plus que le fric et le temps, son horoscope est incertain jusqu'à demain 15h. Il décide de téléphoner à Claudine, s'y prend trop tard : la Poste est fermée, et il n'y met pas assez de conviction. Rolande part au Havre, avec sa valise et ses règles. Elle aussi, ça lui passera sous le nez! Ce matin, Martin lui a téléphoné. Paraît-il qu'il aurait invité Marcel à prendre l'apéritif s'il était venu avec elle!
Mais s'il ne va pas à Paris, du moins Paris viendra-t-il à lui, et malgré les dires de Rolande, il ne fera pas ceinture. Le parisien du samedi 4 mars se radine à la gare. Il part sans qu'ils aient pu échanger un seul mot. Méfiance? Marcel se dit que l'homme n'a plus envie de lui. C'est faux puisqu'à 23h il vient à lui et lui demande de monter dans sa voiture. Dans le lit il tient absolument, comme la fois précédente, à lui faire partager les bienfaits d'une sexualité complice. C'est bien gentil de sa part. Comme Marcel se lève ensuite pour faire un brin de toilette, il surveille du coin de l'oeil ce que l'homme va faire : se rhabiller en vitesse? baîller et compter les mouches au plafond (il n'y en a qu'une)? Non : il s'enfonce dans le lit et l'attend. Marcel se couche dans ses bras et éteint la lumière.
Il ne se réveillera le lendemain qu'à 8h15. Pendant qu'il dort, Marcel l'observe, tôt le matin : il a un menton volontaire, des muscles longs et fins. Il a de la classe. Bien entendu, il ne s'appelle pas comme tout le monde : Walter. Il le quitte pour aller à Dieppe, chez ses parents.
Samedi 27.
Insatisfaction. Passagère, espère-t-il. Due à Walter, en tout cas. Voilà un homme qui ne se pose pas de questions : il arrive, il drague, il couche, il s'endort et il repart le lendemain chez ses parents, frais et dispos. Marcel se console avec un autre habitant d'Elbeuf, un certain Jean-Claude. Mais hélas, il n'a pas les belles fesses de Robert, et ne possède pas l'art et la manière de Walter. Alors, après avoir supporté son baratin sentimental pendant une heure, il l'expédie rapidement car il a envie de dormir seul, pour peut-être rêver à ses deux amants qui lui avaient procuré tant de plaisir!
Lundi 29.
Les vacances approchent, et Marcel veut se déchaîner avant de partir.
Tandis qu'un 22, cheveux grisonnants, voiture jaune, cherche, il se fait suivre par un petit type qui est un ami d'une folle qu'il rencontrait souvent rue du Baillage. Présentations. Le petit type, Jehan-Bernard, lui parle de coup de foudre. Il parle aussi -trop peu- de Walter, qu'il connaît, qui a 33 ans et une liaison. Marcel voudrait en savoir davantage mais préfère rester discret. En tout cas, Jehan-Bernard connaît beaucoup de monde. Les voilà arrivés dans la chambre de Joel -la folle- dans un hôtel-restaurant de la rue de Joyeuse (patron "comme ça" précise Jehan-Bernard) Marcel échange avec ce dernier une partie de fausses confidences, alors que les autres -Joel et un autre homme- les croient au lit. Mais si Marcel est tenté par le physique de Jehan-Bernard (trop petit mais super-musclé) il préfère garder ses distances car le mec est très intelligent, et connaît parfaitement le monde interlope des invertis et des bisexuels bourgeoisement établis. Faire l'amour avec lui trop vite serait peut-être le perdre et ne plus bénéficier de ses savants conseils. Les chers petits le raccompagnent donc jusque devant chez lui après un échange d'adresses, de numéros de téléphone et de savants baisers. Marcel reste toutefois sur sa faim car il aurait bien aimé finir sa nuit avec l'homme qui se trouvait avec la folle, un 14 (Calvados), que Jehan-Bernard appelle "le forain" et qui a, paraît-il, des "fesses de jument". Peut-être un autre soir?
