On connaît le Macbeth de Shakespeare, et l'opéra de Verdi qui en découla. On connaît moins la Lady Macbeth de Chostakovich. Pourtant, les déboires qui suivirent sa création méritent amplement le détour.
Créée à Léningrad le 22.01.1934, puis à Moscou, elle connut un succès éclatant jusqu'à ce que, en 1936, Staline se décida à l'aller voir. Très fortement choqué par les excès "hystériques" de l'héroïne et de la musique, il fit pression pour que le Parti Communiste en prononce l'interdiction.
Ce ne fut qu'en 1963 qu'elle réapparut, sous un nouveau nom "Katerina Ismailova" et un remaniement, effectué par Chostakovich lui-même, afin de la rendre moins agressive.
Cependant, Staline n'étant plus là, Rostropovich, qui était parti de Russie avec sa femme et avec le manuscrit original, put l'enregistrer à l'étranger d'une façon définitive et éclatante avec Galina Vishnevskaya, Nicolai Gedda et l'orchestre philharmonique de Londres.
C'est cet enregistrement que Petr Weigl mit en images en 1992, dans une version cinématographique dont la violence sexuelle est à la limite de la pornographie. Les deux acteurs (Markéta Hrubeÿova et Michal Dlouhy) qui doublent les voix des interprètes possèdent des physiques qui laisse le couple Pitt-Jolie à l'horizon de la fadeur. Il y a notamment une scène où une des servantes se fait agresser par une dizaine de mâles (dont le jeune héros), nus et en chaleur, qui mériterait aujourd'hui l'interdiction aux moins de 16 ans...
Lady Macbeth de Mzensk est donc, désormais, largement réhabilitée, et ce n'est que justice.
samedi 30 août 2008
jeudi 28 août 2008
Nicolas et Dmitri
Je me souviens de leur rencontre, il y a quelques jours, à Moscou : le président Sarkozy, un peu coincé, un rictus sur le visage, s'avançant vers le président Medvedev, pour essayer de régler le problème de la Georgie. Medvedev, lui, s'avance en bombant le torse, un sourire conquérant sur son jeune visage. C'est cette façon de "bomber le torse" qui m'avait frappée.
En relisant la courte mais déjà prometteuse biographie de Dmitri, j'ai compris pourquoi il arborait cette presque "insolente" attitude : il avait été, dans un passé récent, champion d'haltérophilie.
Il y a toujours une explication dans l'attitude des gens. Poutine s'était fait photographier torse nu, et les femmes russes étaient fières de leur président. Maintenant qu'il a laissé la place à son copain Medvedev, il peut se réjouir des nouveaux succès de celui-ci qui vient de reconnaître les régions séparatistes d'Ossétie du sud et d'Abkhasie.
De son côté, Sarkozy tape sur la table et crie "Ce n'est pas acceptable!". Mais il a toujours ce rictus sur le visage alors que Medvedev, lui, sourit en l'écoutant, et bombe le torse.
En relisant la courte mais déjà prometteuse biographie de Dmitri, j'ai compris pourquoi il arborait cette presque "insolente" attitude : il avait été, dans un passé récent, champion d'haltérophilie.
Il y a toujours une explication dans l'attitude des gens. Poutine s'était fait photographier torse nu, et les femmes russes étaient fières de leur président. Maintenant qu'il a laissé la place à son copain Medvedev, il peut se réjouir des nouveaux succès de celui-ci qui vient de reconnaître les régions séparatistes d'Ossétie du sud et d'Abkhasie.
De son côté, Sarkozy tape sur la table et crie "Ce n'est pas acceptable!". Mais il a toujours ce rictus sur le visage alors que Medvedev, lui, sourit en l'écoutant, et bombe le torse.
mercredi 27 août 2008
Concubines
SongLian, 19 ans, doit se résoudre à se marier. Elle a le choix entre un homme pauvre, et elle sera sa femme, ou un homme riche, et elle ne sera que l'une de ses concubines. Elle choisit un homme riche, et devient sa "quatrième épouse".
Celà ne se passe pas en France où la polygamie est, légalement, interdite, mais en Chine, dans les années 20.