Mardi 30.
Déjeuner au Café de la Poste, tous les trois : Rolande, Claudine et Marcel. Claudine va à la banque faire le change de l'argent français et achète l'eau de Cologne Monsieur de Chanel pendant que Marcel cherche une valise. Rolande a passé avec Martin un triste week-end au Havre. Elle lui a écrit hier et, aujourd'hui, elle a attendue, nerveuse et lassée mais folle d'un espoir destructeur, son coup de fil. Silence. Le téléphone a sonné, mais pour Marcel, de la part de Jehan-Bernard. Il lui envoie une carte postale de Caen, et sa photo. "Attendons, se dit Marcel. Rien ne presse de ce côté-là".
Dialogue avec un petit bourgeois. Il est 22h passées. Une 204 coupée tourne autour de lui, rue du Baillage, et va se garer dans un coin sombre. Monsieur ne descend pas. Marcel l'aborde.
Marcel : Vous faites toujours comme ça, lorsque vous draguez?
Pas de réponse. Il ouvre la portière pour le faire monter.
Lui : Peut-on aller chez vous?
Marcel : Oui, mais pas tout de suite.
Lui : A quelle heure?
Marcel : 23 h. Vous êtes pressé?
Il dit non, puis il se gratte la tête.
Lui : C'est-à-dire...Il faut que je me lève de bonne heure pour aller travailler...
Marcel : Moi aussi.
Lui : Mais...je ne travaille pas à Rouen.
Marcel : Où travaillez-vous?
Lui : au Havre.
Marcel (sourire ironique) : Le Havre? Ce n'est pas loin! Mais si vous êtes pressé, moi j'ai tout mon temps. Alors bonsoir.
Il sort de la voiture, le mec ne le retient pas. Deux superbes italiens, la trentaine passée, virils, grands et bien bâtis, moulés dans des pantalons seyants, roulent leurs fesses en marchant. Ils passent. Marcel rentre à pied.
Mercredi 31.
Coup de fil de Jacques.
Marcel : Tiens! Un revenant!
Jacques : Un revenant? (il ne comprend pas) Que fais-tu ce soir?
Marcel : Je vais au cinéma.
Jacques : On peut se voir après?
Marcel : Non.
Jacques : Non?
Marcel : Non. En général, je ne reste pas un mois sans téléphoner à mes amis.
Jacques : Ca ne fait pas un mois!
Marcel : Si! Je pars en vacances demain soir. Je n'ai pas l'intention de me disputer avec toi au téléphone. Je te dis adieu. C'est tout.
Il raccroche. Rolande jubile.
Le soir, cinéma : "Macbeth" de Polanski. Beaucoup de sang. Une salle hilare. Aucune fascination, mais quelques bons moments. Pas de sauvetage possible. Dommage.
En rentrant, véhiculé par un autre parisien en Mercedes que Marcel laisse à la grille, il trouve une longue lettre très amoureuse de Jehan-Bernard, avec sa photo.
Pourquoi, dans la scène de somnambulisme, avoir montré Lady Macbeth à poil? Elle a des fesses horribles.
Vacances. VENEZIA.
Mardi 23 mai.
Comme Marcel s'ennuie à la gare, qu'il faut y aller trop tard, et que les flics et les voyous commencent à bien l'y repérer, il sort plus tôt, à 21h, et retourne à la rue du Baillage.
Ce soir, il est accosté par un 27. Comme le mec marche devant lui, il a le temps d'apprécier le volume de ses fesses. Rue des Sapins, il révèle une poitrine velue et beaucoup d'affection. Leur jouissance étant partagée, ils décident de se revoir un jour. Il s'appelle Robert, et il travaille au Centre Hospitalier d'Elbeuf.
Vendredi 26.
Marcel est énervé. Robert lui a téléphoné pour lui annoncer qu'il ne pourrait pas venir le voir le lendemain, samedi soir. Il est sûr qu'il y met de la mauvaise volonté. Hier soir, il a rencontré un Grenoblois, et depuis il a mal au ventre. De plus, ses voisins ont fait une "omelette partie" qui a tourné à la foire. Rolande se fout de sa gueule après le coup de fil de Robert, et ensuite sur le fait que ça lui "passera sous le nez" samedi soir. Il hésite : aller au Havre? aller à Paris samedi matin? Mais c'est pas mal de fric pour pas grand-chose! Plus que le fric et le temps, son horoscope est incertain jusqu'à demain 15h. Il décide de téléphoner à Claudine, s'y prend trop tard : la Poste est fermée, et il n'y met pas assez de conviction. Rolande part au Havre, avec sa valise et ses règles. Elle aussi, ça lui passera sous le nez! Ce matin, Martin lui a téléphoné. Paraît-il qu'il aurait invité Marcel à prendre l'apéritif s'il était venu avec elle!
Mais s'il ne va pas à Paris, du moins Paris viendra-t-il à lui, et malgré les dires de Rolande, il ne fera pas ceinture. Le parisien du samedi 4 mars se radine à la gare. Il part sans qu'ils aient pu échanger un seul mot. Méfiance? Marcel se dit que l'homme n'a plus envie de lui. C'est faux puisqu'à 23h il vient à lui et lui demande de monter dans sa voiture. Dans le lit il tient absolument, comme la fois précédente, à lui faire partager les bienfaits d'une sexualité complice. C'est bien gentil de sa part. Comme Marcel se lève ensuite pour faire un brin de toilette, il surveille du coin de l'oeil ce que l'homme va faire : se rhabiller en vitesse? baîller et compter les mouches au plafond (il n'y en a qu'une)? Non : il s'enfonce dans le lit et l'attend. Marcel se couche dans ses bras et éteint la lumière.
Il ne se réveillera le lendemain qu'à 8h15. Pendant qu'il dort, Marcel l'observe, tôt le matin : il a un menton volontaire, des muscles longs et fins. Il a de la classe. Bien entendu, il ne s'appelle pas comme tout le monde : Walter. Il le quitte pour aller à Dieppe, chez ses parents.
Samedi 27.
Insatisfaction. Passagère, espère-t-il. Due à Walter, en tout cas. Voilà un homme qui ne se pose pas de questions : il arrive, il drague, il couche, il s'endort et il repart le lendemain chez ses parents, frais et dispos. Marcel se console avec un autre habitant d'Elbeuf, un certain Jean-Claude. Mais hélas, il n'a pas les belles fesses de Robert, et ne possède pas l'art et la manière de Walter. Alors, après avoir supporté son baratin sentimental pendant une heure, il l'expédie rapidement car il a envie de dormir seul, pour peut-être rêver à ses deux amants qui lui avaient procuré tant de plaisir!
Lundi 29.
Les vacances approchent, et Marcel veut se déchaîner avant de partir.
Tandis qu'un 22, cheveux grisonnants, voiture jaune, cherche, il se fait suivre par un petit type qui est un ami d'une folle qu'il rencontrait souvent rue du Baillage. Présentations. Le petit type, Jehan-Bernard, lui parle de coup de foudre. Il parle aussi -trop peu- de Walter, qu'il connaît, qui a 33 ans et une liaison. Marcel voudrait en savoir davantage mais préfère rester discret. En tout cas, Jehan-Bernard connaît beaucoup de monde. Les voilà arrivés dans la chambre de Joel -la folle- dans un hôtel-restaurant de la rue de Joyeuse (patron "comme ça" précise Jehan-Bernard) Marcel échange avec ce dernier une partie de fausses confidences, alors que les autres -Joel et un autre homme- les croient au lit. Mais si Marcel est tenté par le physique de Jehan-Bernard (trop petit mais super-musclé) il préfère garder ses distances car le mec est très intelligent, et connaît parfaitement le monde interlope des invertis et des bisexuels bourgeoisement établis. Faire l'amour avec lui trop vite serait peut-être le perdre et ne plus bénéficier de ses savants conseils. Les chers petits le raccompagnent donc jusque devant chez lui après un échange d'adresses, de numéros de téléphone et de savants baisers. Marcel reste toutefois sur sa faim car il aurait bien aimé finir sa nuit avec l'homme qui se trouvait avec la folle, un 14 (Calvados), que Jehan-Bernard appelle "le forain" et qui a, paraît-il, des "fesses de jument". Peut-être un autre soir?