Dans l'immense demeure du Maître, faite de plusieurs bâtiments reliés par des cours intérieures, SongLian doit, non seulement affronter les trois autres épouses, mais aussi ses propres démons. Le film (magnifique) de Zhang Yimou, est un labyrinthe intérieur, un réseau spirituel où l'héroïne se déplace de case en case pour expérimenter sa propre résistance face à l'ennemi. La première épouse, la plus vieille, est la garante des rites ancestraux. La seconde est la bourgeoise type : gentille en apparence mais terriblement hypocrite. La troisième représente une certaine forme de modernité : ancienne cantatrice, elle a une liaison secrète avec le jeune médecin qui fréquente la maisonnée.
SongLian comprend très vite que, sans intrigues, elle ne pourra pas garder longtemps les faveurs du Maître. Elle accaparera son attention et sa présence en faisant croire qu'elle est enceinte. Fou de joie, l'époux restera donc auprès d'elle, au grand dam des trois autres. Jusqu'à ce que la propre servante de SongLian ne découvre le pot-aux-roses et n'aille en informer la seconde épouse.
Pour la jeune femme, ce sera désormais le déclin : les lampes, qui s'allumaient devant les portes de l'épouse choisie le soir pour le plaisir du Maître, seront à jamais masquées de noir devant la sienne. Folle de rage, elle se vengera sur sa servante qui en mourra de chagrin et, le jour de ses 20 ans, ayant abusé du vin, elle accusera publiquement la troisième épouse d'adultère. La réaction sera violente, puisque cette dernière sera pendue dans une des pièces de l'immense bâtisse, tout en haut des remparts.
Se rendant compte de ses actes, SongLian sombrera dans la folie alors que la cinquième épouse fera son apparition.
Ce drame oppressant, extraordinairement bien agencé, fait penser à l'histoire de Barbe-Bleue : la nouvelle élue ouvre toutes les portes et se heurte à la dernière, où sont enfermés les fantômes du passé. SongLian, en refusant de se soumettre, connaîtra très vite (en une année, exactement) les limites de sa propre résistance mentale face aux multiples dangers d'un univers qui, jusque-là, lui était étranger.
Celà ne se passe pas en France où la polygamie est, légalement, interdite, mais en Chine, dans les années 20.
Dans l'immense demeure du Maître, faite de plusieurs bâtiments reliés par des cours intérieures, SongLian doit, non seulement affronter les trois autres épouses, mais aussi ses propres démons. Le film (magnifique) de Zhang Yimou, est un labyrinthe intérieur, un réseau spirituel où l'héroïne se déplace de case en case pour expérimenter sa propre résistance face à l'ennemi. La première épouse, la plus vieille, est la garante des rites ancestraux. La seconde est la bourgeoise type : gentille en apparence mais terriblement hypocrite. La troisième représente une certaine forme de modernité : ancienne cantatrice, elle a une liaison secrète avec le jeune médecin qui fréquente la maisonnée.
SongLian comprend très vite que, sans intrigues, elle ne pourra pas garder longtemps les faveurs du Maître. Elle accaparera son attention et sa présence en faisant croire qu'elle est enceinte. Fou de joie, l'époux restera donc auprès d'elle, au grand dam des trois autres. Jusqu'à ce que la propre servante de SongLian ne découvre le pot-aux-roses et n'aille en informer la seconde épouse.
Pour la jeune femme, ce sera désormais le déclin : les lampes, qui s'allumaient devant les portes de l'épouse choisie le soir pour le plaisir du Maître, seront à jamais masquées de noir devant la sienne. Folle de rage, elle se vengera sur sa servante qui en mourra de chagrin et, le jour de ses 20 ans, ayant abusé du vin, elle accusera publiquement la troisième épouse d'adultère. La réaction sera violente, puisque cette dernière sera pendue dans une des pièces de l'immense bâtisse, tout en haut des remparts.
Se rendant compte de ses actes, SongLian sombrera dans la folie alors que la cinquième épouse fera son apparition.
Ce drame oppressant, extraordinairement bien agencé, fait penser à l'histoire de Barbe-Bleue : la nouvelle élue ouvre toutes les portes et se heurte à la dernière, où sont enfermés les fantômes du passé. SongLian, en refusant de se soumettre, connaîtra très vite (en une année, exactement) les limites de sa propre résistance mentale face aux multiples dangers d'un univers qui, jusque-là, lui était étranger.
mardi 26 août 2008
Lady Chatterley
Je devais avoir 13 ans lorsque j'ai lu le livre. J'étais en vacances chez ma soeur, à Bordeaux. Comme elle avait 11 ans de plus que moi, elle était déjà mariée et mère de famille. Moi, j'en étais à mes premières masturbations.
Je me souviens surtout de la scène où ils se mettent des fleurs autour des parties intimes. Ma soeur était gentille et compréhensive, mais tout de même, c'était surtout dans les chiottes que je lisais le bouquin...autant dire que les waters étaient souvent occupés !
Le film de Pascale Ferran a eu les honneurs de la critique : plein de césars et de prix. C'est marrant parce que, à certains moments, les deux acteurs (Marina Hands et Jean-Louis Coulloc'h) ont des faux airs de Charlotte Rampling et de Marlon Brando, le charisme en moins. Parce que le charisme, il n'y en a pas des masses dans le contexte! Autour d'eux, c'est le désert, un désert immense : une grande maison, un parc immense, mais un seul chien, une seule bonne, et pas un seul chat. C'est d'une tristesse! Sur la pochette du DVD, cette inscription "C'est le désir qui fait tourner le monde". Non, sans blague? Je crois que je vais relire le livre, mais cette fois-ci, je ne m'enfermerai pas dans les toilettes!....
Je me souviens surtout de la scène où ils se mettent des fleurs autour des parties intimes. Ma soeur était gentille et compréhensive, mais tout de même, c'était surtout dans les chiottes que je lisais le bouquin...autant dire que les waters étaient souvent occupés !
Le film de Pascale Ferran a eu les honneurs de la critique : plein de césars et de prix. C'est marrant parce que, à certains moments, les deux acteurs (Marina Hands et Jean-Louis Coulloc'h) ont des faux airs de Charlotte Rampling et de Marlon Brando, le charisme en moins. Parce que le charisme, il n'y en a pas des masses dans le contexte! Autour d'eux, c'est le désert, un désert immense : une grande maison, un parc immense, mais un seul chien, une seule bonne, et pas un seul chat. C'est d'une tristesse! Sur la pochette du DVD, cette inscription "C'est le désir qui fait tourner le monde". Non, sans blague? Je crois que je vais relire le livre, mais cette fois-ci, je ne m'enfermerai pas dans les toilettes!....
dimanche 24 août 2008
La Passe Dangereuse - extraits
- Mais le moyen de résister à la tentation d'entendre parler de soi?
- Le mort n'a plus l'air humain. A peine peut-on imaginer qu'il ait jamais vécu.
- Quand tout est si fugitif et si vain, n'est-il pas pitoyable d'attacher un prix absurde à des futilités et de se rendre mutuellement si malheureux?
- Mais la grande affaire, c'est d'aimer, non pas d'être aimé. Eprouvons-nous même de la reconnaisance pour ceux qui nous aiment? Si nous ne partageons pas leur sentiment, ils ne réussissent qu'à nous importuner.
A propos de la vérité :
- Certains d'entre nous la cherchent dans l'opium, d'autres en Dieu, dans le whisky ou dans l'amour. C'est toujours la même poursuite, et elle ne mène nulle part.
- Pour être fort, il faut d'abord savoir se dominer.
- S'il est nécessaire parfois de mentir aux autres, il est toujours méprisable de se mentir à soi-même.
- Le mort n'a plus l'air humain. A peine peut-on imaginer qu'il ait jamais vécu.
- Quand tout est si fugitif et si vain, n'est-il pas pitoyable d'attacher un prix absurde à des futilités et de se rendre mutuellement si malheureux?
- Mais la grande affaire, c'est d'aimer, non pas d'être aimé. Eprouvons-nous même de la reconnaisance pour ceux qui nous aiment? Si nous ne partageons pas leur sentiment, ils ne réussissent qu'à nous importuner.