Mardi 30.
Déjeuner au Café de la Poste, tous les trois : Rolande, Claudine et Marcel. Claudine va à la banque faire le change de l'argent français et achète l'eau de Cologne Monsieur de Chanel pendant que Marcel cherche une valise. Rolande a passé avec Martin un triste week-end au Havre. Elle lui a écrit hier et, aujourd'hui, elle a attendue, nerveuse et lassée mais folle d'un espoir destructeur, son coup de fil. Silence. Le téléphone a sonné, mais pour Marcel, de la part de Jehan-Bernard. Il lui envoie une carte postale de Caen, et sa photo. "Attendons, se dit Marcel. Rien ne presse de ce côté-là".
Dialogue avec un petit bourgeois. Il est 22h passées. Une 204 coupée tourne autour de lui, rue du Baillage, et va se garer dans un coin sombre. Monsieur ne descend pas. Marcel l'aborde.
Marcel : Vous faites toujours comme ça, lorsque vous draguez?
Pas de réponse. Il ouvre la portière pour le faire monter.
Lui : Peut-on aller chez vous?
Marcel : Oui, mais pas tout de suite.
Lui : A quelle heure?
Marcel : 23 h. Vous êtes pressé?
Il dit non, puis il se gratte la tête.
Lui : C'est-à-dire...Il faut que je me lève de bonne heure pour aller travailler...
Marcel : Moi aussi.
Lui : Mais...je ne travaille pas à Rouen.
Marcel : Où travaillez-vous?
Lui : au Havre.
Marcel (sourire ironique) : Le Havre? Ce n'est pas loin! Mais si vous êtes pressé, moi j'ai tout mon temps. Alors bonsoir.
Il sort de la voiture, le mec ne le retient pas. Deux superbes italiens, la trentaine passée, virils, grands et bien bâtis, moulés dans des pantalons seyants, roulent leurs fesses en marchant. Ils passent. Marcel rentre à pied.
Mercredi 31.
Coup de fil de Jacques.
Marcel : Tiens! Un revenant!
Jacques : Un revenant? (il ne comprend pas) Que fais-tu ce soir?
Marcel : Je vais au cinéma.
Jacques : On peut se voir après?
Marcel : Non.
Jacques : Non?
Marcel : Non. En général, je ne reste pas un mois sans téléphoner à mes amis.
Jacques : Ca ne fait pas un mois!
Marcel : Si! Je pars en vacances demain soir. Je n'ai pas l'intention de me disputer avec toi au téléphone. Je te dis adieu. C'est tout.
Il raccroche. Rolande jubile.
Le soir, cinéma : "Macbeth" de Polanski. Beaucoup de sang. Une salle hilare. Aucune fascination, mais quelques bons moments. Pas de sauvetage possible. Dommage.
En rentrant, véhiculé par un autre parisien en Mercedes que Marcel laisse à la grille, il trouve une longue lettre très amoureuse de Jehan-Bernard, avec sa photo.
Pourquoi, dans la scène de somnambulisme, avoir montré Lady Macbeth à poil? Elle a des fesses horribles.
Vacances. VENEZIA.
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