A propos de la vérité :
- Certains d'entre nous la cherchent dans l'opium, d'autres en Dieu, dans le whisky ou dans l'amour. C'est toujours la même poursuite, et elle ne mène nulle part.
- Pour être fort, il faut d'abord savoir se dominer.
- S'il est nécessaire parfois de mentir aux autres, il est toujours méprisable de se mentir à soi-même.
vendredi 22 août 2008
Les Rescapés (suite)
Epilogue : Sophie
Sophie quitta son livre et regarda autour d'elle : la piscine miroitait, le ciel était immaculé.
Sophie était bien la dernière personne "au monde" à lire encore des livres. Il y avait belle lurette que les livres n'existaient plus! Elle vit apparaître sa mère, dans son champ de vision. Suzy était encore très belle, elle avait cette allure des anciens mannequins, très haute, très classe, très contrôlée, et ce rouge à lèvres qui semblait abusif. De temps en temps Sophie se demandait quel âge avait sa mère, elle se posait la question et puis elle n'y pensait plus : Suzy n'avait pas d'âge, voilà tout. En fin de compte, celà la rassurait : pas d'âge, pas de problème.
"Les invités vont bientôt arriver" dit Suzy. Sophie approuva de la tête. Elle attendait l'arrivée de Marc, son père. Elle se délectait à l'avance de le voir s'avancer, avec cette démarche hésitante, un peu chaotique, qui annonçait la fin des temps. Quel âge pouvait-il bien avoir, lui aussi? Et à quel âge l'avait-il conçue? Comme elle n'était pas douée en mathématiques, elle s'en foutait un peu, mais elle trouvait ça marrant de se prendre au jeu. Après tout, un homme pouvait être fécond très longtemps... Elle se replongea dans sa lecture, sans vraiment y prendre goût, elle s'amusait plus de la vie que des vieux romans à la con qui encombraient sa bibliothèque. Brusquement, la musique envahit la piscine et la terrasse, une musique qui n'avait ni âge ni renom puisqu'elle était créée "à l'instant même" par les doigts inventeurs d'Adam, le mec rigolo à la tête chauve et au corps disloqué qui ressemblait à un échappé de l'univers cybernétique de l'an 2000. Quelle rigolade! Comme si l'an 2000 avait existé! Mais sans doute était-ce une sorte de référence.
Elle n'arrivait pas à situer le temps, le présent, le passé, le futur, puisque tout celà m'existait pas. Sa mère lui avait bien parlé d'une catastrophe planétaire, ou d'une déflagration nucléaire, mais elle n'avait aucune idée de ce que celà signifiait. Elle avait seulement du mal à dire "Hier, je me suis brossé les dents" ou "demain, j'irai marcher sur la lune" puisque ses dents se brossaient toutes seules et que la lune n'existait pas. Elle se leva tout de même, pour faire semblant de s'animer, mais son esprit était ailleurs.
Suzy regarda Marc, elle trouvait qu'il se "déglinguait". Combien de temps résisterait-il encore avant de prendre ses pilules? Elle le vit se mettre à danser sur la piste au-dessus de la piscine, et sa bouche se crispa. Elle avait beau renouveler sans arrêt la texture de son rouge à lèvres, elle n'arrivait pas à restituer la brillance d'autrefois. Ah, l'autrefois! elle y pensait souvent, mais comme elle avait exclu les rêves de son sommeil, elle n'arrivait plus à recentrer les éléments de son passé.
La musique maintenant se déferlait, provenant directement du corps d'Adam qui se dandinait avec un plaisir enjoué, faisant l'admiration des invités obnubilés par les excès de son corps mécanique, qu'on aurait cru inventé de toutes pièces par un fabricant d'automates. "Trop cool!" s'écria Sabuni en faisant son apparition. Il portait une robe tatouée de symboles hermétiques, le genre de truc que les mecs dans le genre insensé arrivent à arborer pour se faire remarquer. Aussitôt, à sa vue, Sophie se leva. Elle portait un petit ensemble très strict mais très moulant qui mettait en valeur son corps presque parfait s'il avait été conçu quelques siècles plus tôt, mais la mode n'était plus au "body perfect", elle le savait et elle en tirait d'étranges satisfactions. Elle s'élança sur la terrasse transformée en piste de danse et elle alla tout de suite se contorsionner devant Sabuni qui lui adressa un sourire.
"Les enfants s'amusent" pensa Joelle en jetant un coup d'oeil à travers sa porte-fenêtre qui donnait directement sur la terrasse. Elle pensa si fort que David, qui venait d'entrer dans la pièce, s'arrêta, un verre à la main. Il posa le verre, rempli d'une liqueur brumeuse, à côté d'elle, et attendit, conscient qu'elle allait lui parler. "Que penses-tu de tout ça?" dit-elle. Il regarda vers la terrasse. Le bruit de la musique ne lui parvenait pas. Seuls les différents danseurs gesticulaient, à la façon de pantins en rupture d'équilibre. "Adam n'est plus contrôlable, dit-il, ses neurones sont déréglés. Quant à Sabuni, je ne crois pas que ses crises mystiques puissent lui assurer un minimum de train de vie". Agacée, elle lui fit signe de sortir. Les fantômes allaient revenir. Elle ne pourrait pas lutter bien longtemps. Elle savait que, de nouveau, les coups allaient pleuvoir. Elle fit une atroce grimace. Elle ne se souvenait plus d'avoir autant souffert, et le cauchemar ne faisait que commencer.
Sophie quitta son livre et regarda autour d'elle : la piscine miroitait, le ciel était immaculé.
Sophie était bien la dernière personne "au monde" à lire encore des livres. Il y avait belle lurette que les livres n'existaient plus! Elle vit apparaître sa mère, dans son champ de vision. Suzy était encore très belle, elle avait cette allure des anciens mannequins, très haute, très classe, très contrôlée, et ce rouge à lèvres qui semblait abusif. De temps en temps Sophie se demandait quel âge avait sa mère, elle se posait la question et puis elle n'y pensait plus : Suzy n'avait pas d'âge, voilà tout. En fin de compte, celà la rassurait : pas d'âge, pas de problème.
"Les invités vont bientôt arriver" dit Suzy. Sophie approuva de la tête. Elle attendait l'arrivée de Marc, son père. Elle se délectait à l'avance de le voir s'avancer, avec cette démarche hésitante, un peu chaotique, qui annonçait la fin des temps. Quel âge pouvait-il bien avoir, lui aussi? Et à quel âge l'avait-il conçue? Comme elle n'était pas douée en mathématiques, elle s'en foutait un peu, mais elle trouvait ça marrant de se prendre au jeu. Après tout, un homme pouvait être fécond très longtemps... Elle se replongea dans sa lecture, sans vraiment y prendre goût, elle s'amusait plus de la vie que des vieux romans à la con qui encombraient sa bibliothèque. Brusquement, la musique envahit la piscine et la terrasse, une musique qui n'avait ni âge ni renom puisqu'elle était créée "à l'instant même" par les doigts inventeurs d'Adam, le mec rigolo à la tête chauve et au corps disloqué qui ressemblait à un échappé de l'univers cybernétique de l'an 2000. Quelle rigolade! Comme si l'an 2000 avait existé! Mais sans doute était-ce une sorte de référence.
Elle n'arrivait pas à situer le temps, le présent, le passé, le futur, puisque tout celà m'existait pas. Sa mère lui avait bien parlé d'une catastrophe planétaire, ou d'une déflagration nucléaire, mais elle n'avait aucune idée de ce que celà signifiait. Elle avait seulement du mal à dire "Hier, je me suis brossé les dents" ou "demain, j'irai marcher sur la lune" puisque ses dents se brossaient toutes seules et que la lune n'existait pas. Elle se leva tout de même, pour faire semblant de s'animer, mais son esprit était ailleurs.
Suzy regarda Marc, elle trouvait qu'il se "déglinguait". Combien de temps résisterait-il encore avant de prendre ses pilules? Elle le vit se mettre à danser sur la piste au-dessus de la piscine, et sa bouche se crispa. Elle avait beau renouveler sans arrêt la texture de son rouge à lèvres, elle n'arrivait pas à restituer la brillance d'autrefois. Ah, l'autrefois! elle y pensait souvent, mais comme elle avait exclu les rêves de son sommeil, elle n'arrivait plus à recentrer les éléments de son passé.
La musique maintenant se déferlait, provenant directement du corps d'Adam qui se dandinait avec un plaisir enjoué, faisant l'admiration des invités obnubilés par les excès de son corps mécanique, qu'on aurait cru inventé de toutes pièces par un fabricant d'automates. "Trop cool!" s'écria Sabuni en faisant son apparition. Il portait une robe tatouée de symboles hermétiques, le genre de truc que les mecs dans le genre insensé arrivent à arborer pour se faire remarquer. Aussitôt, à sa vue, Sophie se leva. Elle portait un petit ensemble très strict mais très moulant qui mettait en valeur son corps presque parfait s'il avait été conçu quelques siècles plus tôt, mais la mode n'était plus au "body perfect", elle le savait et elle en tirait d'étranges satisfactions. Elle s'élança sur la terrasse transformée en piste de danse et elle alla tout de suite se contorsionner devant Sabuni qui lui adressa un sourire.
"Les enfants s'amusent" pensa Joelle en jetant un coup d'oeil à travers sa porte-fenêtre qui donnait directement sur la terrasse. Elle pensa si fort que David, qui venait d'entrer dans la pièce, s'arrêta, un verre à la main. Il posa le verre, rempli d'une liqueur brumeuse, à côté d'elle, et attendit, conscient qu'elle allait lui parler. "Que penses-tu de tout ça?" dit-elle. Il regarda vers la terrasse. Le bruit de la musique ne lui parvenait pas. Seuls les différents danseurs gesticulaient, à la façon de pantins en rupture d'équilibre. "Adam n'est plus contrôlable, dit-il, ses neurones sont déréglés. Quant à Sabuni, je ne crois pas que ses crises mystiques puissent lui assurer un minimum de train de vie". Agacée, elle lui fit signe de sortir. Les fantômes allaient revenir. Elle ne pourrait pas lutter bien longtemps. Elle savait que, de nouveau, les coups allaient pleuvoir. Elle fit une atroce grimace. Elle ne se souvenait plus d'avoir autant souffert, et le cauchemar ne faisait que commencer.
jeudi 21 août 2008
La Mort au quotidien
Attentat en Algérie, soldats tués en Afghanistan, accident d'avion à Madrid...rien que pour la journée d'hier, les morts se comptent par dizaines, et ce ne sont pas des morts "naturelles". Chacun pourra évoquer le Destin, ou la Fatalité, ou encore se voiler la face en se croyant à l'abri du danger, mais la force de ces événements devenus quotidiens c'est de nous prouver combien notre personne est vulnérable, alors que l'on essaye de nous faire croire que nous sommes des champions olympiques et des maîtres à penser.
La force du Dalaï-lama, c'est son extrème fragilité. Il est le roseau pensant dont parlait Pascal, il plie mais ne se rompt pas. Il va, de pays en pays, apparemment confiant devant ces chefs d'états responsables et omniprésents qui continuent sans relâche de faire de l'Histoire un tourbillon de guerres et de conflits ininterrompus.
Rien, à l'horizon, qui puisse nous faire croire à une quelconque solution de l'environnement politique. Rien, à l'horizon, qui puisse nous faire croire que nous sommes autre chose que des pions, des pions secoués par les intempéries de notre progrès, de nos mécaniques sophistiquées et de nos propres problèmes d'ego, tiraillés entre nos pulsions contradictoires de gloriole et d'humilité.
La force du Dalaï-lama, c'est son extrème fragilité. Il est le roseau pensant dont parlait Pascal, il plie mais ne se rompt pas. Il va, de pays en pays, apparemment confiant devant ces chefs d'états responsables et omniprésents qui continuent sans relâche de faire de l'Histoire un tourbillon de guerres et de conflits ininterrompus.
Rien, à l'horizon, qui puisse nous faire croire à une quelconque solution de l'environnement politique. Rien, à l'horizon, qui puisse nous faire croire que nous sommes autre chose que des pions, des pions secoués par les intempéries de notre progrès, de nos mécaniques sophistiquées et de nos propres problèmes d'ego, tiraillés entre nos pulsions contradictoires de gloriole et d'humilité.
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